Vidéo. Besançon : 24 empoisonnements reprochés au Dr Péchier, sur fond de vengeance – Est Républicain

Vidéo. Besançon : 24 empoisonnements reprochés au Dr Péchier, sur fond de vengeance - Est Républicain

Empoisonnements à Besançon : ce que les enquêteurs reprochent au Dr Péchier…

Il y a deux ans, la mise en examen du Dr  Frédéric Péchier pour sept empoisonnements avec préméditation, échelonnés entre 2008 et 2017, avait plongé …

Nous sommes heureux de vous compter parmi nos fidèles lecteurs. Laccès à lintégralité de cet article est réservé aux abonnés.

Parmi eux, donc, Teddy, comme le révèlent France Bleu et LEst républicain. Le jeune enfant a été hospitalisé le 22 février à 2016 à la clinique Saint-Vincent pour une opération des amygdales. Mais, au cours de lintervention, Teddy subit un double arrêt cardiaque.  Une minute après son premier arrêt, le Dr Péchier, qui nétait pas son anesthésiste, intervient et prend en charge les éléments de la réanimation cardiaque , explique Me Jean-Michel Vernier, avocat des parents de lenfant. Il subit alors un second arrêt cardiaque, mais de nouveau  le Dr Péchier apparaît comme le sauveur , explique Me Vernier. Les enquêteurs soupçonnent lanesthésiste davoir ainsi sciemment modifié les poches dinjection de confrères afin de provoquer des incidents opératoires pour exercer ensuite ses talents de réanimateur.

Dans les coulisses du palais de justice de Besançon, certains magistrats en parlent comme « le dossier d’une vie ». La gravité des accusations, la perversité des crimes supposés, et les enjeux que cette glaçante hypothèse génèrent pour les victimes, le mis en cause lui-même et les cliniques concernées, font de laffaire des empoisonnements un cas à part.

Ce dernier doit savoir jeudi sil est de nouveau mis en examen après sa garde à vue qui sest terminée dans la matinée. Le procureur de la République de Besançon, Etienne Manteaux, a dores et déjà prévu de tenir une conférence de presse en fin daprès-midi.  Le docteur Péchier continue à collaborer très précisément avec les enquêteurs en répondant parfaitement aux questions qui lui sont posées , a déclaré, mercredi en début de soirée, son avocat, Me Randall Schwerdorffer, sortant de linterrogatoire. Son client  nie tout acte malveillant , a-t-il réaffirmé. Parallèlement à linterrogatoire de Frédéric Péchier, la direction de la clinique Saint-Vincent, des personnels médicaux, ainsi que des victimes potentielles et des proches ont été entendus mercredi par les enquêteurs.

Depuis l’annonce de la mise en examen de l’anesthésiste suspect, en mars 2017, le bras de fer engagé entre le parquet de Besançon – à l’initiative des poursuites – et le camp du Dr Péchier – qui ne cesse de dénoncer une magistrale erreur – est d’une rare intensité judiciaire. Un mano a mano parfois difficile à décrypter, notamment pour les victimes darrêts cardiaques ou de leurs proches, dont la souffrance sétire dans le temps, sans satténuer pour autant.

Suite à ces arrêts cardiaques, les parents décident de déposer plainte contre X début 2017. Une expertise médicale est ordonnée et  conclut à un accident inexpliqué avec une suspicion de choc anaphylactique (un choc allergique qui peut être mortel) , fait savoir France Bleu.  Toutes les causes médicales pouvant amener à un accident cardiaque ont été une à une éliminées. Il ny a pas de justification médicale, poursuit Me Vernier. Mais lexpertise pointe du doigt une curiosité, à savoir que dans les cas de choc anaphylactique, il existe un kit spécifique qui doit être utilisé, ce qui na pas été le cas. 

« C’est très violent », convient l’un des acteurs de cette opposition larvée. Et très clivant. Aucune nuance possible, aucun retour en arrière… Soit la procédure tient le choc jusquà un procès, soit elle sécroule comme un château de cartes. Deux destins souvrent déjà sous les pieds de Frédéric Péchier, celui dun serial killer en blouse blanche, ou dun médecin innocent, sacrifié, martyr dune justice déficiente.

Parmi les sept cas dempoisonnement pour lesquels lanesthésiste est mis en examen depuis 2017, deux personnes sont décédées. Tous ces patients, âgés de 37 à 53 ans, étaient en clinique pour subir des interventions chirurgicales sans difficultés particulières. Ils avaient pourtant tous fait des arrêts cardiaques et seuls cinq ont pu être réanimés. Le docteur Péchier avait été appelé pour en secourir certains. Ces arrêts cardiaques avaient été provoqués par ladministration de doses potentiellement létales de potassium et danesthésiques, a établi lenquête.

Anesthésiste de Besançon: quest-ce que le syndrome du pompier pyromane ?

Cohérents avec leur ligne de défense, les avocats de lanesthésiste ont multiplié les démarches pour annuler la mise en examen de leur client ou a minima, lever linterdiction de travailler qui lui a été imposée. En vain. Le camp Péchier a également attaqué frontalement la police, en déposant plainte contre des enquêteurs pour « faux et usage de faux », à propos du procès-verbal relatant la première garde à vue, début 2017. Une offensive vécue comme une provocation dans les couloirs du commissariat de la Gare dEau. 

Besançon: lanesthésiste soupçonné davoir empoisonné des patients présenté à un juge

Saisi, le procureur de la République de Besançon n’a pas donné suite. Qu’à cela ne tienne, les avocats ont renouvelé leur missive auprès du doyen du juge d’instruction. Ce dernier na pas encore livré de réponse.

Après 48 heures de garde à vue, le docteur Frédéric Péchier doit être fixé sur son sort ce jeudi 16 mai : lanesthésiste de Besançon, poursuivi depuis 2017 pour sept empoisonnements présumés, pourrait être mis en examen de nouveau pour de nombreux autres cas si les soupçons se confirmaient. Après une enquête préliminaire parallèle de deux années, la justice cherche désormais à faire la lumière sur son éventuelle implication dans une cinquantaine dautres incidents médicaux suspects qui pourrait dissimuler des “faits dempoisonnement potentiels”. 

A linverse, la défense a été elle aussi attaquée. Un autre anesthésiste de la clinique Saint-Vincent, le Dr Serri, a été nommément mis en cause par les conseils du Dr Péchier, lors dune audience publique. Plainte pour diffamation a été déposée.

Un enfant de quatre ans, opéré des amygdales en 2016 et qui a survécu à deux arrêts cardiaques, figure notamment sur la liste. Sil na aucune séquelle physique, le petit Teddy souffre aujourdhui de troubles psychologiques. Et pour les parents, aucun doute dorénavant, lintervention de lanesthésiste est en cause. 

Besançon : lanesthésiste soupçonné dempoisonnements de nouveau mis en cause

Voilà pour l’écume. Sur le fond du dossier, la guerre judiciaire, technique et médicale, fait rage. Via des expertises, des contre-expertises, des auditions, et même des exhumations de corps de patients. En labsence de preuve “absolue” ou daveux, l’objectif de l’accusation est de sappuyer sur un « faisceau dindices graves et concordants », pour placer le Frédéric Péchier face à dinsolubles contradictions, écartelé entre ses déclarations et les éléments objectivés par l’enquête.

Anesthésiste de Besançon : opéré des amygdales à 4 ans, Teddy a survécu à deux arrêts cardiaques

Ce jeu du chat et de la souris, qui na dailleurs rien dun jeu, est subtil. Lanesthésiste, sil est coupable, se fera-t-il piéger ? Cette stratégie se retournera-t-elle contre le parquet, si au contraire le Dr Péchier est innocent, ou si les charges sont trop légères ? En létat actuel de la procédure, se risquer à un avis serait prématuré.

Le syndrome du pompier pyromane provient, à la base, dun phénomène décelé chez certains pompiers qui déclenchent eux-mêmes des feux pour ensuite pouvoir les éteindre. Un rapport du Conseil national américain des pompiers volontaires sur ce sujet explique quune partie des pompiers touchés par ce phénomène sont “vaniteux” ou ont un “complexe du héros”. 

La défense a exploré depuis longtemps le dossier d’instruction qui concentre les sept cas d’empoisonnements initiaux, mais n’avait aucune idée, jusquà ce jeudi, des preuves accumulées concernant les 35 autres événements indésirables graves (EIG), jugés eux aussi suspects. Une douzaine ont été mortels. Et une partie seulement – les plus flagrants – seront “sélectionnés” par le juge dinstruction pour venir sajouter aux sept premiers cas.

Dans son cas, les enquêteurs privilégient la thèse du “pompier pyromane”. Médecin, censé soigner les patients, il les aurait volontairement empoisonnés afin de pouvoir les sauver par la suite, et apparaître comme un héros en exerçant ses talents de réanimateur. Le médecin accusé nie complètement ce scénario, et assure navoir jamais empoisonné quiconque.

Le parquet de Besançon et la PJ sont parvenus à maintenir, et cest un notable exploit, un voile opaque de discrétion sur cette seconde vague dinvestigations, menées avec une grande minutie. Pour ménager un effet de surprise, le moment venu. Garder un coup d’avance.

Cette façon dagir traduit “une frustration chez ces personnes”, explique Stéphane Bourgoin, “le désir de toute puissance, de devenir légal de Dieu. Comme la dit Donald Harvey: lorsque je tuais mes patients, pour la première fois de mon existence je nétais plus une victime, cest moi qui décidais, je devenais légal de Dieu “.

Révélations. Un anesthésiste soupçonné de sept empoisonnements, dont deux mortels

Défense. “J’ai décidé de donner ma vérité” : le témoignage exclusif de l’anesthésiste

Parmi les sept cas dempoisonnements pour lesquels lanesthésiste est mis en examen depuis 2017, deux personnes sont décédées. Tous ces patients, âgés de 37 à 53 ans étaient en clinique pour subir des interventions chirurgicales sans difficultés particulières. Ils avaient pourtant tous fait des arrêts cardiaques et seuls cinq ont pu être réanimés. Ces arrêts cardiaques avaient été provoqués par ladministration de doses potentiellement létales de potassium et danesthésiques, a établi lenquête.

Au parquet, la vice-procureure Christine de Curraize a été détachée de ses missions habituelles ces derniers mois, pour se consacrer à la “cause” et travailler de concert avec les policiers. Un boulot de fourmis considérable a été abattu. Il se murmure, côté accusation, que les charges ciblant le Dr Péchier à propos de ces nouveaux cas dempoisonnements présumés sont très lourdes. « Accablantes », entend-t-on.

Besançon : lanesthésiste accusé dempoisonnements de nouveau en garde à vue

Du bluff, du vent, « une construction intellectuelle » sans fondement, estimait ces derniers jours la défense. Pour le camp Péchier, sur les sept premiers EIG, six seraient des erreurs médicales ou des accidents cardiaques sans aucune malveillance. Seul le cas Gandon, en janvier 2017 à la clinique Saint-Vincent, pour lequel des poches dinjection polluées et vulgairement percées avaient été placées sous scellés, est perçu comme un empoisonnement indiscutable.

Sur le plan médiatique, la bataille est tout aussi acharnée. Me Schwerdorffer a communiqué face caméras, ce mardi et ce mercredi, pour déplorer « les fuites de l’existence de cette garde à vue », destinées à « nuire » à son client et à « intoxiquer l’opinion publique ». Pour le pénaliste, la situation se résume à un « acharnement judiciaire ». Le procureur de la République, lui, a prévu une conférence de presse XXL ce jeudi, pour étayer ces nouvelles poursuites.

Etienne Manteaux, procureur de la République de Besançon, a précisé que Frédéric Péchier est soupçonné de 17 nouveaux cas dempoisonnements. Sept de ces patients sont décédés. Le parquet a demandé la mise en détention de lanesthésiste.

Tous deux le savent : en cas de procès aux assises, ce sont des jurés populaires qui, au final, devront trancher. Des gens « normaux ». Qui lisent les journaux, écoutent la radio, regardent la télé. Des gens quon peut atteindre, voire conditionner par médias interposés.

La journée du jeudi 16 avril sera décisive pour lavenir de cette affaire, vertigineuse à bien des égards. Il est probable qu’à lissue de sa garde à vue, en cas de mise en examen supplétive du Dr Péchier, le parquet de Besançon demande l’incarcération à titre provisoire de l’anesthésiste. Cela aurait une portée symbolique puissante.

Renforcée par lavocat de Carols Ghosn, Me Le Borgne, attendu à Besançon ce jeudi, la défense s’y prépare. Et a affûté ses arguments. Lors du premier acte, en mars 2017, le juge des libertés et de la détention avait opté pour un simple placement sous contrôle judiciaire. Deux ans et deux mois plus tard, les investigations coordonnées dans lombre par le parquet, ponctuées par cette seconde garde à vue, changeront-elles la donne ?