Violences contre des Roms à Clichy-sous-Bois : deux jeunes condamnés à de la prison ferme – Le Journal du dimanche

Violences contre des Roms à Clichy-sous-Bois : deux jeunes condamnés à de la prison ferme - Le Journal du dimanche

Agressions de Roms à Clichy : à la barre, des jeunes insérés à la “réaction irrationnelle”

Entre “fake news” et “mytho”, la vérité a eu bien du mal à se faire une place, ce mercredi à la 18è chambre du tribunal correctionnel de Bobigny. Elle sest contorsionnée entre les versions des quatre prévenus, jugés pour le lynchage dune personne issue de la communauté Roms, à Clichy-sous-Bois, le 25 mars dernier.

Comme une meute en pleine chasse à lhomme. Ce soir-là, sur un parking de supermarché de cette commune de Seine-Saint-Denis, des “jeunes prêts à en découdre” conviennent que “la France est menacée par les Roumains”, rapporte un témoin. Dans son récit, la juge rappelle le “contexte particulier” de cette fin mars: depuis plusieurs semaines, des fausses rumeurs denlèvements denfants par des membres de la communauté Roms en camionnettes blanches prolifèrent sur les réseaux sociaux.

Personne ne conteste la scène de lynchage décrite par la procureure, digne dune chasse aux sorcières du bas Moyen Âge. Simplement, aucun des prévenus convoqués devant le tribunal correctionnel de Bobigny, mercredi 17 avril, ne reconnaît y avoir participé : tous étaient là  par hasard  ou  par curiosité .

Des ouï-dire auxquels les prévenus jurent ne pas avoir été sensibles: “Je crois que ce que je vois”, lance Yahya S., cheveux gominés et barbe juvénile. Pourtant, tous les quatre se retrouvent dans cette “scène de chaos” que la procureure qualifie “dacharnement”: un homme, issue de la communauté roumaine, se fait rouer de coups par des individus armés “de pierres, bâtons et pelles.”

Quatre jeunes de Seine-Saint-Denis étaient jugés, mercredi 17 avril, pour leur participation à une expédition punitive à lencontre de Roms, déclenchée par de folles rumeurs sur des rapts denfants. Trois dentre eux ont été condamnés à des peines allant jusquà dix mois de prison ferme.

Alertée par les cris, une patrouille en ronde tente, tant bien que mal, dintervenir. Mais du fait de la supériorité numérique du groupe, linterpellation se fait douloureusement. “Wallah on va sen faire un”, entend un témoin. Une partie de la bande prend la fuite, lautre résiste ardemment. Un fonctionnaire, partie civile mais absent à laudience, saccroche avec ses menottes à lindividu le plus virulent. “On était dépassés”, essaye un agent. “Ca ne se fait pas”, tranche la présidente. Lindividu sest vu prescrire quatre jours dITT, deux pour le policier.

Le ministère public en convient, cette violence et “lirrationalité des comportements” est en “forte discordance” avec le profil général des prévenus. Tous sont insérés professionnellement, entourés et sans addiction. Toutefois, lun dentre eux, Abdel S., a déjà dix condamnations à son casier judiciaire pour de la petite délinquance.

Impulsion? Effet de groupe? Chacun essaye de se justifier, en jurant être tombés là par hasard. “Jallais manger un grec, je suis allé voir par curiosité”, “je rentrais du travail”… Mais très vite, la rumeur des réseaux sociaux revient de plus bel dans les débats. Marwen C. sest rendu au supermarché sur ordre de sa mère pour aller chercher, avec son chien, sa petite sœur qui “avait peur car il y avait beaucoup de Roms.”

A laudience, les quatre prévenus ont maintenu leur version : oui, ils étaient là mais  par hasard  et nont rien à voir avec les faits.  Je rentrais du travail, je me suis arrêté, par curiosité , dit lun. Lautre allait  manger au restaurant . Le troisième promenait son chien,  comme tous les jours .

“Votre sœur a peur parce quil y a des méchants Roms dans le supermarché?, interroge avec insistance la présidente, avant dajouter: “la rumeur était tellement folle.”

La procureure avait requis dix-huit mois de prison, dont huit ferme avec mandat de dépôt à son encontre, dénonçant la réaction  complètement irrationnelle  de jeunes  bien sous tout rapport  qui se retrouvent à commettre des violences  racistes, xénophobes .

Pour la procureure, il ny a pas de doute, il sagit bien dune “agression xénophobe”, sur fond de “mythe moyenâgeux” de “Romanichels voleurs denfants”. Dailleurs, Merwan C. avait déjà été condamné pour injure raciale. Une responsabilité, juge-t-elle, qui ne doit pas être atténuée par labsence des victimes à laudience.

Dans sa décision, le tribunal a expliqué sêtre appuyé sur les  témoignages  concordants de trois policiers et avoir tenu compte du contexte de lagression, cette  envie den découdre presque bestiale à lencontre de pauvres gens qui navaient rien demandé .

Violences contre des Roms après des rumeurs: deux jeunes condamnés à de la prison ferme

“Sils nont pas commis les faits, ils nont pas essayé de les empêcher”, abonde Yaël Scemama, lavocate de la LICRA, constituée partie civile.

Le délibéré est finalement tombé. Yahya S. écope de 10 mois de prison ferme sans mandat de dépôt, pour avoir commis des violences à légard dun individu en raison de sa race et pour avoir résisté avec violence à deux fonctionnaires de police. Samir B. sen sort avec 8 mois de prison avec sursis pour être complice, davoir résisté avec violence à deux fonctionnaires de police. Marwen S. est condamné à 6 mois de prison ferme avec mandat de dépôt pour avoir volontairement exercé des violences envers des Roms sans entraîner de jours dITT en envoyant son chien. Faute délément, aucune peine na été retenue contre les quatre individus concernant leur possible participation à la formation dun groupe en vue de préparer des violences.

En début de soirée, les quatre prévenus ont finalement été relaxés pour le délit de “participation à un groupement en vue de commettre des violences”. Pour les faits de violences et de rébellion contre des policiers, des peines de dix mois dincarcération à huit mois de prison avec sursis ont été prononcées à lencontre de trois dentre eux. Faute de preuve, le dernier a été relaxé. 

Yahya S. se débat violemment et appelle les autres à lui venir en aide. A tel point que le chef des policiers se menotte au jeune homme. Un geste  qui narrive jamais , précise son collègue. Mais le groupe continue de se montrer hostile et donne même des coups aux fonctionnaires. Parmi eux, Samir B. est formellement identifié comme lindividu  le plus virulent qui tire Yahya S. pour le libérer . Face à la juge, Samir B. affirme pourtant quil ne sagit pas de lui et quil na même pas  vu dinterpellation . Entre-temps, les Roms se trouvant dans la maison se sont enfuis sur le parking dAuchan.

“On va sen faire un, on va le fumer !” : la chasse aux Roms se finit en prison

Pour expliquer leur présence, le 25 mars, près dun squat occupé par des Roms à Clichy-sous-Bois, alors que lun deux se faisait rouer de coups, ces quatre petits bruns dont lâge oscille entre 18 et 21 ans, nont pas eu de réponse étayée.  

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“Une coïncidence”, lâche lun deux, qui assure quil rentrait du travail. Une pointe de “curiosité” pour deux autres, qui les aurait poussés, alors quils sapprêtaient chacun à faire des courses, à sapprocher dun groupe dindividus qui sétait formé sur le parking du supermarché Auchan, à quelques dizaines de mètres du pavillon où vivaient plusieurs familles de Roms.  

À l’audience, les quatre prévenus ont maintenu leur version: oui, ils étaient là mais “par hasard” et n’ont rien à voir avec les faits. “Je rentrais du travail, je me suis arrêté, par curiosité”, dit l’un. L’autre allait “manger au restaurant”. Le troisième promenait son chien, “comme tous les jours”.

Ce 25 mars et depuis quelques jours, la mairie et la police de Clichy-sous-Bois sont inquiètes. Une rumeur se propage à vitesse grand V sur les réseaux sociaux. Sur Snapchat, Facebook ou Twitter, les internautes de Seine-Saint-Denis se partagent des photos de camionnettes blanches, avec des messages alertant sur des rapts denfants perpétrés par des Roms. Une première agression contre deux hommes de cette communauté a déjà eu lieu le 17 mars à Colombes.  

Lynchage de Roms à Clichy-sous-Bois : trois condamnations et un doute

Le commissaire de Clichy, qui craint des expéditions punitives, déploie des patrouilles près des Roms et organise avec la municipalité une réunion dinformation.  

Tentative ratée déteindre toute velléité de violence. Au sortir de cette réunion, un groupe dune cinquantaine de personnes sorganise. Certains se munissent de pelles, de bâtons et de pioches. Dans un PV lu à laudience, un participant mineur raconte : “Ces gars mont dit quils cherchaient des Roumains pour les empêcher denlever des enfants. Les jeunes voulaient…Lire la suite sur LExpress.fr

La procureure avait requis dix-huit mois de prison, dont huit ferme avec mandat de dépôt à son encontre, dénonçant la réaction “complètement irrationnelle” de jeunes “bien sous tout rapport” qui se retrouvent à commettre des violences “racistes, xénophobes”.