À Lyon, plus de 12.000 jeunes ont marché pour le climat – Le Progrès

À Lyon, plus de 12.000 jeunes ont marché pour le climat - Le Progrès

Grève des jeunes pour le climat à Lyon : “cest une question de vie ou de mort !”

La marche pour le climat à Lyon sest lancée de la place Bellecour en direction de la Métropole, dans le quartier de la Part Dieu. En tête de cortège, des familles avec leurs enfants rejoints par 500 gilets jaunes et les marcheurs contre les violences policières. 

Ils se disaient  plus chauds que le climat  et le risque d’averses ne les a pas refroidis. Ce vendredi, les jeunes Lyonnais et Lyonnaises ont répondu massivement à lappel mondial à une grève pour le climat.

Beaucoup témoignent leur attachement aux questions environnementales. Normalement ce sont les adultes qui sont censés changer les choses. Là on a limpression quon est les seuls à se motiver déplore Yann, en terminale sur la presquîle. Reviennent souvent des critiques de la politique des petits pas associée à Emmanuel Macron. Le climat cest plus important que le Baccalauréat. Avec toutes les manifestations en France et dans le monde, le Président de la République a la pression clame Yann. Louana, elle, reconnaît quelle ne comprend pas tout à la politique dEmmanuel Macron, mais comprend quil nen fait pas assez pour le climat.

Entre 12 000 et 15 000 jeunes ont défilé de la place Bellecour au siège de la Métropole, dans une ambiance, à la fois festive et déterminée. On n’avait jamais vu autant de scolaires dans la rue depuis au moins une vingtaine d’années.

Une alliance certes acceptée avec enthousiasme par la plupart des jeunes interrogés, mais pas encore suffisamment approfondie pour les faire se déplacer le samedi dans la rue. Pour linstant, je ne me sens pas très concerné par le mouvement des gilets jaunes. Je trouve que la lutte contre le réchauffement climatique est plus importante, déclare Sacha, en terminale scientifique. Pourtant dautres souhaitent se mobiliser. Moi je serai dans le cortège des gilets jaunes, mais plus pour les réformes qui concernent lentrée à luniversité assure Chloé avec un drapeau du syndicat Solidaires dans la main.

Plus dune heure avant le départ du cortège, ils étaient déjà des centaines à pique-niquer sur la place Bellecour. Certains commençaient déjà à scander  et 1, et 2, et 3 degrés, cest un crime contre lhumanité . Marin Bisson est lun des initiateurs du mouvement à Lyon. Âgé de 15 ans, il est scolarisé en seconde au lycée Saint-Exupéry à la Croix-Rousse, est arrivé :

 Cela fait 3 mois que jai rejoint Lyon climat et Youth for Climate. Depuis le début des marches pour le climat, jessaie dy participer le plus possible. Je suis aussi engagé à Amnesty International depuis septembre. 

Pour beaucoup, cétait une toute première manifestation. Cétait notamment le cas de Sacha, Rosalie, Jade, Melvin, Ombel, Gabriel et Clara. Tous sont collégiens à Ampère et manifestaient pour la première fois. Interrogés sur les raisons de leurs participations, leurs témoignages ont fusé :

On pouvait apercevoir une petite vingtaine de gilets-jaunes au début de la manifestation. Je ne suis pas venir soutenir des enfants, mais êtres humains. On nest pas là pour les encadrer ou leur apprendre quoi que ce soit. Le climat cest aussi une problématique des gilets jaunes, assure Joël, la soixantaine, se décrivant comme un humaniste lorsquon lui demande sa profession. Liant justice sociale et justice environnementale, la majorité du groupe assure aller à Paris dans la soirée pour la 18e mobilisation.

 Cest important de venir, cest notre futur ! On ne veut pas filer un monde pourri à nos enfants. 

Malgré les divergences politiques, sociales et culturelles, lurgence dagir pour le climat semble faire consensus. En témoignent les scouts de France, reconnaissables à leurs chemises de couleurs et leurs foulards, à proximité dun groupe abordant des drapeaux Jeunes communistes de France. Le cri anticapitaliste est dailleurs lun des plus repris en tête de cortège. A larrivée, plusieurs ont entrepris de planter des arbres devant le bâtiment de lhôtel de la Métropole.

 En cours, on voit le temps quil reste à la planète… quand on sera adulte, ce sera la merde ! 

Tambour, trompette et une myriade de panneaux en carton. Le cortège des collégiens et lycéens pour interpeller les personnalités politiques sur lurgence climatique a les atours dune fête. 12 000 jeunes ont manifesté entre la place Bellecour et le bâtiment de la métropole de Lyon à Part-Dieu.

Salma et India, respectivement en 1ère au lycée Diderot et en 2nde au lycée du Parc, venaient elles aussi pour la première fois :

Lévénement a débuté par un pique-nique à midi place Bellecour avec quelques centaines de participants. Mais la foule a sérieusement grossi à 13h30 avec des cohortes de jeunes qui sortaient des bouches de métro, accueillies par les applaudissements de ceux qui étaient déjà sur place.

 Il faut que ça change. On a le choix entre vivre et mourir. Cest plus important que les autres mouvements comme les gilets jaunes : là, cest une question de vie ou de mort ! 

"On veut aussi sensibiliser les citoyens en faisant du bruit", explique Marin Bisson, lycée de 15 ans signataire de l'Appel national des Jeunes pour le climat. "Les dirigeants ne font rien ou presque pour lutter contre ce danger [climatique], donc nous leur demandons d'assurer notre avenir. En ce moment, on est tous en train de travailler à fond pour notre bac, pour avoir nos diplômes en école supérieure. Et on se dit que de toute façon si on n'a pas d'avenir, ça ne sert à rien de le préparer", continue le lycéen.

Même chez les plus grands, certains étaient des manifestants novices. Louise, 22 ans, étudiante en master de droit européen des affaires qui fait partie des organisatrices du mouvement à Lyon 3, racontait :

Ils sont près de 13 000 à avoir défilé dans les rues de Lyon plutôt que d'aller en cours. Mais c'était pour la bonne cause. Ils ont répondu l'Appel national des Jeunes pour le climat. Après avoir organisé un pique-nique géant place Bellecour, le cortège est parti en direction du siège de la Métropole de Lyon pour "interpeller les politiciens français et les élus locaux."

 Je my suis mise comme ça, il y a un mois, en rentrant de mon Erasmus aux Pays-Bas. Jai eu un déclic là-bas : jai eu du temps pour lire le rapport du GIEC, pour réfléchir à la situation. En plus, jétais à côté de la Belgique, donc jai suivi ce quil se passait là-bas [où des manifestations hebdomadaires des jeunes pour le climat ont déjà lieu depuis janvier, ndlr]. 

Les lycéens ont également prévu de participer samedi à la 4e marche mondiale pour le climat qui se déroulera dans de nombreuses villes de France. La marche lyonnaise partira du Palais de Justice à 15h, en écho au recours de l'Affaire du Siècle, et se finira une heure et demi plus tard encore une fois à la Métropole de Lyon. Celle-ci sera ouverte par les enfants, qui représentent "l'avenir".

Pour dautres, le  déclic  est arrivé plus tôt. Florent, 19 ans, étudiant en gestion à Lyon 3, a déjà fait les précédentes marches pour le climat :

 Il y a environ un an, jai lu le livre  Comment tout peut seffondrer  de Pablo Servigne. Ça a été un électrochoc. Je viens aux marches pour le climat depuis septembre et je suis à Alternatiba depuis 2 mois. 

Il y a également des manifestants de longue date, comme Emma, 20 ans, étudiante à SupÉcolidaire. Un peu avant le départ de la manifestation, alors quelle préparait des affiches pour recouvrir les panneaux publicitaires avec des amis, elle a confié :

 Depuis que je suis au lycée, jai participé à plusieurs associations. Jai été à Greenpeace, dans une radio lycéenne… maintenant je suis bénévole à Conscience et impact écologique. Depuis septembre, jai fait toutes les marches pour le climat. 

Quils soient des habitués des marches pour le climat ou quils manifestent pour la première fois, la plupart ont affirmé être déjà engagés dans leur quotidien pour lenvironnement.

Zoé et Laurie, élèves de terminales de 17 ans qui ont fait le déplacement depuis Bourgoin-Jallieu, se sont dites sensibilisées depuis quelles sont petites :

 Jai été très sensibilisé à lécologie par mes parents. À la maison, on fait tout ce quon peut au quotidien : on consomme dans des AMAP, on se déplace à vélo, on a un compost, on mange le moins de viande possible. 

Des chefs scout étaient également au rendez-vous, arborant leur uniforme et leur foulard pour la première fois dans une manifestation climat. Les Scouts de France ont en effet soutenu officiellement la mobilisation, une première. Eugénie, Félix, Tanguy, Claire et Elvire sen sont réjouis :

 Les camps scouts sont dans la nature, on essaie de faire attention à lécologie. Cest la valeur principale du scoutisme. 

Tandis que le cortège se mettait en marche, Florestan, étudiant en architecture à Vaulx-en-Velin de 20 ans, a glissé :

 Je suis sensible à ces questions depuis très longtemps. Jessaie de faire ma part dans mes choix de vie, pour avoir un impact minimum sur lenvironnement. 

Florence, en licence 3 dhistoire de lart à lENS, qui se présente comme  étiquetée meuf écolo depuis le collège , a expliqué :

Tous ont également partagé le constat que les actions individuelles seules ne permettront pas dempêcher le réchauffement climatique. À limage de lun des slogans les plus repris par le cortège :  les petits pas, ça suffit pas .

Selon Marin Bisson,  cest important de faire des petits gestes, mais ce nest pas suffisant  :

On demande à lÉtat dagir et de décréter létat durgence climatique. Il doit améliorer léducation à lécologie dans les écoles et les collèges, développer les transports publics et doux, protéger lenvironnement, sanctionner les entreprises polluantes. Et au niveau local, on veut larrêt du projet de contournement ouest [le TOP ou Anneau des sciences, ndlr]. Ça déplace juste la pollution au lieu de lempêcher. 

Pour Louise, on peut vouloir changer ses habitudes, mais ce nest pas toujours évident de consommer bio et éthique  :

 Il faut donner les moyens aux gens de le faire. Le système dans lequel on vit ne le permet pas. 

 Cest ridicule de nous faire la morale à nous, alors quil faudrait taxer le kérozen, les gros pollueurs. 

 Il faudrait des lois pour réduire la production industrielle. Parce quà notre échelle, on ne peut pas faire grand chose. 

Sacha et Even, élèves de 15 ans en classe de 3ème au collège Bellecombe, ont dit espérer une massification du mouvement :

 La manifestation, ça sert à montrer notre soutien, montrer quon est impliqués. Cest pour raisonner les gens. Parce quil faut être beaucoup plus pour être entendus, pour forcer le gouvernement à faire des lois écologiques. 

Certains nattendent plus grand chose de la part des dirigeants politiques, mais nen demeurent pas moins motivés pour continuer à manifester.

Erwan, 20 ans, étudiant à Lyon 2 en licence déconomie-gestion, a envisagé de repenser les modes dactions :

 Jespère quun maximum de monde va se mobiliser pour faire bouger les politiques. Mais cest compliqué, on le voit avec les gilets jaunes qui nobtiennent rien malgré leur mobilisation. Je pense quon va devoir agir différemment. Personnellement, je suis pour la désobéissance civile, les actions non-violentes. 

 Je nai pas une grande attente de la manifestation pour faire bouger le gouvernement. Cest plutôt pour montrer aux jeunes quon nest pas seuls, que cest un mouvement de masse. Ça va servir de base pour des actes plus concrets, pour organiser la suite. 

Malgré lomniprésence de slogans  anti-capitalistes  empruntés aux cortèges de gauche traditionnels, les opinions politiques des manifestants étaient assez variées.

Zoé, qui brandissait une pancarte  Make our planet great again , na pas caché son soutien pour le président Emmanuel Macron – pourtant souvent critiqué dans le milieu écologiste pour sa politique jugée défavorable à lenvironnement :

 En 2017, javais voté pour Macron. Je navais pas assez dinformations sur son programme, notamment économique. Aujourdhui, je me rends compte du problème du capitalisme et je me sens plutôt proche de La France insoumise. 

 Je pense quon ne peut pas être écolo et de droite. Être écologiste, cest être anticapitaliste, contre le système de production : on ne peut pas être écolo si on na pas de quoi se nourrir. On doit protéger la vie sur le long terme et la justice sociale sur le court terme .

 Je ne connais pas assez bien la politique pour me positionner à ce sujet. Même si la gauche me paraît plus sensible à ces questions. 

Alice, Salomé et Clara, collégiennes à Chevreul, se fichent bien de savoir quel bord est le plus enclin à répondre à lurgence climatique :

 On nest pas très intéressées par la politique. On na pas besoin de sy connaître pour vouloir sauver le climat. La planète passe avant tout, cest ça le plus important. 

Et puisquils nont  plus le temps , les jeunes sont pressés dagir. Défilant à un rythme soutenu, malgré les tentatives des organisateurs pour le temporiser, le cortège est arrivé à la Métropole presque une heure plus tôt que prévu.