A son procès, Patrick Balkany fait celui de Didier Schuller – Le Monde

A son procès, Patrick Balkany fait celui de Didier Schuller - Le Monde

Au procès Balkany, les origines de laventure offshore

A son procès pour blanchiment et corruption, Patrick Balkany sest employé mercredi à torpiller le témoignage clé de son ancien allié Didier Schuller et à valoriser le legs paternel, à lorigine dune aventure offshore qui pourrait lenvoyer en prison.

Après une première semaine consacrée à la fraude fiscale, le tribunal correctionnel de Paris a commencé à examiner les accusations de "blanchiment habituel" visant Patrick et Isabelle Balkany, les édiles LR de la commune huppée de louest parisien Levallois-Perret.

« Monsieur Schuller est un mythomane de la pire espèce. » Les premiers mots de Patrick Balkany dans le second volet du procès où seront examinés les montages offshore du couple, suspecté d’avoir blanchi près de 13 millions d’euros, sont à l’adresse de son ancien ami politique. Il faut dire, qu’en 2013, celui qui s’est revendiqué porteur de valises du RPR, après avoir été condamné dans…

Il nest plus seulement question dargent caché mais de montages sophistiqués de Suisse au Panama, de comptes bancaires nichés au Liechtenstein ou à Singapour, un domino planétaire de sociétés-écran. Ils encourent dans ce second volet jusquà dix ans de prison.

Depuis 36 ans que je suis maire, jai toujours refusé de recevoir des chefs dentreprise, des promoteurs, de présider la commission des appels doffres. Jamais ! Jamais ! Jamais !, répète lancien député. Il regrette que la justice ait accordé autant dimportance aux déclarations de Didier Schuller qui a fui à Saint-Domingue quand a éclaté le scandale et qui fut un temps lhomme le plus recherché de France. Ce témoignage a effectivement conduit Patrick et Isabelle Balkany, maire et première adjointe de Levallois-Perret, au tribunal pour y répondre de blanchiment à grande échelle entre 2007 et 2014.

Face au tribunal, Patrick Balkany, 70 ans, guerroie seul contre le "tissu de mensonges éhontés" de son ancien bras droit, Didier Schuller. Son épouse Isabelle, 71 ans, "va mieux" selon son avocat mais est encore hospitalisée après une tentative de suicide début mai.

Didier Schuller na pas caché son amertume aux juges : oui, il en veut à Patrick Balkany qui ne lui renvoie pas lascenseur alors quil affirme avoir déposé pour lui, de 1987 à 1994, entre 7 et 10 millions de francs sur un compte en Suisse, des fonds destinés au RPR des Hauts-de-Seine. Patrick Balkany, qui fut un des fondateurs du RPR, nie avoir trempé de près ou de loin dans un quelconque financement politique occulte ou trafic dinfluence et rappelle à plusieurs reprises avoir été relaxé dans le dossier des HLM.

La petite “cuisine” suisse des Balkany

"M. Schuller est un mythomane de la pire espèce. Il na jamais participé à ma campagne (qui verra son élection en 1983 à la mairie de Levallois, ndlr). Je ne lui ai jamais rien demandé. Je ne me suis jamais occupé des finances du RPR (ancêtre du parti de droite LR)", affirme Patrick Balkany à la barre.

Patrick Balkany : Didier Schuller est un mythomane de la pire espèce

Le président de la 32e chambre correctionnelle, Benjamin Blanchet, vient de lire les déclarations aux juges dinstruction de Didier Schuller, directeur de loffice HLM des Hauts-de-Seine de 1986 à 1994, office dont Patrick Balkany était alors président.

Après des années dun loyal silence, lancien allié lâchait une bombe : M. Balkany aurait à sa disposition un palais à Marrakech, une résidence de luxe à Saint-Martin et lusufruit du Moulin de Giverny (Eure). Avant dajouter : Je suis heureux de voir que ce que je pensais être du financement politique a pu profiter à dautres fins et sans doute personnelles.

Procès de Patrick Balkany : largent blanchi à linsu de son plein gré ? A la

"Jai payé ma dette, je constate aujourdhui que le président de loffice des HLM de lépoque, M. Balkany, a été relaxé", déclarait aux magistrats M. Schuller, condamné pour trafic dinfluence dans laffaire dite des HLM des Hauts-de-Seine qui visait le financement occulte du RPR.

M. Schuller est un mythomane de la pire espèce. Il na jamais participé à ma campagne (qui verra son élection en 1983 à la mairie de Levallois-Perret, ndlr). Je ne lui ai jamais rien demandé. Je ne me suis jamais occupé des finances du RPR, a déclaré Patrick Balkany à la barre.

Balkany : Jai passé mon temps à rapatrier largent suisse de mon père

Après des années dun loyal silence, lancien allié lâchait une bombe: "M. Balkany aurait à sa disposition un palais à Marrakech, une résidence de luxe à Saint-Martin et lusufruit du Moulin de Giverny (Eure)".

Cest encore Schuller, avec sa sœur énarque elle aussi , qui a vendu pour le compte de cette dernières des monnaies volées , assure-t-il, faisant là encore référence à une autre enquête judiciaire des années 90 dans laquelle, si la sœur Schuller a bien été impliquée, pas lui… A quand remonte leur brouille questionne le président ? Après sept ans de cavale puis une peine de prison et dinéligibilité, Didier Schuller vient solliciter en 2014 lappui de Patrick Balkany pour se présenter aux municipales de Clichy. Je lui ai dit, Didier, personne ne te donnera linvestiture , raconte le maire de Levallois qui, en revanche, a appuyé celle dun de ses proches. Didier Schuller a toujours assuré de son coté que Balkany lui avait promis son soutien avant de lenfoncer. Quoi quil en soit, Didier Schuller a décidé ensuite de se confesser au juge Van Ruymbeke. Il a vidé son sac devant le magistrat en 2015. Jai payé ma dette , a-t-il lâché sur procès-verbal, avant de révéler les maisons du couple Balkany aux Antilles et au Maroc, et les millions cachés. Patrick Balkany trouve fort de café que la justice ait pu prendre au sérieux les déclarations dun type comme Schuller . Sans sembler comprendre que lenquête judiciaire, après 21 commissions rogatoires internationales, semble au contraire avoir validé ses soupçons initiaux…Interrogé sur leur ancienne amitié, Patrick Balkany fulmine. Cest un mythomane de la pire espèce , répète-t-il à plusieurs reprises. Il jure ne lavoir connu quen 1986, quand Schuller, qui était à gauche , avait été désigné par le ministère de lEquipement au poste stratégique de directeur général de loffice HLM des Hauts-de-Seine, en charge de gérer le parc de plus de 30.000 logements sociaux. De son coté, Didier Schuller a toujours affirmé quils étaient amis depuis de longues années. Autre accusation, il a soutenu avoir versé lui-même des fonds occultes, entre 7 et 10 millions de francs, sur notamment un compte suisse dont Patrick Balkany lui avait livré les coordonnées. Ce dernier dément : Ce quil dit est un tissu de contre-vérités. Je nai jamais été chargé de collecter de largent, ni été trésorier du RPR . Balkany enrage. Dailleurs à lentendre, Didier Schuller na jamais participé à sa campagne des municipales de 83 à Levallois , pas plus quils nont loué ensemble, cet été-là, une villa à Saint Tropez. Un déni pathétique , réagit auprès de Marianne Didier Schuller, qui a toujours raconté au contraire un été dingue . Une autre époque…

Il ajoutait: "Je suis heureux de voir que ce que je pensais être du financement politique a pu profiter à dautres fins et sans doute personnelles".

Patrick Balkany bouillonne de pouvoir répondre. "M. Schuller men veut parce quon ne lui a pas donné linvestiture pour les municipales de 2014 à Clichy".

Didier Schuller na pas caché son amertume aux juges: oui, il en veut à Patrick Balkany qui ne lui "renvoie pas lascenseur" alors quil affirme avoir déposé pour lui, de 1987 à 1994, entre 7 et 10 millions de francs sur un compte en Suisse, des fonds "destinés au RPR des Hauts-de-Seine".

À son procès, Patrick Balkany torpille son ex-allié Didier Schuller, un “mythomane”

Patrick Balkany, qui fut un des fondateurs du RPR, nie avoir trempé de près ou de loin dans un quelconque financement politique occulte et rappelle avoir été relaxé dans le dossier des HLM.

À son procès, Balkany semploie à torpiller son ex-allié Schuller

Le puissant maire de Levallois na cessé de répéter que sa fortune personnelle lui venait de son père, entre héritage et lingots dor rapatriés de Suisse. Le président Blanchet veut revenir sur la vente de lentreprise paternelle, Laine et soie Rety.

Arrêtons avec le fantasme dun financement politique. Je nai jamais été chargé de récolter de largent pour les partis. Patrick Balkany sen tient mordicus à sa ligne de défense : son magot planqué en Suisse ou au Liechtenstein serait strictement dorigine familiale. Mercredi après-midi, le tribunal correctionnel se penchait sur lorigine des fonds, laccusation faisant grand cas de Didier Schuller, ancienne âme damnée du RPR dans les Hauts-de-Seine, lequel a témoigné avoir déposé dans les années 90 sept ou huit millions de francs en espèces sur un compte à Vaduz, au Liechtenstein, dont layant droit était le maire de Levallois-Perret, avant de commenter ironiquement : Je suis heureux de voir que ce que je pensais être du financement politique a pu profiter à dautres fins, sans doute personnelles.

Il fut un temps où le magasin de prêt-à-porter de luxe de son père habillait le tout-Paris et les riches touristes du Golfe persique. Mais à la fin des années 80, la société Rety est "structurellement déficitaire" et très endettée. Sa cession pour 31 millions de francs en juillet 1988 est qualifiée de "suspecte" par les juges.

Affaire Balkany : quand le prévenu semporte contre Schuller, son “délateur”

"Mais enfin, la boutique était rue du Faubourg Saint-Honoré. Ce nest pas une société quon achète, cest un emplacement de rêve près des Champs-Elysées", sexclame Patrick Balkany.

Bravache, lédile se proclame parfaitement bleu-blanc-rouge : Jaurais pu tout laisser là-bas, mais jai passé mon temps à rapatrier largent suisse de mon père, le plus légalement possible. Et de rappeler que lîle de Saint-Martin nest pas un territoire étranger : Jaime la France, alors que je connais tellement de gens installés en Belgique ou en Suisse. Patrick Balkany est quand même bien obligé de plaider coupable sur la fraude fiscale : Jai ramené tout ce que jai pu. Il en restait, ce nest pas bien. Dans ma position délu, ce nétait pas facile de le dire au contrôleur des impôts. Ça aurait été dans le Canard enchaîné le mercredi suivant.

À son procès, Patrick Balkany semploie à torpiller son ex-allié Didier Schuller

Il est beaucoup plus vague quand il sagit dexpliquer le versement en liquide de 200.000 francs en billets de 500 sur son compte à Levallois en 1990 – "Je ne men souviens absolument pas" – ou lencaissement dun chèque de 16,3 millions en 1989 de la banque helvète UBS, elle-même provisionnée par des fonds venus du Liechtenstein – "Oui, mais cest encore de largent qui vient de Suisse", se borne à dire Patrick Balkany.

Lexplication par lhéritage familial a toutefois ses limites : un premier virement de dix millions de francs en 1989, correspondant plus ou moins à sa participation au capital de Laine et Soie Réty, la boîte fondée par Balkany père. Mais suivi dun second de seize millions, bien moins justifiable. Patrick pense avoir réponse à tout, en bon représentant de commerce : Ce qui vaut de largent, cest le fonds de commerce, avec des adresses prestigieuses avenue Montaigne ou en face de lElysée. Lune des boutiques sera ainsi rachetée par la marque Chloé. Mais tout de même, lentreprise familiale était virtuellement en faillite.

Laudience reprendra jeudi avec lexamen des montages pour lachat dune première villa aux Antilles.

Le maire de Lavallois-Perret a violemment dénoncé les accusations de Didier Schuller, qualifié de “mythomane de la pire espèce”. Interrogé en 2013 par le juge Van Ruymbeke, lancien élu de Clichy avait remis la justice sur la piste de largent suisse de Patrick Balkany.

Le 24 octobre 2013, lancien directeur général de loffice HLM des Hauts-de-Seine, condamné pour trafic dinfluence, est convoqué dans lenquête sur le financement de la campagne Balladur de 1995. Didier Schuller décide de régler son compte avec Patrick Balkany, qui “sen est beaucoup mieux sorti que moi”, dit-il. Didier Schuller décrit la “résidence de luxe de Saint-Martin” et le “palais de Marrakech” que son ancien ami aurait caché au fisc. Il raconte aussi que les travaux du moulin de Giverny auraient été effectués gracieusement par des entreprises en relation avec loffice HLM (dont Patrick Balkany était le président). Il livre enfin le nom du compte suisse que lui aurait donné Patrick Balkany, et sur lequel il affirme avoir déposé “entre 7 et 10 millions de francs”, en espèces, sur la période 1987-1994, des sommes collectées selon lui auprès des entreprises, pour le financement du RPR (devenu lUMP puis Le Républicains). 

Le président Benjamin Blanchet termine à peine la lecture de ces déclarations, que les oreilles de Didier Schuller commencent à siffler : 

Pour le prévenu, tout est faux : Didier Schuller na jamais été son ami, les entreprises citées “nont jamais travaillé au moulin”, “je ne me suis jamais occupé des finances du RPR et lui non plus”. Il finit par reconnaître que cest lui qui a conseillé à Didier Schuller de se porter candidat à Clichy, en 1994, avant que la justice ne découvre que la campagne était financée par des fournisseurs de loffice HLM. Patrick Balkany rappelle quil a été relaxé en 2005 dans ce dossier, alors que Didier Schuller a été condamné pour avoir touché des pots de vin, de lagent quil a fait verser “sur un compte aux Bahamas et cest pour ça quil est parti en République Dominicaine”. 

“M. Schuller comme témoin, vous mexcuserez on a vu mieux” tempête Patrick Balkany. Le président insiste. Cet argent nétait-il pas destiné à financer aussi la campagne présidentielle dEdouard Balladur en 1995 ?

 Mais vous me demandez quelque chose qui me dépasse, répond-il encore. Ce sont les gestionnaires de fortune qui géraient ça. Cest simple : vous signez un pouvoir à votre gestionnaire qui, heureusement ou malheureusement, soccupe de tout…  Sauf des conséquences. Après avoir  bien vécu  de son propre aveu, Patrick Balkany assure quil est aujourdhui  ruiné . Il encourt une peine de dix ans de prison.

“Je nai jamais reçu despèces […] Je crois que cest très mal connaitre les campagnes électorales, soutient Patrick Balkany. On était à une époque où les dons étaient autorisés, que vouliez-vous quon fasse despèces ? […] Il ny a pas despèces dans les campagnes électorales, monsieur le président, cest complètement aberrant.” 

Il est beaucoup plus vague quand il sagit dexpliquer le versement en liquide de 200.000 francs en billets de 500 sur son compte à Levallois en 1990 – “Je ne men souviens absolument pas” – ou lencaissement dun chèque de 16,3 millions en 1989 de la banque helvète UBS, elle-même provisionnée par des fonds venus du Liechtenstein – “Oui, mais cest encore de largent qui vient de Suisse”, se borne à dire Patrick Balkany.

Linstruction du juge Van Ruymbeke sur la campagne de 1995 a pourtant mis en évidence dimportants versements en espèces, qui proviendraient de commissions sur des contrats darmement (laffaire sera jugée lautomne prochain). 

Il fut un temps où le magasin de prêt-à-porter de luxe de son père habillait le tout-Paris et les riches touristes du Golfe persique. Mais à la fin des années 80, la société Rety est “structurellement déficitaire” et très endettée. Sa cession pour 31 millions de francs en juillet 1988 est qualifiée de “suspecte” par les juges.

Pour Patrick Balkany, Didier Schuller est déterminé à lui nuire car il “na pas digéré” que le maire de Levallois ne lait pas aidé à obtenir linvestiture de lUMP pour les municipales de 2014 (toujours à Clichy). 

” –  Patrick Balkany : Je trouve quand même étonnant que la justice ait accordé autant dimportance aux déclarations de M. Schuller, connaissant le personnage, il fut lhomme en fuite le plus recherché de France, qui a fait changer un peu le cours de lhistoire…

Didier Schuller na pas caché son amertume aux juges: oui, il en veut à Patrick Balkany qui ne lui “renvoie pas lascenseur” alors quil affirme avoir déposé pour lui, de 1987 à 1994, entre 7 et 10 millions de francs sur un compte en Suisse, des fonds “destinés au RPR des Hauts-de-Seine”.

–       Edouard Balladur était très loin devant Jacques Chirac, et cette affaire a fait basculer lopinion publique.”

Le tribunal poursuit sa plongée vingt-cinq ans en arrière, dans un autre épisode judiciaire célèbre : laffaire Schuller-Maréchal. En décembre 1994, le beau-père du juge Eric Halphen, le docteur Maréchal, est accusé davoir voulu soutirer de largent à Didier Schuller, dans le collimateur du juge, en échange dune intervention pour obtenir la clémence de son gendre. Il sagissait en fait dune manipulation de Didier Schuller (qui avait amené à Maréchal “un million de francs en petites coupures dans une boîte à chaussures” a rappelé lavocat Pierre-Olivier Sur, avocat dIsabelle Balkany et, à lépoque, de M. Maréchal). 

Didier Schuller dira plus tard avoir agi à la demande de Charles Pasqua, le président du conseil général des Hauts-de-Seine. Mais en 1995, il choisit dabord de disparaître en République Dominicaine pendant sept ans. “Charles Pasqua ma appelé. Il ma demandé : où est donc passé M. Schuller, il faut me le retrouver !” raconte de son côté Patrick Balkany, qui fait rire la salle par son imitation réussie de laccent méridional de Charles Pasqua.

La suite de laudience va le mettre davantage en difficulté. Le prévenu maintient que largent quil avait en Suisse provenait de la vente à la fin des années 1980 du magasin de son père, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris. Une expertise judiciaire avait pourtant estimé la valeur de la société à un prix bien inférieur aux 31 millions de francs quil dit avoir touché. 

Surtout, Patrick Balkany reconnait pour la première fois quil était bien le bénéficiaire dune société Lecaya, titulaire du compte bancaire suisse sur lequel Didier Schuller affirme avoir déposé les espèces, et quil a qualifiée de “caisse noire électorale”. 

“Le nom Lecaya est apparu depuis longtemps dans la presse spécialisée qui fait coin coin assure Patrick Balkany, qui désigne le Canard Enchaîné. Arrêtons avec le fantasme de largent politique!”