Edition de Besançon | 24 empoisonnements retenus, dont neuf mortels au total – Est Républicain

Edition de Besançon | 24 empoisonnements retenus, dont neuf mortels au total - Est Républicain

Lanesthésiste de Besançon mis en examen pour 17 nouveaux empoisonnements

Lanesthésiste Frédéric Péchier, déjà mis en examen pour lempoisonnement présumé de sept patients, est soupçonné davoir empoisonné des dizaines dautres personnes, dont plusieurs sont mortes. Il a été déféré jeudi au parquet à lissue de sa garde à vue. 

Dans son cas, les enquêteurs privilégient la thèse du “pompier pyromane”. Médecin, censé soigner les patients, il les aurait volontairement empoisonnés afin de pouvoir les sauver par la suite, et apparaître comme un héros en exerçant ses talents de réanimateur. Le médecin accusé nie complètement ce scénario, et assure navoir jamais empoisonné quiconque.

“Lidée serait quil provoquait des incidents sur des opérations qui nétaient pas les siennes, pour pouvoir être systématiquement appelé en secours et procéder aux réanimations”, a expliqué sur BFMTV Maître Frédéric Berna, avocat des parties civiles dans cette affaire. “Cest quelquun qui, à un moment, compte tenu de son activité professionnelle, avait cette tendance peut-être à se prendre pour Dieu”.

Ces dix-sept cas viennent sajouter à sept autres suspicions dempoisonnement – dont deux mortels – pour lesquels le docteur Péchier avait déjà été mis en examen, en mars 2017. Reconnu comme un excellent praticien par ses pairs, cet anesthésiste avait alors été laissé libre sous contrôle judiciaire, mais avec linterdiction dexercer. Les deux procédures vont désormais être jointes, a indiqué le procureur. Jai entendu parler dacharnement judiciaire, il nen est rien, a-t-il tenu à éclaircir, précisant que pas moins de 66 cas dévénements indésirables graves (EIGS), transmis par la clinique Saint-Vincent elle-même, avaient été examinés par les enquêteurs. Après louverture dune enquête préliminaire, pendant plus de deux ans, un important travail dexpertises médicales a été mené, avec un légiste et un anesthésiste à lappui, ainsi que des centaines dauditions menées pour entendre toutes les personnes intervenues lors de ces opérations : aides soignants, infirmières, cardiologues, pharmaciens, etc. En décembre 2018, quatre corps ont même été exhumés pour des analyses toxicologiques.

Le syndrome du pompier pyromane provient, à la base, dun phénomène décelé chez certains pompiers qui déclenchent eux-mêmes des feux pour ensuite pouvoir les éteindre. Un rapport du Conseil national américain des pompiers volontaires sur ce sujet explique quune partie des pompiers touchés par ce phénomène sont “vaniteux” ou ont un “complexe du héros”. 

Lauteur de ces empoisonnements na jamais été pris sur le fait, cest toute la complexité de cette affaire, a souligné le magistrat du parquet. Le mode opératoire consistait à polluer les poches de perfusion pour conduire à un arrêt cardiaque. Un procédé particulièrement habile, selon Etienne Manteaux car, personne nimaginant une pollution volontaire des poches, celles-ci nétaient pas conservées. Mais Frédéric Péchier est le dénominateur commun de ces événements indésirables graves. Au cours de leur enquête, les policiers ont ainsi pu constater un arrêt inexpliqué des EIGS depuis que le docteur Péchier nexerçait plus. Tout comme ils ont noté une multiplication de ces événements lors des périodes de conflits intenses au sein du service danesthésie, mais aussi une omniprésence du médecin lors des réanimations auprès des patients victimes darrêt cardiaque. Enfin, de toute la clinique, Frédéric Péchier est le seul a ne pas avoir été concerné par un EIG. Le parquet a requis le placement en détention provisoire du médecin.

“Ces pompiers orgueilleux mettent apparemment le feu pour pouvoir avertir les autres, potentiellement sauver des personnes piégées ou  même simplement pour montrer à quel point ils sont alertes et utiles”, dit le rapport.

Le profil décrit par les enquêteurs dans laffaire des empoisonnements de Besançon, correspond selon le criminologue Stéphane Bourgoin, sur BFMTV, “à un certain nombre dinfirmiers, dinfirmières ou de médecins dans des hôpitaux, que jai pu interroger, notamment Donald Harvey”.

Le profil particulier de lanesthésiste, âgé de 47 ans, est lune des grandes interrogations de cette affaire. Depuis le début, le docteur Péchier clame son innocence et nie les faits qui lui sont reprochés. Maître Frédéric Berna évoque un homme  prétentieux ,  très intelligent  et qui aurait  un complexe de supériorité sur le reste du monde médical . Quand il y a un problème, cest toujours la faute des autres qui sont autour de lui et qui ne sont pas suffisamment compétents , ajoute lavocat.

17 nouveaux cas et des victimes de 4 à 80 ans: lanesthésiste soupçonné dempoisonnements mis en examen

Cet aide-soignant américain a tué des dizaines de ses patients dans les années 1970 et 1980, dans des hôpitaux de lOhio et du Kentucky. “Lors dun entretien, il mavoue 87 meurtres”, raconte Stéphane Bourgoin.

 A partir de sept cas, on est déjà au-delà du serial killer, affirme-t-il. Rendez-vous compte que toutes ces personnes, dont des enfants, sont entrées à lhôpital pour être soignées. Certaines nen sont pas ressorties, dautres avec des séquelles, dont certaines très graves . Pour lavocat, si le nombre de cas savérait aussi important, ce serait  une première en France  dans une affaire dempoisonnement. Lavocat parle dune  affaire hors norme .

Pour lui, ce cas de pompier pyromane est “aussi ce quon appelle le syndrome de Münchhausen par procuration. Cest à dire quon va volontairement décider dinjecter ou dempoisonner quelquun pour apparaître par la suite comme un héros qui va sauver”.

Le criminologue explique quon retrouve ce dernier syndrome chez les mères infanticides, qui cherchent à attirer lattention et la compassion à travers la maladie ou les blessures de leur enfant.

Le filet sest resserré peu à peu autour de Frédéric Péchier. A la lumière de la première affaire, lanesthésiste apparaît comme “le dénominateur commun” de lensemble des événements graves indésirables. Depuis quil nexerce plus à la clinique Saint-Vincent, aucun EIG suspect na été identifié. Un lien établi également pour une période de six mois en 2009, quand lanesthésiste était parti travailler à la Polyclinique de Franche-Comté. 

Besançon : un enfant de 4 ans victime de lanesthésiste

Cette façon dagir traduit “une frustration chez ces personnes”, explique Stéphane Bourgoin, “le désir de toute puissance, de devenir légal de Dieu. Comme la dit Donald Harvey: lorsque je tuais mes patients, pour la première fois de mon existence je nétais plus une victime, cest moi qui décidais, je devenais légal de Dieu “.

Lors dune conférence de presse, le parquet de Besançon avait annoncé un peu plus tôt avoir engagé des poursuites contre lanesthésiste pour “empoisonnement sur personne vulnérable” visant 17 nouveaux cas présumés, qui sajoutent aux sept empoisonnements pour lesquels il avait déjà été mis en examen en 2017. Au total, il est désormais suspecté davoir commis 24 empoisonnements, dont 9 mortels.

Anesthésiste: nouvelles poursuites pour “empoisonnement sur personne vulnérable”

Le docteur Frédéric Péchier, qui avait été mis en examen en 2017 pour sept empoisonnements, pourrait lêtre de nouveau après la découverte dune cinquantaine dautres incidents médicaux suspects.

Néanmoins, au terme de sa garde à vue jeudi matin, Frédéric Péchier a admis que des empoisonnements “ont bien été commis à la clinique Saint-Vincent” tout en réaffirmant ne pas être lauteur de ces empoisonnements. A cette occasion, il na pas communiqué “le nom dune personne quil soupçonnerait davoir commis ces actes”, a précisé le procureur de la République de Besançon.

Le docteur Frédéric Pechier, le 29 mars 2017 à Besançon, aux côtés de son avocat  Randall Schwerdorffer. SEBASTIEN BOZON / AFP Teddy, un enfant de 4 ans, opéré des amygdales en février 2016, pourrait être une des nouvelles victimes présumées du docteur Frédéric Péchier, anesthésiste de Besançon qui est suspecté davoir empoisonné une cinquantaine de patients. Teddy souffrant aujourdhui de séquelles psychologiques, ses parents ont porté plainte contre le docteur Péchier mardi.

Les faits se seraient produits en 2016. Lenfant devait se faire opérer des amygdales, une intervention chirurgicale relativement banale. Mais ce jour-là, rien ne se passe comme prévu. Le cœur du petit garçon sarrête de battre un quart dheure après son entrée au bloc. Le docteur Péchier serait alors arrivé à la rescousse et laurait ranimé à deux reprises. Le coeur du garçonnet est finalement reparti.

Besançon : Teddy, 4 ans, victime présumée de lanesthésiste soupçonné dempoisonnements

Déjà mis en examen en 2017 pour sept empoisonnements, le praticien a été placé en garde à vue mardi 14 mai dans le cadre dune enquête préliminaire ouverte à lépoque en parallèle de sa mise en examen. Elle porte sur une cinquantaine de signalements d événements indésirables graves  survenus dans des cliniques où lanesthésiste exerçait, selon une source proche du dossier. Certains de ces incidents pourraient dissimuler des  faits dempoisonnement potentiels , a précisé cette source.

Après 48 heures de garde à vue, Frédéric Péchier sera fixé jeudi matin sur son sort. Lanesthésiste de Besançon, déjà poursuivi pour sept cas dempoisonnement dont deux mortels, pourrait de nouveau être mis en examen pour de nombreux autres cas si les soupçons se confirmaient. Un petit garçon de 4 ans, qui par chance sen est sorti, figurerait parmi les victimes du médecin.

Parmi eux, donc, Teddy, comme le révèlent France Bleu et LEst républicain. Le jeune enfant a été hospitalisé le 22 février à 2016 à la clinique Saint-Vincent pour une opération des amygdales. Mais, au cours de lintervention, Teddy subit un double arrêt cardiaque.  Une minute après son premier arrêt, le Dr Péchier, qui nétait pas son anesthésiste, intervient et prend en charge les éléments de la réanimation cardiaque , explique Me Jean-Michel Vernier, avocat des parents de lenfant. Il subit alors un second arrêt cardiaque, mais de nouveau  le Dr Péchier apparaît comme le sauveur , explique Me Vernier. Les enquêteurs soupçonnent lanesthésiste davoir ainsi sciemment modifié les poches dinjection de confrères afin de provoquer des incidents opératoires pour exercer ensuite ses talents de réanimateur.

Lenquête a révélé que ce petit garçon navait en effet pas de raison de connaître une telle alerte. Néanmoins, les expertises réalisées sont trop incomplètes pour confirmer avec certitude que lenfant a bien fait une réaction à un empoisonnement. Il revient au juge dinstruction de décider si ce cas précis peut-être imputé à Frédéric Péchier. 

Suite à ces arrêts cardiaques, les parents décident de déposer plainte contre X début 2017. Une expertise médicale est ordonnée et  conclut à un accident inexpliqué avec une suspicion de choc anaphylactique (un choc allergique qui peut être mortel) , fait savoir France Bleu.  Toutes les causes médicales pouvant amener à un accident cardiaque ont été une à une éliminées. Il ny a pas de justification médicale, poursuit Me Vernier. Mais lexpertise pointe du doigt une curiosité, à savoir que dans les cas de choc anaphylactique, il existe un kit spécifique qui doit être utilisé, ce qui na pas été le cas. 

Alors que lanesthésiste Frédéric Péchier devrait être déféré ce jeudi devant un juge au palais de justice de Besançon en vue dune mise en examen, un enfant de 4 ans fait partie des dizaines de victimes qui pourraient avoir été empoisonnées par le docteur.

Ce dernier doit savoir jeudi sil est de nouveau mis en examen après sa garde à vue qui sest terminée dans la matinée. Le procureur de la République de Besançon, Etienne Manteaux, a dores et déjà prévu de tenir une conférence de presse en fin daprès-midi.  Le docteur Péchier continue à collaborer très précisément avec les enquêteurs en répondant parfaitement aux questions qui lui sont posées , a déclaré, mercredi en début de soirée, son avocat, Me Randall Schwerdorffer, sortant de linterrogatoire. Son client  nie tout acte malveillant , a-t-il réaffirmé. Parallèlement à linterrogatoire de Frédéric Péchier, la direction de la clinique Saint-Vincent, des personnels médicaux, ainsi que des victimes potentielles et des proches ont été entendus mercredi par les enquêteurs.

Privilégiant la thèse du pompier pyromane les enquêteurs soupçonnent Frédéric Péchier davoir sciemment modifié les poches dinjection de confrères afin de provoquer des incidents opératoires pour exercer ensuite ses talents de réanimateur.

Parmi les sept cas dempoisonnement pour lesquels lanesthésiste est mis en examen depuis 2017, deux personnes sont décédées. Tous ces patients, âgés de 37 à 53 ans, étaient en clinique pour subir des interventions chirurgicales sans difficultés particulières. Ils avaient pourtant tous fait des arrêts cardiaques et seuls cinq ont pu être réanimés. Le docteur Péchier avait été appelé pour en secourir certains. Ces arrêts cardiaques avaient été provoqués par ladministration de doses potentiellement létales de potassium et danesthésiques, a établi lenquête.

Le petit garçon, prénommé Teddy, avait été opéré des amygdales en 2016 et a survécu à deux arrêts cardiaques, a indiqué à lAFP Jean-Michel Vernier, lavocat des parents qui ont porté plainte.