Almodovar, chouchou de Cannes, entre en compétition – Le Dauphiné Libéré

Almodovar, chouchou de Cannes, entre en compétition - Le Dauphiné Libéré

Festival de Cannes 2019 : Nagui, Laury Thilleman et Didier Bourdon sur les marches

Quatrième journée sur la Croisette. Le Festival de Cannes continue déblouir le monde entier ce vendredi 17 mai, et ce, jusquau 25 mai prochain. Côté compétition, le jury, présidé cette année par le réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu, met à lhonneur lAngleterre avec Jessica Hausner et lEspagne avec Pedro Almodovar.En fin daprès-midi, le public cannois a donc découvert Little Joe le long-métrage de lautrichienne Jessica Hausner. Habituée de la Croisette grâce à son ancienne vie de scripte pour le cinéaste plusieurs fois palmé Michael Haneke, la jeune réalisatrice est pour la première fois nommée.

Lhistoire est celle dune plante génétiquement modifiée qui aurait le pouvoir de transformer les humains en animaux. Un scénario plus quoriginal qui devrait certainement plaire à Yórgos Lánthimos, membre du jury, qui a lui-même animalisé ses acteurs dans The Lobster (Prix du jury, 2015).

Dans Douleur et Gloire, le réalisateur espagnol Pedro Almodovar évoque lenfance, le cinéma, les fantasmes et les amours de jeunesse mais également la maladie, la drogue ou la soudaine incapacité à créer. Une oeuvre personnelle sur sa propre vie, bien que son acteur principal ne valide quà moitié cette théorie. “Pedro aime à dire que ce nest pas une autobiographie mais une auto-fiction, cest un moyen quil a utilisé pour se réconcilier avec lui-même”, a confié Antonio Banderas sur RTL.

Cette journée cannoise est à limage de lédition 2019 avec, dun côté, un vétéran de la Croisette et, de lautre, une réalisatrice qui viendra pour la première fois prétendre à la Palme dor. Née en 1972, la cinéaste autrichienne Jessica Hausner, qui a été scripte de Michael Haneke, a déjà présenté trois longs-métrages et un court à Cannes ; avec Little Joe, elle entre dans la compétition officielle. Ce film lemmène vers un autre domaine, inexploré pour elle, celui de la science-fiction. Il y sera question de plantes génétiquement modifiées, de leurs effets bénéfiques comme de leurs effets secondaires.

COMPÉTITION – Un cinéaste vieillissant se plonge dans les méandres de son passé… Autobiographie ou fiction ? LEspagnol brouille la frontière entre les deux, autant quil se dévoile.

Cest une affaire dhommes, bien davantage que dans la plupart des films de Pedro Almodóvar. Mais pour le cinéaste, un homme est dabord un fils. Les premiers souvenirs qui assaillent Salvador (Antonio Banderas) le ramènent ainsi à son enfance, dans une Espagne rurale et ensoleillée, auprès de femmes — dont sa mère bien-aimée (Penélope Cruz) — qui lavent le linge au bord dune rivière. Images idylliques de joie de vivre, dinnocence et de nature. Portrait dune mère en infatigable travailleuse, aimante, digne et radieuse, malgré la pauvreté : le tableau est peut-être trop beau pour être vrai.

Pedro Almodovar, en avril, à Paris. ROBERT JEAN-FRANÇOIS / MODDS Cannes a ses nouveaux visages, et ses habitués. Pedro Almodovar, qui fut président du jury de la Sélection officielle en 2017, est devenu un pilier du Festival, après avoir été longtemps ignoré, jusquà la fin des années 1990 – Femmes au bord de la crise de nerfs (1988) ou bien encore Talons aiguilles (1991) avaient été refusés à lépoque. En 1999, Tout sur ma mère, son premier film en compétition, ­obtint le Prix de la mise en scène, puis Volver, en 2006, celui du scénario. La Mauvaise ­Education, Etreintes brisées, La piel que ­habito et Julieta repartiront sans prix.

La limpidité, la luminosité de ces scènes peuvent tromper ou aveugler. Il en va ainsi de la mise en scène dAlmodóvar et de son écriture. Le film commence dans la plus grande simplicité, en sattachant à un alter ego évident de lauteur, ce Salvador vieillissant, reclus dans la pénombre de son luxueux appartement madrilène. Diminué par les souffrances physiques (asthme, migraines, arthrose, acouphènes…), cerné par la nostalgie et la tristesse, il ne se sent plus la force dexercer pleinement son métier de cinéaste et, donc, ne trouve plus de sens à sa vie. Impossible de deviner, alors, quelle direction va prendre Douleur et gloire, ni quel en sera le sujet : ce brio de narrateur imprévisible demeure une rareté. Quand Salvador retrouve lun de ses acteurs dil y a trente-deux… La suite de cet article est réservée aux abonnés Je mabonne à partir de 1€ Déjà abonné ? Je me connecte Tous les contenus abonnés : articles, critiques, newsletters et le magazine en version numérique Laccès à plus de 300 films VOD par an sélectionnés par la rédaction Des avantages et réductions sur des événements culturels choisis par Télérama  Douleur et gloire, de Pedro Almodóvar. Espagne. 1h53. En salle le 17 mai 2019. En compétition.