Leau courante arrive, enfin, dans un village du Pas-de-Calais – Le Figaro

L\eau courante arrive, enfin, dans un village du Pas-de-Calais - Le Figaro

Ce village du Pas-de-Calais va (enfin) recevoir leau courante

À Sains-lès-Marquion dans le Pas-de-Calais, les 350 habitants du village ne sont pas raccordés à leau courante. Chaque foyer puise son eau grâce à un forage individuel dans une nappe phréatique à plusieurs mètres de profondeur, relié à une cuve. Sains-lès-Marquion figure parmi les rares communes françaises à ne pas être reliées à un réseau – aucun ministère na pu donner de chiffre, selon lAFP.  

Une petite révolution. Bienvenue au XXIe siècle. Les habitants dun petit village du Pas-de-Calais ont toujours vécu sans eau courante. Pour faire la vaisselle, se laver ou… boire tout simplement. Les 350 habitants de Sains-lès-Marquion sapprêtent désormais à vivre une petite révolution. Leur village restait lun des derniers, en France, à ne pas être relié à leau potable.

Qui a dit que leur bourgade, située à 25 kilomètres dArras, vivait reculée, dans un autre temps néomoyenâgeux. Personne. Dailleurs, vous rétorquera-t-on, ça fait quelques années déjà que “les Sainsoises et Sainsois ont accès à internet”. Dans leur village, la 4G fonctionne fort correctement et tout le monde en est content. Pourtant, génération après génération, un manque sest installé. Celui, somme toute banal dans un pays comme la France, darrivée deau. Non pas que les villageois en soient privés, mais jusquici, leau courante navait pas encore fait son apparition.

« Il y a le risque de l’incident, et avant qu’on se rende compte que notre eau n’est pas potable, ça mettrait un certain temps », avance l’élu, 66 ans. « Ça ne nous posait pas de problèmes majeurs, nous autochtones, mais les gens venant de l’extérieur se posaient les bonnes questions », prévient-il, évoquant entre autres les interrogations sur les pesticides et les risques de sécheresse. Restait l’obstacle financier: l’investissement d’un million d’euros, hors de portée pour un budget communal d’1,8 million d’euros. En 2017, sa commune adhère alors au syndicat intercommunal de distribution de l’eau et à l’assainissement, qui finance les travaux à hauteur de 750.000 euros, le reste étant apporté par l’Agence de l’eau. Les travaux doivent durer dix mois.

Comment expliquer ce manque ? Sains-lès-Marquion est en ruine au sortir de la première guerre mondiale. Les autorités, à lépoque, sattellent à creuser des puits sur le territoire de la commune. Une vingtaine au total. Et puis… plus rien. Avec les années, personne pour sen émouvoir. Les maires successifs nont pas trouvé darguments assez forts pour mettre fin à cette anomalie. Les analyses deau, effectuées jusquà présent, nont jamais rien révélé de problématique, la vie suit son cours. Entre la crèche et la mairie.

Sains-lès-Marquion figure parmi les rares communes françaises à ne pas être reliées à un réseau – aucun ministère n’a pu donner de chiffre. « A la reconstruction après la Première Guerre mondiale, pour des raisons techniques qui m’échappent, ils nous ont fait 20 puits et dit  »on verra plus tard”, avance Guy de Saint-Aubert, maire depuis 1995, affirmant que la commune a été « oubliée » par les autorités. Elu depuis 1977, fils de l’ancien premier édile, il a voulu mettre fin à cette anomalie, pour des questions de développement du village, de conformité avec la réglementation et de santé publique. Même si, dit-il, les analyses de l’eau, effectuées jusqu’à présent, de la mairie et de la crèche sont dans les normes.

Ca y est, cette commune française est (enfin) reliée à leau potable !

Les natifs de la commune nont jamais vraiment manifesté leur mécontentement. Ou, sils lont fait, se sont abstenus de toute véhémence. Et les nouveaux arrivants, en connaissance de cause, nont pas eu le choix. Leau courante ne passera pas, à eux de sadapter. Bref : tout est resté en létat. Car les 350 habitants du village ont chez eux un système de pompage en sous-sol, qui leur permette de puiser leau dans une nappe phréatique, située à plusieurs mètres de profondeur, reliée à une cuve. Des temps révolus. Les villageois se sont faits à lidée que cette arrivée deau allait bouleverser leurs méthodes archaïques : adieu le forage qui fera bientôt partie de lhistoire ancienne. La plupart des 350 âmes qui vivent ici en sont particulièrement heureuses. Car, quand la pompe est tombée en panne, leur monde, plus dune fois, sest écroulé. Plus deau ! Même pour les toilettes ! Ces Français ont décidé quil était temps que leur quotidien soit un peu plus confortable.

Il faut descendre dans la cave de Josette, 71 ans, pour voir la pompe qui alimente sa maison en eau. Cela fait des décennies que cette habitante de Sains-lès-Marquion dans le Pas-de-Calais vit avec ce système de filtrage. "Leau vient de la nappe phréatique"à plusieurs mètres de profondeurs, explique la septuagénaire. Elle avoue navoir eu aucun problème de santé. "Leau est bonne, moi je la bois."Mais comme les 350 habitants de ce village de la campagne du Cambrésis, Josette devra se résoudre à mettre de côté ce forage, qui fera bientôt parti de lhistoire ancienne. Elle se raccordera bientôt au futur réseau deau potable. "Cest à cause de la pompe, jen ai marre" avoue la Sainsoise. "Quand la pompe est en panne, il ny a plus deau, même pour les toilettes, ce nest pas normal", fustige Josette. "On est quand même au 21e siècle."

Alors, quest-ce qui a subitement, après des décennies datermoiements, décidé les autorités locales à passer le pas ? Cest la qualité des eaux en sous-sol. Pour des questions de réglementation et de santé publique. Le risque dincident ne peut décidément pas être indéfiniment reporté. Avant quon ne se rende compte que leau des puits nest pas potable, cela mettrait trop de temps. Mieux vaut tard que jamais, donc. Les interrogations récentes sur les pollutions aux pesticides et les risques de sécheresse ont précipité le projet de développement. Restait lobstacle financier : linvestissement est évalué à un million deuros, hors de prix pour un budget communal qui en fait un peu moins du double. Le syndicat intercommunal de distribution de leau et lAgence de leau vont se répartir le coût. Les travaux doivent durer dix mois. Un saut en douceur qui ne plaît pas à tout le monde. Des irréductibles ne font confiance quà leau quils ont eux-mêmes puisée. Craignant leur première facture et le “goût” de leau qui leur sera désormais proposée, certains villageois restent déterminés à conserver leur station de pompage. Jusquà ce que cela leur soit interdit ?

Si le maire a engagé ces travaux pour le raccordement au réseau, cest parce que les pollutions et les sécheresses ont dégradé la qualité de leau en sous-sol. Linvestissement, supporté par le syndicat intercommunal, coûtera un millions deuros, soit plus de la moitié du budget communal. "On va payer mais on sait ce que lon va donner à nos enfants", justifie Guy de Saint-Aubert, maire depuis 1995, qui joue la carte de la prévention. "Il ne faudrait pas quil arrive quelque chose et quon ne laie pas vu venir." Lédile reconnait que leau "est dégradé". "Jaurais préféré dire quil ny a pas de problème, que leau est bonne pour des générations. Mais ce nest pas le cas."  Malgré tout, les habitants récalcitrants pourront conserver leur forage individuel, un système qui fournit de leau sans contrôle, mais aussi sans facture.

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