Lanesthésiste de Besançon soupçonné davoir voulu empoisonner lune de ses collègues – Europe 1

L\anesthésiste de Besançon soupçonné d\avoir voulu empoisonner l\une de ses collègues - Europe 1

Empoisonnements à Besançon : enquête à lhôpital

Le docteur Péchier est mis en examen pour 24 cas dempoisonnement dont 9 mortels, mais le manque de preuves flagrantes laisse au dossier une bonne part de mystère

Chimiothérapie anti-infectieuse, intubations difficiles, échographie en anesthésie locorégionale… Péchier ne cesse de se former. Ce fils dun médecin réanimateur et dune infirmière anesthésiste est un bûcheur zélé. Son seul objectif apparent : être admirable. Et admiré. Des collègues le disent : Fred, tu es le meilleur de la clinique. Jai un cursus que na aucun deux , confiait-il en 2017 à LEst républicain . Travailleur acharné, il nest guère amateur de loisirs. Quelques voyages en famille, le golf… Au club de la Chevillotte, près de Besançon, on se souvient de lui. Il participait à des tournois, mais il nétait pas du genre à traîner pour boire un coup ni à sintégrer à une bande. Depuis que laffaire a éclaté, je ne lai plus vu , relate un golfeur. Mais ce nest pas ce qui a marqué le plus les esprits.

Empoisonnements à Besançon : un syndicat danesthésistes se constitue partie civile

En 2015, Frédéric Péchier dispute une compétition. Un de ses trois partenaires note les scores sur un carton. A la fin de la partie, chaque joueur signe, et Péchier porte les résultats au jury. Mais au moment de la remise des prix, quelquun sétonne que Péchier apparaisse parmi les meilleurs. On examine le carton… pour découvrir des traces de gomme. Frédéric Péchier a falsifié les scores ! Il est alors convoqué par la commission de discipline, se souvient un membre : Il nous a dit quil avait alerté la fédération française ainsi que son avocat. Il accusait tout le monde, la secrétaire, le directeur du golf qui lui en voulaient. On a été choqués, à la commission, car il navait pas une attitude normale… Nos tournois sont amicaux, sans enjeu. Finalement, nous lavons exclu trois mois. Quand on a su laffaire de la clinique, ça nous a interpellés. Cest un gars curieux… Des tricheries comme la sienne, cest exceptionnel. Apparemment, le mauvais joueur restait serein quant à sa vie professionnelle. Pourtant, dautres que lui seraient émus, car, depuis 2008, les opérés faisaient beaucoup darrêts cardiaques dans son environnement.

Tout commence avec le père dAmandine Iehlen, qui devait subir lablation dun rein le 10 octobre 2008 : Lanesthésiste, Catherine N., a posé le cathéter et une perfusion, puis préparé une péridurale au cas où. Juste au début de lopération, il a fait un arrêt cardiaque. Cest là que le Dr Péchier est intervenu comme réanimateur. Mon père a été déclaré mort à 8 h 15. Sous le choc, lanesthésiste réclame une autopsie. Grâce à celle-ci, ce dossier est un des rares à présenter des éléments concrets : le fort taux de lidocaïne, un produit qui ne figure pas dans le dossier médical et qui naurait jamais dû être utilisé. Nous avons déposé une plainte contre X. Je pensais à une erreur médicale , raconte Amandine Iehlen. Cest alors que le procureur ouvre une information judiciaire pour homicide involontaire.

Qui sen souvient en ville ? Le 30 octobre 1984, une femme de 33 ans, mère de deux enfants, entre au CHU pour une opération bénigne. Quelques heures plus tard, Nicole Berneron trouve la mort au bloc opératoire du service ORL. Il apparaît que les deux tuyaux amenant le gaz au respirateur de la patiente ont été inversés. Du drame au procès dassises, en mars 1988 ( Fred  a alors 16 ans), on ne parle que de ça chez les Péchier, famille de quatre enfants. Entré en 1975 au CHU, où il devient dix ans plus tard praticien hospitalier à plein temps, M. Péchier père est en effet aux premières loges.

Bénédicte Boussard, elle, est hospitalisée à la polyclinique de Franche-Comté pour lablation de la vésicule biliaire, le 7 avril 2009. Deux arrêts cardiaques sur la table dopération. Depuis, elle a perdu tout souvenir de son enfance… et même des premières années de ses enfants. Quand jai rencontré mon anesthésiste, un mois après, on a mis laccident sur le compte de ma fatigue générale. Odile Lacheray, restauratrice quadragénaire, la elle aussi échappé belle. Elle a fait un arrêt cardiaque, en janvier 2015, au cours dune intervention bénigne. Péchier nétait pas mon anesthésiste mais je lai vu arriver en salle de préparation. Il a posé une boîte au bout de mon lit, avec des cathéters, et ma dit : Cest de la bonne ! Ça ma amusée , raconte-t-elle. A part ça, elle ne se souvient plus de grand-chose. Même pas de la personne qui ma endormie et a posé le cathéter. Depuis cette opération, jai des pertes de mémoire. Je dois noter les commandes des clients. Lautre jour, pour deux boules de glace, jai encore oublié. Cest très handicapant pour mon travail.

Et puis il y a laccident du petit Teddy, 4 ans. Entré au bloc le 22 février 2016 à 13 h 27 pour une opération des amygdales, il fait un premier arrêt cardiaque à 13 h 40. Péchier intervient une minute plus tard, le cœur repart… Second arrêt à 14 h 10 ; à nouveau, le cœur repart. On a cherché la cause médicale et les médecins nont rien trouvé , témoignent les parents.

La mortalité en anesthésie se situe dans une fourchette comprise entre un pour 100.000 et un pour un million, ce qui est assez proche de laviation civile. Et bien moins important que pour les interventions chirurgicales en elles-mêmes. On a besoin de rassurer les patients, on ne peut pas laisser courir des bruits sur la sécurité anesthésique, souligne de son côté le président du Snarf, Christian-Michel Arnaud, interrogé mercredi par le quotidien LEst Républicain.

Lanesthésiste de Besançon aurait tenté dempoisonner une de ses collègues, selon lavocat Alain Dreyfus-Schmidt

Cest parce que Sandra Simard est tombée dans le coma neuf jours plus tôt, pendant la pose dune prothèse discale, que les enquêteurs sont à la clinique le 20 janvier 2017. Coïncidence heureuse , si lon ose dire, Jean-Claude Gandon est à son tour, ce jour-là, victime dun arrêt cardiaque. Tous les produits et matériels utilisés au bloc sont saisis. Enfin, les enquêteurs tiennent leur scène de crime. Dans la poche de réhydratation, ils trouveront du potassium à très haute dose, 100 fois la concentration attendue , selon lagence régionale de la santé (ARS). Même résultat dans la poche de Sandra. Dès lors, lempoisonnement ne fait plus aucun doute.

Pour les sept premiers cas, les enquêteurs ont croisé les noms des 1 514 employés présents dans les deux cliniques. Celui de Péchier est le seul à apparaître sur toutes les listes. Il est placé sur écoute téléphonique. Le 7 mars 2017, il est mis en examen pour sept cas dempoisonnement dont deux mortels. Un an plus tard, deux psychologues spécialisés sont chargés de rendre un rapport dexpertise psycho-criminologique. Lincident du golf mais aussi une suspicion de tromperie aux assurances font partie des éléments qui leur sont soumis. Ils sont chargés danalyser les écoutes téléphoniques et les comptes rendus daudition, sans jamais rencontrer laccusé. Selon eux, ce nest pas du côté des victimes quil faut chercher le mobile de celui qui ne semble pas en avoir. Jai un métier que jaime, jy passe beaucoup de temps, ma femme vous le confirmera. […] Pourquoi je ferais un truc pareil ? faisait-il remarquer aux journalistes de LEst républicain , en 2017.

Autre fait accablant selon la partie civile, un patient de Catherine Nambot est décédé en octobre 2008 dun arrêt cardiaque inexpliqué (il était entré pour lablation dun rein). Lautopsie révèle de fortes doses de lidocaïne, un produit que Catherine Nambot nutilise jamais. “Cest en 2017 quand laffaire a été révélée que tout sest éclairé, explique Me Dreyfus-Schmidt. Aussi bien sur laccident de 2008 quon lui reprochait, que – la concernant – cette opération quelle a subie à la clinique”. 

Daprès les experts, ses cibles seraient les autres médecins. Pour lui, il sagirait de mettre en doute et en péril les pratiques de ses confrères […] et de participer, dans un second temps, à la plupart des réanimations . Sa stratégie : Faire perdre confiance et se placer ensuite comme sauveur. Pour ce besoin massif de reconnaissance , rien ne larrête, pas même la mort dune personne inconnue . Ce comportement destructeur et répétitif dun autre chosifié repose sur un élan de vengeance froide mais puissante, de colères sourdes qui proviennent probablement dun narcissisme blessé, voire humilié dans lenfance. […] Le passage à lacte criminel lui permet, au moins temporairement, […] danesthésier les blessures narcissiques perpétrées contre lui. Ils notent des traits de personnalité pervers et paranoïaques . Au sein de sa sphère personnelle […], on observe un sujet capable dexprimer des affects damour, de faire preuve dempathie, de se soucier de son entourage. Ce clivage du moi est une défense très efficace permettant la lutte contre la dépression.

Le médecin anesthésiste de Besançon est mis en examen, le jeudi 16 mai, pour dix-sept nouveaux cas d empoisonnements sur personnes vulnérables , dont sept mortels. Au total, Frédéric Péchier est suspecté davoir commis vingt-quatre empoisonnements, dont neufs mortels, sur des patients de 4 à 80 ans. Le 17 mai, il sort libre. Il a gagné une bataille mais pas la guerre judiciaire, et doit répondre de chefs dinculpation passibles de la prison à perpétuité.

Frédéric Péchier, lanesthésiste soupçonné davoir empoisonné 24 personnes, le 29 mars 2017, à Besançon. SEBASTIEN BOZON / AFP Cest un tee-shirt vraiment pas banal. Sur les manches de Frédéric Péchier, ce jour de confrontation judiciaire avec une ex-collègue du service danesthésie à la clinique Saint-Vincent de Besançon, cinq mots sont floqués :  Fair-play, élégance, précision, discipline, courage.  Son éthique de samouraï. Face au médecin, Catherine Nambot, une consœur et complice devenue son ennemie jurée.

Neuf ans après la mort de son père, en mars 2017, Amandine Iehlen reçoit un appel de la PJ. Jai découvert avec soulagement quils navaient jamais lâché mon affaire. Peu à peu, dautres victimes sont réveillées . Il y a un mois, on a annoncé à Bénédicte Boussard quelle avait été opérée dans la période où Péchier était présent. Lanesthésiste ma raconté quil navait jamais eu darrêt cardiaque en dix ans dexercice, puis quil en avait eu deux en trois semaines. Le second a été un signal dalarme et la polyclinique a prévenu lARS. Malheureusement, ses poches de soluté nont pas été conservées. Odile Lacheray a été alertée à la fin de lannée dernière : Mon médecin ma dit : Vous pourriez avoir été victime dun empoisonnement. Elle fait partie des dix-sept nouveaux cas suspects qui ont provoqué la seconde mise en examen. Les parents de Teddy ne sont pas près doublier les images de leur fils de 4 ans, intubé. Aujourdhui, Teddy va bien. Il pose des questions, car il a subi beaucoup dexamens, mais il ny a heureusement pas de séquelles neurologiques. Il fait des cauchemars et a dû être suivi par un psychologue. Quant au garagiste Jacques Henriet, il ne pardonne pas la mort de sa femme, Laurence. Si des gens ressortaient de mon garage avec des roues mal serrées et avaient des accidents, ils mettraient en cause ma responsabilité.

Cette démarche a aussi pour but de “défendre la profession”, secouée par la médiatisation de ces empoisonnements présumés. Le SNARF vaut ainsi bien séparer cette affaire de lexercice quotidien du métier, une des spécialités médicales les plus sûres actuellement. Et ça, les anesthésistes ne cessent de le rappeler en ce moment : “Les patients ont encore plus besoin dêtre rassurés”, puisque ce type daffaire entraîne une perte de confiance avec les médecins anesthésistes.

Fin 2017, le Dr Péchier a demandé à donner des consultations préopératoires dans des hôpitaux parisiens. Le procureur a refusé, au motif quon ne pouvait avoir la garantie quil ny aura pas dacte pouvant mettre en cause lintégrité physique des patients . Interdit de séjour à Besançon, le médecin réanimateur est obligé de résider chez ses parents, à Poitiers. Cest sa femme Nathalie qui éconduit les importuns. Dans lInterphone, elle lâche sans trembler : Je ne vis pas depuis vingt ans avec un psychopathe !

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Ce soir nous revenons en détail sur laffaire des empoisonnements en série de Besançon.Le Docteur Frédérique Péchier déjà soupçonné davoir volontairement intoxiqué 7 de ses patients, dont 2 étaient décédés au cours interventions bénignes, vient dêtre mis en examen pour 17 empoisonnements de plus. En tout, la justice le suspecte davoir fait 24 victimes, dont 9 sont mortes.Nous faisons le point avec nos invités ce soir sur deux ans dune enquête hors norme qui conduit la justice à soupçonner ce brillant médecin davoir empoisonné avec préméditation des personnes particulièrement vulnérables, âgées de 4 à 80 ans. Les interventions quelles devaient subir ne présentaient pas de difficultés particulières : Opération de la hanche, de lépaule, ablation des amygdales pour un petit garçon qui fera deux arrêts cardiaques successifs avant lintervention providentielle du Docteur Péchier.