Cannes 1939 à Orléans – RFI

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C comme Cannes 1939, à Orléans

La finale du concours Tous Orléans tous éloquents se déroulait vendredi après-midi au théâtre. Cette compétition oratoire était organisée dans le cadre du Festival Cannes 1939.

Sept finalistes se sont exprimés sur le thème de la laïcité. Cinq jeunes candidats ont été primés par le jury, constitué, entre autres, du sénateur Jean-Pierre Sueur et de lancien ministre Patrick Kanner. Découvrez-les ci-dessous.

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Il a donné le ton dentrée. Dès la sortie du fascicule du concours. Page 4, une trombine détonne. Celle de Younès Boukalkha, habitant orléanais de 25 ans. Cheveux en pétard et insolente grimace de celui qui fait un joli pied de nez à la mort et à son envoûtante étreinte.

Retrouvant une partie de sa famille en France, il a pu faire soigner ces deux tumeurs à la moelle épinière qui lui ont gâché la vie.

La douleur et les soucis de santé restent quotidiens. Mais il a pu trouver un second souffle, préférant lart oratoire à la médecine incantatoire. “Je pense que le mental a joué un grand rôle dans ma guérison. Jétais dans un lit ou dans un fauteuil. Les médecins disaient que cétait miraculeux.”

Younès sest présenté durant cette finale coiffé dune chéchia et portant une écharpe traditionnelle sous sa veste de costume, en un bel hommage à sa culture de naissance. “La laïcité est-elle le fondement de lintolérance ?” Il a répondu à cette question, devant un jury conquis qui lui a remis le Grand Prix.

“La laïcité nous permet de nêtre ni pute, ni soumise !”, déclame-t-il sur scène, entre énergie et tempérance. Les gestes sont sûrs. La voix calibrée entraîne lassistance dans son argumentaire.

Dans ma prestation, jexplique que la laïcité nous éduque pour réfléchir, et peser le pour et le contre. Elle nous ouvre les yeux et nous permet de répondre aux stéréotypes.

Très loquace sur la laïcité, mais silencieux sur ses convictions religieuses, le jeune homme veut conserver cette part intime. “Si ce nest pas quelque chose dintérieur, vous en sortez. Dans tous mes spectacles, je prône lamour, pas la religion. Je suis amoureux de lamour.”

Sa récompense va lui permettre de voyager au Sénat, à lAssemblée nationale et à Radio France. “Cest loccasion de rencontrer du monde et de me faire des contacts”, soutient celui qui veut monter son one-man-show à Paris.

Il a apporté des chiffres, étayé son argumentation au maximum. Mais cest pourtant bien pour lémotion quil a suscitée que Giovanni Siarras a été récompensé. Il avait notamment appelé ses camarades et concurrents à venir le rejoindre sur scène à la fin de sa prestation, main dans la main, en signe de fraternité.

“Je suis assez surpris”, réagit celui qui, à seulement 18 ans, a réussi à embarquer la salle avec lui. “Jaime convaincre et je sais que lémotion est importante. Pourtant, je ne suis pas quelquun qui émeut. Je suis davantage dans la rationalité. Cest peut-être une qualité cachée quil me serait utile de travailler pour la suite.”

Passionné dhistoire depuis son enfance, Giovanni sest très vite initié aux questions sociales et dactualité et a collaboré à plusieurs reprises avec le Bondy Blog Centre, média dexpression citoyen créé sous limpulsion de Radio Campus Orléans.

Le déclic est intervenu il y a cinq-six ans, lorsque jétais au collège. Mais cest vraiment lors de lélection présidentielle de 2017 que je me suis pleinement intéressé. La campagne était un peu chamboule-tout avec la montée de lextrême-droite, 40.000 affaires… La société pouvait basculer. Mineur à lépoque, je me suis dit que cétait dommage de ne pas pouvoir voter à ce moment.

La chemise à carreaux pourrait lui seoir à merveille à Sciences Po Paris. Le jeune homme est ambitieux et veut tenter ce concours très relevé. Mais on ne se fait pas trop de soucis pour lui dans le domaine oral.

Son truc, cest lhumour. Son imitation de Jamy Gourmaud a rendu le public et le jury hilares. Le rire utilisé pour détendre, mais aussi pour faire réfléchir et sonder les consciences. “Jadore regarder des sketchs”, explique-t-il. “Jaime lhumour noir. Ça permet de dédramatiser sur la vie et les faits sociaux, et dêtre plus optimiste.” Il avoue volontiers quil a joué avec limage du jeune de quartier qui fait rire le public, ce quil na pas manqué de faire remarquer à lassistance.

Jai apporté ce que le public voulait entendre, tout en lui faisant comprendre que ce personnage de quartier que je joue nest pas le seul qui me constitue. Lhabit ne fait pas le moine. […] Léloquence permet de passer des messages avec le verbal et le non verbal. On dégage de lémotion chez linterlocuteur.

Le jury a apprécié la touche de créativité quil a su apporter à son discours. “Ce prix de la création me touche particulièrement, car jaime apporter beaucoup didées.”

En formation de développement web, Ali Troudi ne sest lancé dans laventure de léloquence que depuis le mois de septembre, comme Randy. Il a été soutenu par Chadrack Ilanga, de lassociation 10scours. Il a utilisé limage du bâtisseur de ponts pour relier les hommes, peu importe leurs croyances religieuses.

Son spectre de références est large, allant de Voltaire (“Puissent tous les hommes se souvenir quils sont frères”) à Michael Jackson, en passant par Victor Hugo et Georges Clémenceau.

Jai une appétence professionnelle pour léloquence. Dans tous les emplois, on apprécie ceux qui aiment sexprimer. À lécole, on napprend pas cela. Alors pratiquer cet art aujourdhui, cest un peu une revanche.

À seulement 11 ans, on ne va pas reprocher à Maïa Mirti Mancinelli une certaine timidité. Cest bizarrement sur scène, avec un micro à la main, que la benjamine du groupe sen sort parfaitement.

Son introduction sous lair de “We wish you a Merry Christmas” a posé le cadre. Elle a axé son discours sur la compatibilité entre un Etat laïc et les fêtes religieuses. Elle est revenue sur plusieurs épisodes de son enfance, racontant quelle se faisait expliquer par sa mère lorigine de plusieurs festivités telles que Noël ou Pâques.

Surprise lors de la remise des récompenses, Maïa na pas fait de discours fleuve. On ne sinquiète pas du tout pour elle. Elle semble avoir largement le temps et la marge de progression pour gagner en confiance, et devenir une grande oratrice.

Elle a retrouvé vingt-quatre des vingt-neuf films en compétition pour Cannes 1939 : le travail de titan de Liliane Sloimovits

Ouvert par Alex Lutz, le festival redonne à voir vingt-neuf films qui avaient été sélectionnés pour la manifestation, supprimée en raison de la guerre.

Le théâtre dOrléans, où a lieu  Cannes 1939 . Anthony Gautier La fête qui sannonçait grandiose fut annulée le jour même de son inauguration. Le 1er septembre 1939, alors que doit être lancée la première édition du Festival de Cannes, les troupes allemandes envahissent la Pologne, rangeant au placard les trente longs-métrages que comptait la compétition, renvoyant chez elles les personnalités venues du monde entier. Le festival naîtra six ans plus tard, dans leuphorie de laprès-guerre. Le chaos est derrière. Lédition de 1939, oubliée. Au même titre que son principal initiateur, Jean Zay, alors ministre de lEducation Nationale et de la culture, qui fut assassiné par la Milice le 20 juin 1944 à Molles (Allier).

Le voilà, lui et son festival, remis dans la lumière depuis le 12 novembre à Orléans (Loiret), sa ville natale et délection où durant six jours seront projetés vingt-neuf des trente films retenus pour la compétition mort-née. Entre autres : Seuls les anges ont des ailes, de Howard Hawks, Mr. Smith au Sénat, de Franck Capra, Le Magicien dOz, de Victor Fleming, Elle et lui, de Leo Mc Carey, La Taverne de la Jamaïque, dAlfred Hitchcock, La Loi du Nord, de Jacques Feyder, La Charette fantôme, de Julien Duvivier, La Grande Solution, dHugo Haas. Un jury dirigé par le réalisateur israélien Amos Gitaï décernera à lissue de la manifestation son Grand prix du festival 1939 ainsi que son Prix dinterprétation.

Plus que de corriger ce qui na pas eu lieu, il sagit là de jouer le jeu. Ce à quoi sest aussi appliqué, lors de la soirée douverture, le maître de cérémonie, Alex Lutz.  Le fait que la forêt domaniale du Loiret puisse, en novembre, concurrencer les palmiers de la Croisette, est pour nous, je crois, une victoire , sest enorgueilli avec humour le comédien, devant la salle pleine du Théâtre dOrléans, où lavait conduit une Ford 1936. Et avant que ne soit projeté en version restaurée le film à la gloire de la Russie, que commanda Staline à Sergueï Eisenstein, Alexandre Nevski (présenté hors compétition).

Evénement mémoriel plus que résurrection, le Festival Cannes 1939 dOrléans rend hommage à Jean Zay et ranime toute une époque à travers son cinéma. Il donne loccasion de revoir des chefs-dœuvre (La Bête humaine et La Règle du jeu, de Jean Renoir ont suscité de longs applaudissements) et de découvrir quelques pépites inconnues telle Nous deux, du cinéaste suédois Schamyl Bauman. Lhistoire dun jeune couple dont la fidélité du mari vacille le jour où il rencontre la femme de son meilleur ami. Un récit moral, naïvement sentimental, qui a soulevé de nombreux rires dans le public, et ricanements chez les étudiants.