Affaire Péchier. “Je suis certaine davoir été empoisonnée” : les victimes défilent au commissariat de Besançon – Est Républicain

Affaire Péchier. \

Vidéo. Anesthésiste suspecté dempoisonnements : “Une sorte dacharnement judiciaire” estime Me Schwerdorffer

À tous, la police a fait passer une consigne. « Amenez une photo ». Ceux qui ont survécu s’exécutent. Les proches des patients décédés transmettent eux aussi une image. Un cas, un visage. Cette précaution permet, selon un enquêteur, « d’humaniser » ces nombreux dossiers, en vue d’éventuelles suites judiciaires.

Depuis mardi, les auditions de victimes d’événements indésirables graves (EIG) se succèdent dans l’intimité du premier et quatrième étages du commissariat de Besançon, transformés en fourmilière dédiée à une seule cause : l’affaire des empoisonnements.

Un médecin-anesthésiste de Besançon, Frédéric Péchier, déjà mis en examen pour sept empoisonnements, a été placé en garde à vue ce mardi 14 mai 2019 matin dans les locaux de la police judiciaire de la ville pour être interrogé sur une cinquantaine dautres cas, a-t-on appris de source proche du dossier.

Déjà mis en examen pour sept cas en 2017, le Dr Frédéric Péchier a été à nouveau placé en garde à vue ce mardi , pour 35 autres arrêts cardiaques jugés suspects, dont une douzaine mortels. En marge de ce huis clos sous tension d’une durée de 48 heures, les victimes ou leurs proches, pour ceux concernés par des décès, défilent dans les locaux de police avec leur propre histoire, leurs propres séquelles et leur propre ressenti, forcément subjectif.

Selon la Haute autorité de santé, un événement indésirable grave est un événement inattendu au regard de l’état de santé et de la pathologie du patient dont les conséquences sont le décès, la mise en jeu du pronostic vital ou encore la survenue probable d’un déficit fonctionnel.

Ballet étonnant, alors que derrières ces mêmes murs, entouré de ses avocats, le Dr Péchier répond aux salve de questions préparées par la PJ. Lanesthésiste bisontin est-il responsable du pire ? À ce stade de l’enquête, qui promet encore d’être longue et complexe, Frédéric Péchier est présumé innocent. Ce dernier ne cesse d’ailleurs, depuis deux ans, de dénoncer une grave méprise judiciaire.

Le fait que l’anesthésiste ait exercé dans les deux établissements où les incidents opératoires s’étaient produits et qu’il ait parfois posé le bon diagnostic pour ranimer ces malades en arrêt cardiaque le désignait comme principal suspect aux yeux des enquêteurs.

À la sortie de son audition, ce mercredi, Claudine affichait pourtant ses convictions. « Je suis venue déposer plainte. Vu mon dossier médical, je suis certaine d’avoir été victime d’un empoisonnement. » Endormie pour une opération bénigne, la retraitée a souffert d’un tako-tsubo, déformation fulgurante du cœur. Un syndrome rarissime. « Et on m’a dit qu’il y en a eu quinze en cinq ans à Besançon… Il y a de quoi se poser des questions. On a dû me mettre sur circulation extracorporelle. En gros, j’ai été morte pendant trois jours », détaille-t-elle. La nouvelle garde à vue du Dr  Péchier réveille « un espoir », dit-elle, « celui de voir la vérité sortir ».

La justice linterroge sur une cinquantaine dincidents médicaux. Le docteur Frédéric Péchier a été placé en garde à vue ce mardi 14 mai. Il est soupçonné dune série dempoisonnements de patients dans des cliniques de Besançon (Doubs).

Le témoignage dOdile est également à charge. Opérée dune hystérectomie en janvier 2015 à Saint-Vincent, cette dynamique sexagénaire raconte une scène troublante :  Ce nest pas le Dr  Péchier qui manesthésiait, mais quand jétais en salle de préparation, il est arrivé et a posé une caisse au pied de mon lit, avec des cathéters. Moi qui rigole tout le temps, je lui ai adressé un sourire et il ma dit pour rigoler cest de la bonne. Ensuite, je ne me souviens de rien. Jai fait un arrêt cardiaque . Tako-tsubo, elle aussi.

Ascoval – Ce mercredi 15 mai à minuit, laciérie Ascoval de Saint-Saulve sera officiellement cédée au groupe British Steel. Mais les 270 salariés qui se croyaient sauvés, sont de nouveau dans langoisse. Le sidérurgiste britannique serait en difficulté financière. Élections européennes – Emmanuel Macron se met en première ligne pour la campagne. Son visage apparaît, seul, sur 60.000 nouvelles affiches de LaREM qui seront collées ce week end en dehors des panneaux électoraux. Le slogan : “En marche pour lEurope le 26 mai, je vote Renaissance”.États-Unis – Le Sénat de létat de lAlabama a voté la loi américaine la plus répressive sur lavortement. Elle linterdit totalement, même en cas de viols ou dincestes. Les médecins qui pratiqueraient des IVG pourraient être condamnés à la prison à vie. Football – Après cinq années passées à lAtletico Madrid, le champion du monde Antoine Griezmann partira à la fin de la saison. Tout semble concorder pour un départ vers Barcelone, mais le PSG est toujours à laffût.

Soupçonné dempoisonnements, un anesthésiste en garde à vue

« J’ai eu du mal à m’en remettre et aujourd’hui, j’ai énormément de pertes de mémoire au quotidien. Mais même quand l’affaire des empoisonnements a éclaté en 2017, je ne pensais pas être concernée. Quand mon chirurgien a fini par me mettre au courant, ça m’a sonné. Si c’est prouvé que c’est le Dr Péchier, j’espère qu’il sera puni. Il y a quand même des morts, derrière ! On ne peut pas comprendre qu’en ayant un métier comme le sien, on puisse jouer avec la vie des gens », estime Odile.

Après une nouvelle plainte contre un anesthésiste de Besançon, sa garde à vue a été prolongée de 24 heures, mercredi 15 mai. Frédéric Péchier a déjà été mis en examen en 2017, pour sept empoisonnements de patients dont deux sont décédés. Il est aujourdhui interrogé sur 50 cas suspects survenus à chaque fois dans des cliniques où il exerçait. Parmi ces victimes présumées et ancienne patiente de laccusé, Odile Lacheret, qui sexprime sur son cauchemar au micro de RTL. “Je me suis fait opérer en janvier 2015 pour un truc banal de femmes on va dire. Je me suis retrouvée en réanimation et je me souviens de rien”, explique-t-elle. 

L’avis de Sylvie, plongée dans le coma durant quatre jours en 2009 en amont d’une intervention liée à des varices, est encore plus tranché : « Il faut que le Dr Péchier paie et qu’il aille en prison. »

“Cest pas lui déjà qui manesthésiait de toute façon. Il est arrivé, il a posé une caisse au pied de mon lit. Jai vu que des cathéters, du genre comme ça, je peux pas dire ce qui est dans la caisse. Il ma dit pour rigoler Cest de la bonne”, ajoute-t-elle. “Jai fait un Takotsubo, un infarctus du stress. Cest une anesthésiste qui ma tout raconté après. Elle ma dit que javais changé de couleur, que jétais grise et que jétais monté en pulsation à 260 quand même, que javais un cœur solide”, raconte-t-elle. 

Frédéric Péchier, anesthésiste “empoisonneur” ? Ce que lon sait de laffaire

Lassociation de défense des victimes créée pour cette affaire dempoisonnements lance un appel. Les personnes qui pensent être concernées par lenquête et qui le souhaitent, peuvent prendre attache par mail sur avapolvi@laposte.net

Déjà mis en examen en 2017 pour sept cas dempoisonnements avec préméditation sur des patients, dont deux furent mortels, Frédéric Péchier vient à nouveau dêtre placé en garde à vue. Lhomme est actuellement interrogé sur une cinquantaine de nouveaux cas dans les locaux de la police judiciaire de Besançon. Daprès lenquête des policiers réalisée au tout début de laffaire, Frédéric Péchier était sujet au syndrome du pompier-pyromane, ce qui laurait poussé à injecter du potassium ou des anesthésiques locaux dans les poches de patients, pour mieux les réanimer ensuite. “En terme dempoisonnement, ce serait quasiment du jamais vu en France en tous cas” explique Frédéric Berna, avocat de lassociation de défense de victimes présumées sur franceinfo. Celui-ci ajoute que le docteur Péchier a un profil très particulier : “Il ne cesse daffirmer quil est le meilleur anesthésiste de tous les temps, quil est impossible quil ait pu faire des erreurs et quen fait, cest toujours la faute des autres qui sont autour de lui et qui ne sont pas suffisamment compétents”.

Révélations. Un anesthésiste soupçonné de sept empoisonnements, dont deux mortels 

De son côté, lavocat de Frédéric Péchier, maître Randall Schwerdorffer, dénonçait mardi soir un acharnement. Pour lui, le chiffre de 50 cas suspects est largement exagéré. “Quand on voit labsence dépaisseur, labsence de preuves dans le dossier dinstruction, oser qualifier le docteur Péchier de serial killer, cest irresponsable”, a-t-il déclaré. Il ajoute que son client continue de clamer son innocence. Une position qui révolte les proches des victimes. “Si ce nest pas lui, qui est-ce alors  ? Il y a bien un empoisonneur dans cette clinique”, semporte dans Le Parisien Jacques Henriet, dont la compagne est décédée en 2016 dune surdose de potassium. “Elle est entrée en toute confiance pour une opération de 45 minutes après une chute de ski, elle nest jamais revenue”. A lissue de sa garde à vue, Frédéric Péchier devrait être déféré devant le parquet de Besançon, puis présenté à un juge dinstruction.

Témoignages. Les conjoints des deux victimes décédées témoignent

Déjà mis en examen pour sept empoisonnements, Frédéric Péchier a été placé en garde à vue mardi matin pour avoir volontairement pratiqué des surdoses danesthésiants à plusieurs de ses patients.

Besançon : Un anesthésiste, soupçonné de sept empoisonnements, est interrogé sur 50 dossiers

Défense. “J’ai décidé de donner ma vérité” : le témoignage exclusif de l’anesthésiste

Frédéric Berna : Cest très difficile de confirmer mais les sources ont lair concordantes pour dire quen tous cas, il y a une cinquantaine de cas complémentaires qui sont à létude. Il faut rester prudent. Ce nest pas parce quil y a une cinquantaine de cas sur lesquels lanesthésiste est interrogé quà lissue de sa garde à vue une cinquantaine de cas pourront lui valoir une mise en examen. Ce qui est certain cest que nous avions déjà des informations depuis deux ans sur une quarantaine de cas complémentaires qui devaient être mis à létude. Les autorités sanitaires lavaient confirmé, les autorités judiciaires aussi. Nous verrons ce quil reste à lissue de cette garde à vue.

Déjà mis en examen pour sept empoisonnements avec préméditation, le Dr Frédéric Péchier a été à nouveau placé en garde à vue, ce mardi matin à Besançon. Lanesthésiste devra répondre aux questions des enquêteurs à propos dautres cas arrêts cardiaques de patients, jugés suspects, survenus ces dernières années dans les cliniques où il a exercé. L’un des avocats de la défense, Me Schwerdorffer, a accordé un entretien aux médias ce mardi, vers 21h, à la sortie du commissariat de Besançon.

Mais l’affaire pourrait prendre une tout autre dimension, car à la même époque le parquet de Besançon a ouvert discrètement une enquête préliminaire visant d’autres faits : une cinquantaine de signalements d’”événements indésirables graves” (EIG) survenus dans les cliniques où l’anesthésiste exerçait. Selon la Haute autorité de santé, les EIG sont des événements “inattendus au regard de l’état de santé et de la pathologie du patient dont les conséquences sont le décès, la mise en jeu du pronostic vital ou encore la survenue probable d’un déficit fonctionnel”. Les professionnels de santé ont l’obligation de les signaler aux autorités.

Me Schwerdorffer, que pouvez-vous nous dire sur cette nouvelle garde à vue ?Pour l’instant, on est qu’au début, mais j’ai vu au travers de la presse que le Dr Péchier devait être entendu sur une cinquantaine de cas… Ce n’est pas ce qui a été porté à ma connaissance, ce n’est pas une réalité. On est en dessous. Je suis agacé du fait que des fuites ont eu lieu concernant l’existence de cette garde à vue. J’aurais souhaité qu’on reste discret à ce sujet, car nous sommes sur un dossier délicat, avec des faits qui sont contestés et contestables. J’ai peur que la publicité de cette garde à vue n’ait pour finalité que de cautionner un dossier d’instruction de plus en plus fragile.

L’enquête a établi que des doses potentiellement létales de potassium et d’anesthésiques leur ont été administrées volontairement, provoquant les arrêts cardiaques. Les soupçons des enquêteurs se sont portés sur le docteur Péchier qui exerçait dans les deux établissements où les incidents opératoires se sont produits. S’il n’était pas en charge de ces patients, il avait été appelé pour en secourir certains, posant dans certains cas le bon diagnostic pour ranimer ces malades. 

VIDEO. Besançon : “Jai eu peur de mourir”, de possibles nouvelles victimes de lanesthésiste témoignent

Me Randall Schwerdorffer répond aux questions des médias en marge de la garde à vue du Dr Péchier

Quel est l’état d’esprit du Dr Péchier ?Une garde à vue, c’est une violence. C’est très difficile. On a décidé de se battre. Frédéric Péchier est combatif, il donne ses explications et répondra aux questions des enquêteurs. C’est très dur. Il y a aussi sa famille qui subit toute cette procédure, et on aimerait que ça s’arrête. On a envie comme tout le monde d’arriver à la vérité, raison pour laquelle on va collaborer dans le cadre de cette garde à vue.

Cette garde à vue sinscrit dans le cadre dune enquête préliminaire conduite depuis plus de deux ans sur de nouveaux "faits dempoisonnements potentiels", a précisé une source proche du dossier au Figaro. Cette enquête est distincte de linformation judiciaire dans laquelle le docteur avait été mis en examen en mai 2017 pour les sept premiers cas suspects de patients. Ces derniers avaient fait des arrêts cardiaques, deux étant décédés et cinq ayant pu être ranimés, entre 2008 et 2017. Dans cette enquête, la première procédure avait établi que les patients avaient reçu des doses létales de potassium et danesthésiques administrées volontairement.

Besançon : lanesthésiste soupçonné dempoisonnements en garde à vue pour une cinquantaine dautres cas – LCI

Quelles explications donnent votre client à ces nouveaux événements indésirables graves ?Je ne vais pas vous donner les réponses du Dr Péchier, ni les questions qui lui sont posées, mais ce que je peux vous dire, c’est que le Dr Péchier a toujours dit la même chose : il n’a jamais été impliqué de quelle que façon que ce soit dans un acte criminel, dans un acte d’empoisonnement. Cest sa position depuis le départ, cest toujours sa position au moment où je vous parle et je suis profondément persuadé, comme ses autres avocats, que le Dr Péchier gardera cette même défense.

Cette nouvelle enquête porte donc sur "une cinquantaine dévénements indésirables graves signalés". Selon la Haute autorité de santé, un événement indésirable grave est un événement inattendu au regard de létat de santé et de la pathologie du patient dont les conséquences sont le décès, la mise en jeu du pronostic vital ou encore la survenue probable dun déficit fonctionnel. Le fait que lanesthésiste ait exercé dans les deux établissements où les incidents opératoires sétaient produits et quil ait parfois posé le bon diagnostic pour ranimer ces malades en arrêt cardiaque le désignait comme principal suspect pour les enquêteurs.

Il y aurait, selon vous, une forme d’acharnement à l’égard de Frédéric Péchier ?Oui, j’ai le sentiment qu’il y a une sorte d’acharnement judiciaire, avec le fait d’avoir rendu publique cette garde à vue, le fait d’essayer d’intoxiquer l’opinion publique, et de mettre une sorte de pression sur les magistrats gérant ce dossier.

En 2017, laffaire avait déjà fait grand bruit. Frédéric Péchier, médecin-anesthésiste à Besançon (Doubs) avait été mis en examen pour sept empoisonnements de patients, dont deux étaient décédés. Mais selon les dernières révélations, le nombre de ses victimes présumées seraient plus important. Une enquête a été ouverte sur "une cinquantaine" dautres cas. Il a été placé en garde à vue ce mardi 14 mai dans les locaux de la police judiciaire de Besançon.

Êtes-vous surpris par ce nouveau placement en garde à vue ?Oui, nous sommes particulièrement surpris. Je vous rappelle qu’il n’y a aucune preuve impliquant directement le Dr  Péchier dans le dossier d’instruction. Nous avons ici un autre dossier, que je ne connais pas encore, mais je ne suis pas persuadé qu’il soit plus solide que le premier.

Que pensez-vous des propos parfois tenus par d’autres parties, qui évoquent un possible profil de serial killer ?C’est consternant. Quand on voit l’absence d’épaisseur dans le dossier d’instruction, oser qualifier le Dr Péchier de serial killer est totalement irresponsable. Il ne faut pas oublier ce que cet homme a vécu depuis deux ans, et avec lui, ce qua vécu sa famille. Plutôt que de le penser coupable avant même qu’il soit jugé, comme la procureur de la République de l’époque, s’il est innocent, vous rendez-vous compte des dégâts occasionnés sur sa vie ?

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