Besançon : Comme tous les patients empoisonnés, jétais la première de la journée – Libération

Besançon : Comme tous les patients empoisonnés, jétais la première de la journée - Libération

Anesthésiste de Besançon : les victimes sont dans l incompréhension totale

Vendredi après-midi, plusieurs membres dune association qui regroupe 24 victimes ou proches de victimes étaient réunies dans un bar bisontin pour dire leur colère et leur déception après le maintien en liberté du médecin.

 Cest lincompréhension totale.  La colère est palpable chez les victimes présumées de Frédéric Péchier,  choquées  après la décision vendredi 17 mai de la justice de laisser en liberté sous contrôle judiciaire lanesthésiste, mis en examen pour 24 empoisonnements, dont 9 mortels.  Nous sommes profondément choqués (par) cette décision, compte tenu des charges qui pèsent aujourdhui contre  le médecin, a déclaré lors dune conférence de presse à Besançon Sandra Simard, 38 ans, lune des victimes présumées de Frédéric Péchier et vice-présidente dAvapolvi, une association qui regroupe 24 victimes ou proches de victimes.

Le docteur Frédéric Péchier, anesthésiste à Besançon mis en examen jeudi 16 mai pour dix-sept nouveaux cas dempoisonnements présumés de patients, a été laissé libre sous contrôle judiciaire, contrairement à la demande du procureur de la République, ont indiqué vendredi ses avocats.”Un contrôle judiciaire, comme cétait le cas jusqualors depuis deux ans, a été prononcé. Nous considérons que cest une bonne décision”, a déclaré à la presse Me Jean-Yves Le Borgne, lun de ses avocats, cité sur BFMTV.

Vendredi après-midi, plusieurs membres de cette association étaient réunies dans un bar bisontin pour dire leur colère et leur déception après le maintien en liberté du médecin.  Nous sommes dans lincompréhension totale , assène la trentenaire qui a passé cinq jours dans le coma après une opération du dos début 2017. À ses côtés figurent Jacques Henriet, qui a perdu son épouse, morte en avril 2016 à 50 ans, et Jean-Claude Gandon, dont lopération pour un cancer de la prostate a dû être stoppée en raison dun arrêt cardiaque.

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Mme Simard fait partie des sept premiers cas dempoisonnement pour lesquels le Dr Péchier a été mis en examen en mars 2017. Deux patients sont décédés. À lépoque, lanesthésiste avait déjà été laissé libre sous contrôle judiciaire. Jeudi 16 mai, à la suite dune enquête de deux ans, menée parallèlement à cette première information judiciaire, il a été mis en examen pour 17 autres cas dempoisonnement sur personnes vulnérables, dont 7 mortels. Au total, la justice lui reproche désormais 24 empoisonnements, dont 9 se sont soldés par des décès.

“Peine, incompréhension et colère”, des parties civiles dans laffaire de lanesthésiste Frédéric Péchier ne cachent pas leur stupéfaction face à la décision du Juge des Libertés et de la Détention. Certaines lont fait savoir par la voix de leurs avocats, dautres ont tenu conférence de presse. 

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Des éléments qui, aux yeux de ses victimes présumées, auraient dû conduire à sa mise sous écrou. Mais dans la nuit de jeudi à vendredi, une juge des libertés et de la détention a décidé de laisser Frédéric Péchier libre sous contrôle judiciaire, suscitant lire des parties civiles. Le parquet de Besançon, qui avait requis son placement en détention, a annoncé vendredi faire appel de cette décision. Aujourdhui, la plupart des victimes confient vivre avec leurs traumatismes et, pour certains, dimportantes séquelles.

Lanesthésiste, qui nie en bloc les accusations, a été mis en examen pour 17 cas dempoisonnement supplémentaires jeudi, mais selon Maître Randall Schwerdorffer, “le fait quon rajoute des faits supplémentaires nest pas en soi un argument pour valider les réquisitions du procureur de la République qui demandait à ce moment là, en raison de ces faits supplémentaires, un placement en détention”.

 Jai des lésions au cerveau, donc des séquelles cognitives, des problèmes de mémoire et de concentration , confie Mme Simard. Odile Lacherey, 47 ans, fait partie des 17 cas pour lesquels Frédéric Péchier a été mis en examen jeudi. En janvier 2015, elle entre au bloc pour une hystérectomie. Sur la table dopération,  jai fait un arrêt cardiaque et me suis retrouvée aux soins intensifs pendant quatre jours . Depuis, elle a des problèmes de mémoire :  Avant, jarrivais à prendre une commande pour une table, maintenant je narrive plus , explique cette gérante de restaurant qui doit désormais toujours avoir de quoi noter pour ne rien oublier.  Même quand je mexprime, jai parfois du mal à trouver mes mots , confie-t-elle. Amandine Iehlen, présidente dAvapolvi, a perdu son père en 2018 lors dune ablation du rein.  Il avait 53 ans et était en parfaite santé , dit la jeune femme.

Bien sûr,  tout le monde a droit à la présomption dinnocence , insiste Sandra Minard, mais  il est inconcevable (que Frédéric Péchier, NDLR) reste libre , car,  pour nous les victimes, il y a injustice face à cette décision (de mise en liberté, NDLR) : certains ont perdu un proche, dautres vivent chaque jour avec leurs séquelles .  Nous ne pouvons accepter la décision qui a été prise cette nuit , lâche la trentenaire, calme, mais visiblement déterminée.

Ce que les victimes attendent désormais  ? Lexamen de lappel du parquet sur le maintien en liberté. Et, surtout,  une date de procès, cest ça le but la prochaine étape , explique Mme Simard. Consciente que linstruction sera encore longue, elle espère une audience  lannée prochaine ou peut-être lannée daprès . De toute façon,  nous sommes déterminés à nous battre pour que justice soit faite , assure-t-elle. Preuve de cette détermination : lassociation Avapolvi veut entrer en contact avec les victimes ou leurs proches des 17 autres cas pour lesquels M. Péchier a été mis en examen jeudi. Lobjectif  ?  Réunir le maximum de gens pour faire une défense commune , annonce, déterminée, Sandra Simard.

>> Besançon : le docteur Péchier, mis en examen pour 17 nouveaux cas dempoisonnements, laissé libre sous contrôle judiciaire

“Ce qui nous fait peur, cest le temps que va prendre ce dossier. Il nous semblait donc fondamental que le Dr Péchier puisse rester libre pour sa famille, cest tout ce quil lui reste, affirme Me Schwerdorffer. On a beaucoup travaillé sur les expertises et il y a encore énormément de travail en cours parce quon conteste le fait que certains événements indésirables graves [EIG] soient des empoisonnements mais plutôt des accidents.” “Nous ne sommes quau début dune toute nouvelle procédure et ce qui nous fait peur aujourdhui cest le temps que va prendre ce dossier”, ajoute Me Schwerdorffer.