Après Monaco, Xi Jinping en France pour trois jours – RFI

Après Monaco, Xi Jinping en France pour trois jours - RFI

Economie, géostratégie… Les arguments de Xi Jinping face à Emmanuel Macron pour sa visite en France

Ce dimanche, Xi Jinping était dans la principauté de Monaco. Le président chinois sera à Paris lundi 25 mars, mais sa visite en France commence ce dimanche sur la Côte d'Azur, où il est accueilli par le son homologue français Emmanuel Macron pour un entretien suivi d'un dîner entre les deux couples présidentiels. Une visite sous le signe des « nouvelles routes de la soie » chinoises, ce gigantesque système de liaisons ferroviaires et maritimes censées promouvoir le commerce et la coopération entre les pays d’Asie et d’Europe, que certains en Europe regardent avec méfiance.

Le président chinois Xi Jinping a honoré dimanche la petite principauté de Monaco d'une visite d'Etat inédite où il a déjeuné et passé deux heures et demie.

Le dirigeant chinois a eu des entretiens bilatéraux dans le domaine économique et environnemental dont la teneur n'a pas filtré. Aucun point presse n'était organisé à l'issue de cette rencontre qui constitue un succès diplomatique historique pour le souverain monégasque Albert II : hormis la France, Monaco et ses 38 000 résidents n'avaient jamais accueilli de dirigeant d'une grande puissance, membre du Conseil de sécurité de l'ONU.

Le prince Albert II a accueilli le président chinois Xi Jinping au palais de Monaco, le 24 mars 2019. REUTERS/Eric Gaillard

Xi Jinping, avant son dîner avec le président français, sétait auparavant rendu à Monaco à la mi-journée, où il a déjeuné et passé deux heures et demi pour des entretiens bilatéraux dans le domaine économique. Cette rencontre constituait un succès diplomatique historique pour le souverain monégasque Albert II: hormis la France, Monaco et ses 38.000 résidents navaient jamais accueilli de dirigeant dune grande puissance, membre du conseil de sécurité de lONU.

Il a quitté Monaco vers 14h45 TU pour regagner Nice, où il  va loger avec sa suite dans le plus célèbre hôtel de la ville, le Negresco, sur la Promenade des Anglais, totalement interdite aux voitures et même aux vélos pour des raisons de sécurité.

Video: Accord Italie-Chine pour les “nouvelles routes de la soie”

Emmanuel Macron prône un partenariat équilibré avec Pékin

Ce dimanche soir, accompagné de son épouse, il a dîné avec le couple présidentiel français. Un début en douceur avant d'aborder lundi les dossiers plus délicats.

Reste que le gouvernement chinois semble assez décontenancé par lactuel dirigeant français. Le régime sinterroge sur lui depuis le début: dune part parce quil nest pas issu dun parti traditionnel, mais aussi parce quil est capable de montrer des signes dempathie tout en étant offensif sur dautres sujets, souligne François Godement, conseiller pour lAsie à lInstitut Montaigne. Ce changement dattitude a commencé à crisper les autorités chinoises dès le voyage en Chine de lan dernier, à en croire certains observateurs. Mais le locataire de lÉlysée na pas infléchi son discours. À Canberra, en mai dernier, alors que la France vend des sous-marins à lAustralie et des avions de chasse à lInde, il a plaidé pour un axe indo-pacifique afin de préserver les équilibres de la région ; et éviter une hégémonie. Même si la Chine na pas été citée directement, le Global Times, un quotidien dÉtat chinois, avait répliqué par un éditorial au vitriol sur la France en déclin. Lors dun déplacement ce mois-ci en Afrique de lEst, le locataire de lÉlysée a prôné des partenariats équilibrés et respectueux, critiquant en creux linfluence grandissante de la Chine.

« Très heureux d'accueillir le président Xi Jinping et son épouse en France. Cette visite va renforcer notre partenariat stratégique et affirmer le rôle de la France, de l'Europe et de la Chine en faveur d'un multilatéralisme fort », s'est félicité Emmanuel Macron sur Twitter, quelques instants après avoir accueilli M. Xi à Beaulieu-sur-Mer (Alpes-Maritimes) pour ce dîner privé qui s'est achevé peu avant 21H30, à la veille du démarrage officiel de sa visite en France, lundi.

Ce déplacement fait suite à celui dEmmanuel Macron en janvier 2018 en Chine, où il avait promis de se rendre chaque année. Ce dernier, dont le nom en mandarin, Makelong, signifie le cheval vainc le dragon, devrait à nouveau adopter une position ferme par rapport aux investissements chinois – en France et Europe – et aux nouvelles routes de la soie, dont Xi Jinping est venu faire la promotion. Lancé en 2013, ce chantier pharaonique consiste à construire de gigantesques infrastructures terrestres et maritimes entre lAsie et les autres continents. Lors de son discours à Xian, début 2018, Emmanuel Macron avait déjà posé des conditions à la participation de la France et de lEurope à ce projet: quil repose sur une coopération équilibrée et quil ne se traduise pas par une nouvelle hégémonie, qui viendrait mettre en état de vassalité les pays traversés. Contrairement à Rome, Paris ne se ralliera pas à cette initiative pendant le séjour de Xi Jinping. Le maître de Pékin a remporté un succès diplomatique en signant samedi un protocole daccord avec lItalie, devenue le premier membre du G7 à rejoindre cet ambitieux programme.

“La Chine a profité de laustérité imposée par Bruxelles après 2008 pour simplanter en Europe”

Très heureux daccueillir le Président XI Jinping et son épouse en France. Cette visite va renforcer notre partenariat stratégique et affirmer le rôle de la France, de lEurope et de la Chine en faveur dun multilatéralisme fort. pic.twitter.com/yFIEQxF4Ej

Depuis quelques jours, Emmanuel Macron tente d’unifier les positions européennes face à la Chine. La visite de Xi Jinping devait déjà être pour le président français l’occasion de répéter que les routes de la soie doivent fonctionner dans les deux sens, aussi bien pour le commerce que pour les investissements. Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel soupçonnent l’Empire du milieu de vouloir siphonner le savoir-faire européen dans tous les domaines, sous-couvert de partenariat commercial et technologique entre de grandes économies. Une méfiance que Pékin ne commente pas. Une source officielle indique seulement qu’Emmanuel Macron et Xi Jinping passeront en revue les relations sino-françaises, les relations sino-européennes, ainsi que les questions internationales et régionales d’intérêt commun.  

Xi Jinping est arrivé dimanche à Nice, où, après un détour par la Principauté – une première pour un numéro un chinois -, il devait être rejoint par Emmanuel Macron pour un entretien en tête-à-tête, suivi dun dîner avec de leurs épouses à la villa Kérylos de Beaulieu-sur-Mer, un musée Belle Époque offrant une vue imprenable sur la Méditerranée. Les deux hommes auront des échanges de vues approfondis sur les relations sino-françaises, les relations sino-européennes, ainsi que les questions internationales et régionales dintérêt commun, a précisé une source officielle chinoise. Après une nuit à lhôtel Negresco, un palace de la promenade des Anglais, le dirigeant communiste prendra la direction de la capitale, pour une séance de travail lundi à lÉlysée et un dîner dÉtat.

La signature samedi par l’Italie d’un protocole d’accord sur sa participation aux fameuses routes a amené Emmanuel Macron à multiplier les initiatives européennes, avec la semaine dernière à Bruxelles des discussions consacrées à la Chine, et la venue ce mardi à Paris de la chancelière allemande Angela Merkel et du président du Conseil européen Donald Tusk pour qu'ils rencontrent eux aussi Xi Jinping.

Stucs à lantique, bois exotiques et bois de citronnier pour le mobilier… difficile de rester de marbre face aux ornements somptueux, mosaïques et fresques qui décorent la Villa Kérylos. Comme dans la Grèce antique, la demeure sorganise autour du péristyle, cette vaste cour intérieure entourée de 12 colonnes en marbre de Carrare. Au rez-de-chaussée se trouvent les pièces dapparat (salons, salle à manger, bibliothèque, thermes) tandis que les chambres et salles de bain privées se situent à létage. Lédifice a été créé sur le modèle des maisons nobles de lÎle de Délos (IIe siècle av. J.-C.).

Objectifs selon l’Elysée : « trouver des points de convergence entre l'Europe et la Chine », entre autres sur la mise en œuvre de l'accord de Paris sur le climat et sur le multilatéralisme, au moment où les Etats-Unis semblent s’en distancier. Il s’agirait de demander à Pékin de s’engager plus nettement dans le cadre des institutions internationales, pour la réforme de l’OMC notamment.

Située sur un promontoire rocheux à la pointe de la baie des Fourmis, la Villa Kérylos accueille tous les jours touristes et curieux venus admirer son architecture remarquable. Cette villa a été construite sur le modèle dune demeure de la Grèce antique. Cest lhelléniste et archéologue Théodore Reinach qui décida de réaliser ce chef-dœuvre au début du siècle dernier en faisant appel aux talents de larchitecte Emmanuel Pontremoli (grand prix de Rome en 1890). Édifiée de 1902 à 1908, cette construction blanche avancée sur la mer et surmontée de terrasses et pergolas nous fait remonter dans le temps.

Human rights Watch, qui craint que les droits de l'homme soient laissés de côté pendant cette visite, a appelé Emmanuel Macron à confronter Xi Jinping à l’ampleur des violations des droits humains en Chine, sans précédent ces dernières années selon l'ONG.

Et il semblerait que ce point de vue ne soit pas étranger au choix dEmmanuel Macron de prendre la demeure pour décor du dîner diplomatique. “Cette magnifique villa, de style méditerranéen, représente une sorte douverture et symbolise cette partie de lEurope”, a précisé lÉlysée lors dune conférence de presse jeudi. Un dîner dans le Sud de la France, dans une villa faisant écho à un autre pays de la Méditerranée, pour répondre à une volonté de Xi Jinping: “découvrir autre chose que Paris”, selon lÉlysée, reprise par Nice-Matin.

L'épouse de l'ancien président chinois d'Interpol, sans nouvelles de son mari depuis qu'il a été arrêté pour corruption il y a près de six mois, a demandé au président français Emmanuel Macron d'évoquer le sujet avec son homologue chinois Xi Jinping lors de sa visite en France.

“Ce fut, plutôt, me semble-t-il la réalisation et laccomplissement, au-delà de la diversité de ses connaissances, de ses activités et de ses travaux, de ce que représentait pour mon grand-père lessence même dune civilisation au visage essentiellement humain comme celui chez les Grecs de leurs dieux et de leur Art, un modèle et une méthode de raisonnement, un ensemble de valeurs littéraires, politiques et philosophiques que la Grèce ancienne nous a transmises. LEsprit Grec fut à la fois chez lui rêve et réalité, mémoire et présent”.

Dans un courrier envoyé à l'Elysée daté du 21 mars dont l'AFP a obtenu copie, Grace Meng « demande à savoir où (son mari) se trouve et comment il se porte ». « Je demande que M. Meng puisse recevoir la visite de ses avocats et que ceux-ci puissent l'assister », poursuit-elle.

Albert et Charlène accueillent pour la première fois le président chinois à Monaco

« Tant pour ma famille que pour d'autres qui connaissent les mêmes épreuves, je demande à la France, respectée et écoutée à travers le monde entier pour ses valeurs et son attachement aux droits de l'homme, de porter ce message à l'occasion de ce rendez-vous avec le président Xi Jinping », attendu dimanche en France pour une visite de trois jours, écrit l'épouse de Meng Hongwei.

L'ex-président d'Interpol – dont le siège se trouve  à Lyon – a disparu fin septembre 2018 en Chine et démissionné de la tête de l'organisation policière par courrier le 7 octobre, après l'annonce par Pékin de son placement sous enquête notamment pour avoir « accepté des pots-de-vin ».

Il est cependant difficile de dire aujourdhui que le système politique chinois peut servir de modèle tant il est complexe et paraît impossible à reproduire. Mais la Chine pourrait se révéler presque avant-gardiste par la mise en place dun nouveau modèle politique fondé sur cet autoritarisme numérique. La domination du modèle libéral démocratique au XXème siècle était notamment liée à ses garanties de prospérité. Pékin a déjà montré que son capitalisme autoritaire lest tout autant. A lavenir, lenjeu résidera peut-être sur la détention et lexploitation des informations de masse. Il est évident que le traitement nen sera pas le même dans les démocraties et dans les régimes autoritaires. Mais le contrôle et la concentration des big data par un pouvoir unique et autoritaire pourraient être dune efficacité redoutable…

Trois jours pour tisser des liens et évoquer les sujets qui fâchent. Le président chinois Xi Jinping débute dimanche soir à Nice une visite dÉtat de trois jours en France, où il sera reçu par Emmanuel Macron. Les deux chefs dÉtat évoqueront notamment les "nouvelles routes de la soie", ce pharaonique et controversé programme dinvestissements piloté par la Chine entre lAsie, lEurope et lAfrique. Et qui inquiète considérablement le président français, craignant une "hégémonie" chinoise à travers ce projet estimé à plus de 1.000 milliards de dollars. 

En 2018, les investissements chinois ont progressé en France de 86 %. Cette hausse est liée à des acquisitions très précises, parce que le montant total nest finalement pas énorme même si cela augmente vite. Une holding filiale de luniversité de Tsinghua – qui est luniversité des élites chinoises – est en train de racheter Linxens pour plus de 2 milliards deuros. Linxens est un groupe français spécialisé dans les semi-conducteurs, les cartes à puce, la biométrie, etc. Apparemment, Bruno Le Maire, qui se pose en fervent défenseur de la protection des secteurs stratégiques, estime que Linxens nen fait pas partie. Cest un peu contradictoire de la part dun ministre qui, quand il était en Chine en 2018, disait craindre le pillage chinois…

Le projet, lancé en 2013 par le président Xi Jinping, est appelé en mandarin "La ceinture et la route" : ceinture terrestre reliant la Chine à lEurope via lAsie centrale, et route maritime via locéan indien. A suivi une multiplication, en Asie et en Afrique, de chantiers essentiellement financés par la Chine : ports, autoroutes, liaisons ferroviaires, centres industriels… Ce projet est déjà engagé, puisque le rail relie désormais la Chine à une trentaine de villes européennes en moins de trois semaines. La Chine a également racheté le troisième port de Turquie, près dIstanbul, considéré comme un important point de jonction. 

Martelée par Pékin, la formule des "routes de la soie" se trouve appliquée également à toutes sortes dinvestissements, accords diplomatiques et projets extrêmement divers, jusquen Amérique latine et… dans lArctique.

On estime quune soixantaine dÉtats ont bénéficié de capitaux chinois liés à ce projet. Les sommes sont colossales : selon des estimations, la Chine a déjà dépensé quelque 200 milliards de dollars. Plus généralement, les investissements chinois dans les pays concernés, de 2014 à mi-2018, sélevaient à plus du double, soit 410 milliards de dollars, estime le cabinet Euler-Hermes. Selon la banque Morgan Stanley, les investissements chinois cumulés dans les pays des "routes de la soie" dépasseront 1.200 milliards de dollars dici 2027.

Emmanuel Macron reçoit Xi Jinping, sur fond dinquiétudes européennes

Les entreprises françaises pourraient profiter de cette manne pour simplanter davantage en Chine. "Avec ce projet, des entreprises qui travaillent déjà avec des entreprises chinoises ont une possibilité de se positionner sur de nouveaux marchés où elles ne seraient pas allées, comme des marchés plus proches de la Chine", a expliqué Sybille Dubois-Fontaine, la directrice générale du MEDEF-Comité France Chine, dimanche sur Europe 1. "La difficulté, aujourdhui, est de faire comprendre aux entreprises où sont ces projets et comment elles peuvent y participer. Là-dessus, il y a besoin de plus de lisibilité", a-t-elle nuancé. 

“La Chine a une emprise sur plusieurs pays européens”

Les puissances occidentales, États-Unis en tête, dénoncent les visées géopolitiques de Pékin, soupçonné de vouloir cimenter son influence, contrôler des matières premières et écouler ses surcapacités industrielles. Ces routes "ne peuvent être celles dune nouvelle hégémonie" qui placerait en "vassalité" les pays traversés, salarmait en janvier 2018 le président français Emmanuel Macron. Plus de 96% des projets financés par Pékin sont confiés à des entreprises chinoises, pointait du doigt en septembre une note du Trésor français. Ces dernières monopolisent ensuite les revenus générés par certaines infrastructures.

Par ailleurs, en accordant des prêts colossaux, la Chine est accusée de faire dérailler les finances de pays en développement, aggravant ainsi leur dépendance, sur fond de soupçons de corruption. Mongolie, Maldives ou Pakistan sont menacés de décrochage, tandis que le Sri Lanka, incapable dhonorer ses créances, a dû céder à Pékin le contrôle pour 99 ans dun port en eaux profondes. Enfin, les Européens déplorent lopacité des appels doffres, épinglant linsuffisance des normes environnementales et sociales.

Plusieurs pays de lUE (Portugal, Grèce, Hongrie, Pologne…) ont déjà conclu des protocoles daccord pour rejoindre les "routes de la soie". LItalie, la troisième économie européenne, est devenue samedi le premier membre du G7 à sy rallier, sattirant les vives critiques des États-Unis. "Nul besoin pour lItalie de conforter la légitimité de projets (servant) larrogance chinoise", a tancé Garrett Marquis, un responsable de la Maison-Banche, sur Twitter. Les interrogations portent sur le risque éventuel pour la défense et les infrastructures italiennes, des experts pointant du doigt lintérêt chinois pour les ports stratégiques de Trieste et Gênes. Ceux du Pirée (Grèce), Bilbao et Valence (Espagne) sont, par exemple, déjà sous pavillon chinois.

Visite de Xi Jinping: Emmanuel Macron appelle à “un multilatéralisme fort”

La France, elle, appelle à "une approche coordonnée" face à Pékin afin d"éviter une forme de division européenne mal venue". Néanmoins, Paris ne soppose pas à toute coopération avec Pékin, à condition de satisfaire "certains critères de soutenabilité écologique et financière" et de réciprocité, notamment louverture des marchés publics, assure une source gouvernementale française. Selon le JDD, la France aurait convaincu lUE de participer, "en gage de bonne volonté", au deuxième sommet de la route de la soie, en septembre prochain. Une occasion supplémentaire pour tenter de peser sur ce gigantesque projet.