Anesthésiste de Besançon. Une collègue est convaincue quil a tenté de la tuer après une dispute – Ouest-France éditions locales

Anesthésiste de Besançon. Une collègue est convaincue quil a tenté de la tuer après une dispute - Ouest-France éditions locales

Lanesthésiste de Besançon soupçonné davoir voulu empoisonner une collègue

Le docteur Péchier est mis en examen pour 24 cas dempoisonnement dont 9 mortels, mais le manque de preuves flagrantes laisse au dossier une bonne part de mystère

Chimiothérapie anti-infectieuse, intubations difficiles, échographie en anesthésie locorégionale… Péchier ne cesse de se former. Ce fils dun médecin réanimateur et dune infirmière anesthésiste est un bûcheur zélé. Son seul objectif apparent : être admirable. Et admiré. Des collègues le disent : Fred, tu es le meilleur de la clinique. Jai un cursus que na aucun deux , confiait-il en 2017 à LEst républicain . Travailleur acharné, il nest guère amateur de loisirs. Quelques voyages en famille, le golf… Au club de la Chevillotte, près de Besançon, on se souvient de lui. Il participait à des tournois, mais il nétait pas du genre à traîner pour boire un coup ni à sintégrer à une bande. Depuis que laffaire a éclaté, je ne lai plus vu , relate un golfeur. Mais ce nest pas ce qui a marqué le plus les esprits.

Quelques temps avant cette opération, les deux collègues sétaient un peu brouillés, ce qui illustre des relations conflictuelles récurrentes entre le docteur Péchier et ses confrères. Pour le procureur, les incidents suspects à la clinique étaient plus fréquents durant ces périodes. Huit ans plus tôt, en 2008, cest lun des patients de Catherine Nambot qui était mort de manière mystérieuse. Le docteur Frédéric Péchier, lui, travaillait déjà à la clinique Saint-Vincent de Besançon.

Lanesthésiste de Besançon soupçonné davoir voulu empoisonner lune de ses collègues

En 2015, Frédéric Péchier dispute une compétition. Un de ses trois partenaires note les scores sur un carton. A la fin de la partie, chaque joueur signe, et Péchier porte les résultats au jury. Mais au moment de la remise des prix, quelquun sétonne que Péchier apparaisse parmi les meilleurs. On examine le carton… pour découvrir des traces de gomme. Frédéric Péchier a falsifié les scores ! Il est alors convoqué par la commission de discipline, se souvient un membre : Il nous a dit quil avait alerté la fédération française ainsi que son avocat. Il accusait tout le monde, la secrétaire, le directeur du golf qui lui en voulaient. On a été choqués, à la commission, car il navait pas une attitude normale… Nos tournois sont amicaux, sans enjeu. Finalement, nous lavons exclu trois mois. Quand on a su laffaire de la clinique, ça nous a interpellés. Cest un gars curieux… Des tricheries comme la sienne, cest exceptionnel. Apparemment, le mauvais joueur restait serein quant à sa vie professionnelle. Pourtant, dautres que lui seraient émus, car, depuis 2008, les opérés faisaient beaucoup darrêts cardiaques dans son environnement.

Anesthésiste de Besançon : une ancienne collègue est convaincue quil a tenté de lempoisonner

Tout commence avec le père dAmandine Iehlen, qui devait subir lablation dun rein le 10 octobre 2008 : Lanesthésiste, Catherine N., a posé le cathéter et une perfusion, puis préparé une péridurale au cas où. Juste au début de lopération, il a fait un arrêt cardiaque. Cest là que le Dr Péchier est intervenu comme réanimateur. Mon père a été déclaré mort à 8 h 15. Sous le choc, lanesthésiste réclame une autopsie. Grâce à celle-ci, ce dossier est un des rares à présenter des éléments concrets : le fort taux de lidocaïne, un produit qui ne figure pas dans le dossier médical et qui naurait jamais dû être utilisé. Nous avons déposé une plainte contre X. Je pensais à une erreur médicale , raconte Amandine Iehlen. Cest alors que le procureur ouvre une information judiciaire pour homicide involontaire.

Elle “a la certitude qu’il a voulu la tuer”. C’est un nouveau rebondissement dans l’affaire de l’anesthésiste de Besançon, soupçonné d’avoir empoisonné 24 patients. Catherine Nambot, une collègue de Frédéric Péchier, est persuadée qu’elle était “visée”, selon son avocat Me Alain Dreyfus-Schmidt, cité par Le Parisien et France Bleu Bourgogne.

Bénédicte Boussard, elle, est hospitalisée à la polyclinique de Franche-Comté pour lablation de la vésicule biliaire, le 7 avril 2009. Deux arrêts cardiaques sur la table dopération. Depuis, elle a perdu tout souvenir de son enfance… et même des premières années de ses enfants. Quand jai rencontré mon anesthésiste, un mois après, on a mis laccident sur le compte de ma fatigue générale. Odile Lacheray, restauratrice quadragénaire, la elle aussi échappé belle. Elle a fait un arrêt cardiaque, en janvier 2015, au cours dune intervention bénigne. Péchier nétait pas mon anesthésiste mais je lai vu arriver en salle de préparation. Il a posé une boîte au bout de mon lit, avec des cathéters, et ma dit : Cest de la bonne ! Ça ma amusée , raconte-t-elle. A part ça, elle ne se souvient plus de grand-chose. Même pas de la personne qui ma endormie et a posé le cathéter. Depuis cette opération, jai des pertes de mémoire. Je dois noter les commandes des clients. Lautre jour, pour deux boules de glace, jai encore oublié. Cest très handicapant pour mon travail.

Selon le quotidien, en 2016, Catherine Nambot doit se faire opérer d’une prothèse de l’épaule, avec comme anesthésiste le Dr Frédéric Péchier. Au dernier moment, c’est finalement le compagnon de la patiente, également anesthésiste, qui prend sa place, modifiant l’ordre de passage.

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Et puis il y a laccident du petit Teddy, 4 ans. Entré au bloc le 22 février 2016 à 13 h 27 pour une opération des amygdales, il fait un premier arrêt cardiaque à 13 h 40. Péchier intervient une minute plus tard, le cœur repart… Second arrêt à 14 h 10 ; à nouveau, le cœur repart. On a cherché la cause médicale et les médecins nont rien trouvé , témoignent les parents.

Depuis sa première mise en examen, en mars 2017, Frédéric Péchier, reclus dans sa maison du bourg de Montfaucon dont il ne sévade guère, sentretient régulièrement au téléphone avec son père. Plus pédagogue et nettement plus calme que son fils, Jean-Michel Péchier écoute sa colère, conseille, demande des explications et des détails quand les réponses lui semblent trop lapidaires, révèlent les écoutes téléphoniques versées au dossier. Sans doute se souvient-il quen 1984,  la culpabilité de Diallo était acquise pour tous , rappelle Me Henri Leclerc, avocat de lanesthésiste de Poitiers. A lépoque, dailleurs, Jean-Michel Péchier nappartenait pas au clan des défenseurs de Diallo, acquitté aux assises quatre ans plus tard.

Cest parce que Sandra Simard est tombée dans le coma neuf jours plus tôt, pendant la pose dune prothèse discale, que les enquêteurs sont à la clinique le 20 janvier 2017. Coïncidence heureuse , si lon ose dire, Jean-Claude Gandon est à son tour, ce jour-là, victime dun arrêt cardiaque. Tous les produits et matériels utilisés au bloc sont saisis. Enfin, les enquêteurs tiennent leur scène de crime. Dans la poche de réhydratation, ils trouveront du potassium à très haute dose, 100 fois la concentration attendue , selon lagence régionale de la santé (ARS). Même résultat dans la poche de Sandra. Dès lors, lempoisonnement ne fait plus aucun doute.

Qui sen souvient en ville ? Le 30 octobre 1984, une femme de 33 ans, mère de deux enfants, entre au CHU pour une opération bénigne. Quelques heures plus tard, Nicole Berneron trouve la mort au bloc opératoire du service ORL. Il apparaît que les deux tuyaux amenant le gaz au respirateur de la patiente ont été inversés. Du drame au procès dassises, en mars 1988 ( Fred  a alors 16 ans), on ne parle que de ça chez les Péchier, famille de quatre enfants. Entré en 1975 au CHU, où il devient dix ans plus tard praticien hospitalier à plein temps, M. Péchier père est en effet aux premières loges.

Empoisonnements à Besançon: un syndicat danesthésistes partie civile

Pour les sept premiers cas, les enquêteurs ont croisé les noms des 1 514 employés présents dans les deux cliniques. Celui de Péchier est le seul à apparaître sur toutes les listes. Il est placé sur écoute téléphonique. Le 7 mars 2017, il est mis en examen pour sept cas dempoisonnement dont deux mortels. Un an plus tard, deux psychologues spécialisés sont chargés de rendre un rapport dexpertise psycho-criminologique. Lincident du golf mais aussi une suspicion de tromperie aux assurances font partie des éléments qui leur sont soumis. Ils sont chargés danalyser les écoutes téléphoniques et les comptes rendus daudition, sans jamais rencontrer laccusé. Selon eux, ce nest pas du côté des victimes quil faut chercher le mobile de celui qui ne semble pas en avoir. Jai un métier que jaime, jy passe beaucoup de temps, ma femme vous le confirmera. […] Pourquoi je ferais un truc pareil ? faisait-il remarquer aux journalistes de LEst républicain , en 2017.

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Daprès les experts, ses cibles seraient les autres médecins. Pour lui, il sagirait de mettre en doute et en péril les pratiques de ses confrères […] et de participer, dans un second temps, à la plupart des réanimations . Sa stratégie : Faire perdre confiance et se placer ensuite comme sauveur. Pour ce besoin massif de reconnaissance , rien ne larrête, pas même la mort dune personne inconnue . Ce comportement destructeur et répétitif dun autre chosifié repose sur un élan de vengeance froide mais puissante, de colères sourdes qui proviennent probablement dun narcissisme blessé, voire humilié dans lenfance. […] Le passage à lacte criminel lui permet, au moins temporairement, […] danesthésier les blessures narcissiques perpétrées contre lui. Ils notent des traits de personnalité pervers et paranoïaques . Au sein de sa sphère personnelle […], on observe un sujet capable dexprimer des affects damour, de faire preuve dempathie, de se soucier de son entourage. Ce clivage du moi est une défense très efficace permettant la lutte contre la dépression.

Le Syndicat national des anesthésistes-réanimateurs de France (Snarf) a annoncé ce mercredi 22 mai sa décision de se constituer partie civile dans laffaire des 24 empoisonnements présumés à Besançon pour lesquels Frédéric Péchier, médecin anesthésiste bisontin, est mis en examen.

Le médecin anesthésiste de Besançon est mis en examen, le jeudi 16 mai, pour dix-sept nouveaux cas d empoisonnements sur personnes vulnérables , dont sept mortels. Au total, Frédéric Péchier est suspecté davoir commis vingt-quatre empoisonnements, dont neufs mortels, sur des patients de 4 à 80 ans. Le 17 mai, il sort libre. Il a gagné une bataille mais pas la guerre judiciaire, et doit répondre de chefs dinculpation passibles de la prison à perpétuité.

Le Dr Frédéric Péchier a été mis en examen jeudi pour 17 nouveaux cas dempoisonnement de patients, dont sept nont pas survécu. Il avait déjà été mis en examen en 2017 pour sept empoisonnements présumés, dont deux mortels. Au total, il est donc désormais mis en examen pour 24 cas dempoisonnements sur patients dont neuf se sont soldés par un décès. Cet anesthésiste-réanimateur, qui clame son innocence, a été laissé libre sous contrôle judiciaire. Il a interdiction dexercer et de se rendre à Besançon ou dans la commune voisine où il réside.

Neuf ans après la mort de son père, en mars 2017, Amandine Iehlen reçoit un appel de la PJ. Jai découvert avec soulagement quils navaient jamais lâché mon affaire. Peu à peu, dautres victimes sont réveillées . Il y a un mois, on a annoncé à Bénédicte Boussard quelle avait été opérée dans la période où Péchier était présent. Lanesthésiste ma raconté quil navait jamais eu darrêt cardiaque en dix ans dexercice, puis quil en avait eu deux en trois semaines. Le second a été un signal dalarme et la polyclinique a prévenu lARS. Malheureusement, ses poches de soluté nont pas été conservées. Odile Lacheray a été alertée à la fin de lannée dernière : Mon médecin ma dit : Vous pourriez avoir été victime dun empoisonnement. Elle fait partie des dix-sept nouveaux cas suspects qui ont provoqué la seconde mise en examen. Les parents de Teddy ne sont pas près doublier les images de leur fils de 4 ans, intubé. Aujourdhui, Teddy va bien. Il pose des questions, car il a subi beaucoup dexamens, mais il ny a heureusement pas de séquelles neurologiques. Il fait des cauchemars et a dû être suivi par un psychologue. Quant au garagiste Jacques Henriet, il ne pardonne pas la mort de sa femme, Laurence. Si des gens ressortaient de mon garage avec des roues mal serrées et avaient des accidents, ils mettraient en cause ma responsabilité.

La mortalité en anesthésie se situe dans une fourchette comprise entre un pour 100.000 et un pour un million, ce qui est assez proche de laviation civile. Et bien moins important que pour les interventions chirurgicales en elles-mêmes. On a besoin de rassurer les patients, on ne peut pas laisser courir des bruits sur la sécurité anesthésique, souligne de son côté le président du Snarf, Christian-Michel Arnaud, interrogé mercredi par le quotidien LEst Républicain.

LAnesthésiste de Besançon

Fin 2017, le Dr Péchier a demandé à donner des consultations préopératoires dans des hôpitaux parisiens. Le procureur a refusé, au motif quon ne pouvait avoir la garantie quil ny aura pas dacte pouvant mettre en cause lintégrité physique des patients . Interdit de séjour à Besançon, le médecin réanimateur est obligé de résider chez ses parents, à Poitiers. Cest sa femme Nathalie qui éconduit les importuns. Dans lInterphone, elle lâche sans trembler : Je ne vis pas depuis vingt ans avec un psychopathe !

Alain Dreyfus-Schmidt raconte quen avril 2016, sa cliente devait être opérée à la clinique Saint-Vincent dune banale prothèse de lépaule. Le Dr Péchier devait effectuer lanesthésie. Catherine Nambot était en deuxième position. “Lami de ma cliente, un autre anesthésiste, était sur place, précise lavocat. Il lui a proposé de lanesthésier. Elle a dit daccord. Et à ce moment-là elle a pris la première place des anesthésies du matin. Tous sest très bien passé pour elle”. Malheureusement, ce ne fut pas le cas de la patiente qui a pris la deuxième place, et à qui la poche destinée à Catherine Nambot a été administrée. Cette dame décédera des suites précisément de lanesthésie (surdose).

Il est apparu que cette patiente de 50 ans, qui était en parfaite santé, a succombé à un arrêt cardiaque dû à une surdose de Mépivacaïne, un anesthésique local, et de Tramadol, un opioïde à base de morphine.  

Pour les enquêteurs, cest clairement la collègue du docteur Péchier, le docteur Catherine Nambot, qui était visée. Lanesthésiste de Besançon, mis en examen en 2017 et ce mois-ci pour de multiples empoisonnements présumés de patients, aurait toujours agi “dans un contexte de conflit aigu avec ses collègues”, a souligné le procureur de Besançon, Étienne Manteaux.  

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Frédéric Péchier, lanesthésiste soupçonné davoir empoisonné 24 personnes, le 29 mars 2017, à Besançon. SEBASTIEN BOZON / AFP Cest un tee-shirt vraiment pas banal. Sur les manches de Frédéric Péchier, ce jour de confrontation judiciaire avec une ex-collègue du service danesthésie à la clinique Saint-Vincent de Besançon, cinq mots sont floqués :  Fair-play, élégance, précision, discipline, courage.  Son éthique de samouraï. Face au médecin, Catherine Nambot, une consœur et complice devenue son ennemie jurée.

Le docteur Catherine Nambot, ainsi que son mari, lui aussi anesthésiste dans le même service, côtoyaient le docteur Frédéric Péchier depuis une dizaine dannées. Ils étaient même amis, avant de se brouiller au cours dun dîner… six semaines avant lopération du Catherine Nambot. A lépoque, elle naurait jamais cru son “ami” capable dempoisonnements. 

Mais les éléments soulevés par la justice ont changé la donne. “Catherine Nambot a désormais la certitude quil a voulu la tuer. On pourrait qualifier cela de tentative de meurtre”, a lancé au Parisien son avocat, Me Alain Dreyfus Schmidt.