Reconstruire Notre-Dame en cinq ans ? La France est capable de grandes choses – LObs

Reconstruire Notre-Dame en cinq ans ?  La France est capable de grandes choses  - L\Obs

ÉDITORIAL. Notre-Dame de Paris renaîtra

Le milliardaire François-Henri Pinault, qui sest engagé à faire un don de 100 millions deuros pour aider à la reconstruction de Notre-Dame de Paris, a renoncé à la réduction fiscale de 60 % à laquelle il pouvait prétendre.

La donation pour Notre-Dame de Paris ne fera lobjet daucune déduction fiscale. La famille Pinault considère en effet quil nest pas question den faire porter la charge aux contribuables français, écrit François-Henri Pinault dans un communiqué. 

Le milliard de dons pour Notre-Dame fait débat dans la France des “gilets jaunes”

Lhomme daffaires, patron du groupe de luxe Kering, avait été le premier à sengager financièrement, en annonçant le déblocage des fonds, via la Fondation de sa famille, et cela dès les premières heures qui ont suivi lincendie de la cathédrale.

Mais très vite, une polémique avait commencé à enfler, surtout sur les réseaux sociaux. Ce genre de dons – quel que soit leur montant – est en effet éligible à une réduction dimpôt de 60 %.

En ce sens, de nombreuses voix se sont élevées ces derniers jours pour souligner quau final ce serait lensemble des contribuables qui devraient payer la note.

Concernant le don du patron de Kering, il nen sera donc pas question. Reste à savoir si les autres généreux donateurs, à limage de la famille Arnault et du groupe LVMH, ou encore de la famille Bettencourt et LOréal, vont limiter.

Devant lafflux vertigineux des dons pour reconstruire Notre-Dame, des voix dénoncent une générosité sélective, alors que les "gilets jaunes" réclament depuis des mois dans la rue une hausse de leur pouvoir dachat et que laide aux plus démunis est en baisse.

"En un clic, 200 millions, 100 millions, ça montre aussi les inégalités, ce que nous dénonçons régulièrement, les inégalités dans ce pays", a critiqué le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez sur Franceinfo.

De grandes fortunes et des groupes ont mis au pot depuis lundi: la famille Pinault a promis 100 millions deuros, suivie par le groupe LVMH et la famille Arnault, première fortune de France, qui ont annoncé un don de 200 millions, puis la famille Bettencourt-Meyers et le groupe LOréal (200 millions). Total a annoncé 100 millions.

"Sils sont capables de donner des dizaines de millions pour reconstruire Notre-Dame, quils arrêtent de nous dire quil ny a pas dargent pour satisfaire lurgence sociale", a insisté le dirigeant syndical.

Ingrid Levavasseur, une des figures des "gilets jaunes", a souhaité sur BFMTV "quon revienne à la réalité" et dénoncé "linertie des grands groupes face à la misère sociale alors quils prouvent leur capacité à mobiliser en une seule nuit +un pognon de dingue+ pour Notre-Dame".

"Que loligarchie donne pour Notre-Dame, cest bien. Lexemplarité fiscale serait encore mieux. La bonne conscience ne cache pas la misère et laustérité", a dénoncé sur Twitter Benjamin Cauchy, autre "gilet jaune", présent sur la liste de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France).

De fait, la générosité des donateurs est en partie assumée par lEtat car la loi Aillagon de 2003 prévoit que les entreprises qui investissent dans la culture peuvent déduire 60% de leurs dépenses en faveur du mécénat (66% de réduction dimpôt sur le revenu pour les particuliers).

Cette réduction sera portée à 75% jusquà 1.000 euros (66% au-delà) pour les dons des particuliers en faveur du chantier de Notre-Dame, a annoncé le Premier ministre Edouard Philippe à lissue du Conseil des ministres.

Manon Aubry, tête de liste de La France insoumise aux élections européennes, a dénoncé une "course à léchalote de lentreprise qui donnerait le plus tout en revendiquant lexonération dimpôt".

Devant la polémique montante, François-Henri Pinault, patron du groupe de luxe Kering, a décidé de renoncer à cet avantage fiscal.

De nombreuses voix soulignent que lélan de générosité pour Notre-Dame intervient à un moment où les associations de lutte contre la pauvreté font face à une baisse des dons.

Sur Twitter, lessayiste catholique Erwan Le Morhedec a appelé ceux qui jugeraient leur don "dérisoire" face au ruissellement dargent des entreprises sur une cathédrale toujours debout à "le convertir au profit des associations qui soignent les +temples vivants+ et dont les dons se sont, eux, écroulés".

La sénatrice EELV Esther Benbassa a également tweeté en rêvant d"un élan aussi spontané et massif en faveur des associations et structures prenant en charge lextrême pauvreté, lexclusion sociale, les sans-abri".

"400 millions pour Notre-Dame, merci Kering, Total et LVMH pour votre générosité: nous sommes très attachés au lieu des funérailles de labbé Pierre", a tweeté la Fondation Abbé Pierre. "Mais nous sommes également très attachés à son combat. Si vous pouviez abonder 1% pour les démunis, nous serions comblés".

Les dons aux associations ont baissé en 2018 de 4,2%, selon une enquête de France Générosités auprès dun panel de 22 organisations caritatives. Une baisse imputée en grande partie à la hausse de la CSG qui a touché les retraités, traditionnellement généreux, ainsi quà la suppression de lISF car les assujettis donnaient volontiers pour réduire leur facture fiscale.

Interrogé à lissue du Conseil des ministres, Edouard Philippe a balayé toute idée de polémique sur ce sujet. "Nous devons nous réjouir de ce que des personnes physiques très nombreuses et parfois très modestes, que des personnes physiques moins nombreuses et parfois très riches, que des entreprises souhaitent participer à leffort de reconstruction", a-t-il observé. En faisant valoir que Notre-Dame "nest pas seulement un bâtiment" mais est "au coeur de la France, au coeur de notre histoire".