Niveau scolaire: la France stagne dans le classement Pisa – Le Figaro

Niveau scolaire: la France stagne dans le classement Pisa - Le Figaro

Médiocre et inégalitaire : la France reste le cancre indécrottable de lenquête Pisa

Lévaluation internationale PISA  propose, en termes de discours sur lécole, énormément de lieux communs , critiquent les chercheurs à luniversité de Lille Daniel Bart et Bertrand Daunay.

Lors dun cours de mathématiques dune école primaire de Berlin, en 2010. JOHN MACDOUGALL / AFP Entretien. Tous les trois ans les résultats du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de lOrganisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sont attentivement scrutés et commentés par les médias du monde entier, les acteurs de lécole et les décideurs politiques. Vingt ans après son lancement, lévaluation internationale en éducation la plus connue concerne aujourdhui 79 pays, dont elle compare le niveau des élèves de 15 ans en sciences, en mathématiques et en compréhension de lécrit.

L'OCDE publie ce mardi son enquête internationale sur les élèves âgés de quinze ans. Les résultats de la France se situent en bas du top 20, légèrement au-dessus de la moyenne de l'OCDE. Mais l'Hexagone reste la championne des inégalités entre élèves.

Parmi les quelques voix critiques sur cette  institution , on compte celles de Daniel Bart et Bertrand Daunay, chercheurs à luniversité de Lille. Respectivement maître de conférences en sciences de léducation spécialiste des évaluations, et professeur de didactique en sciences de léducation, ils ont analysé dans plusieurs ouvrages et revues scientifiques le  discours  sur lécole fabriqué par PISA, et publié récemment une tribune critique sur le sujet.

Au fil des éditions, lOCDE a agrémenté ses statistiques et synthèses de messages politiques. A lattention du ministre de lEducation français, donc : Il faut éviter de créer des établissements très favorisés dun côté, et de lautre défavorisés, insiste Pauline Givord. Les pays qui arrivent à associer équité et performance sont très nettement ceux où lécart entre les établissements est le plus faible. Leffet nest pas neutre dans lévolution des inégalités. Lancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem, qui avait lancé une expérimentation pour plus de mixité sociale dans les collèges, appréciera. Jean-Michel Blanquer, qui nen parle plus depuis son arrivée rue de Grenelle, certainement moins.

Etude Pisa : Pourquoi la France narrive-t-elle pas à réduire ses inégalités scolaires ?

Daniel Bart En une vingtaine dannées, lenquête PISA est en effet devenue incontournable sur les questions déducation au niveau mondial. Elle propose aujourdhui une comparaison des systèmes éducatifs de près de 80 pays, contre une quarantaine en 2000, et fournit une quantité importante de données statistiques souvent intéressantes, établies avec une méthodologie qui ne manque pas de robustesse, même si elle peut être légitimement discutée.

Son succès repose, entre autres, sur la puissance médiatique de lOCDE, qui lui permet de produire un discours dune ampleur et dune audience considérables. Autour de cette étude triennale est soigneusement construite lattente au fil des mois, ainsi que lannonce, à chaque édition, de  nouveautés  (du palmarès, des résultats, des approches, etc.). Mais lhypothèse que nous faisons, à partir de nos travaux de recherche – qui sancrent dans les champs de la didactique et de lévaluation –, est que si le programme PISA fonctionne si bien, cest aussi parce quil propose, en termes de discours sur lécole, énormément de  lieux communs  qui parlent à beaucoup de gens.

Enquête Pisa : dix résultats pour situer les élèves français

Bertrand Daunay Ce que nous avons étudié, ce sont les textes que presque personne ne lit, les quelque 10 000 pages danalyses produites par lenquête PISA depuis 2000, et à partir desquelles sont rédigés à chaque édition les résumés de  vulgarisation  donnés aux journalistes. Cest dans ces milliers de pages que nous avons trouvé de nombreux lieux communs, qui sont également de vrais paradoxes.

Les nouveaux résultats Pisa sont tombés. Ils sont 600 000 élèves de 15 ans, répartis aux quatre coins de la planète (79 pays), à avoir passé les fameux tests qui, tous les trois ans, évaluent les systèmes éducatifs. Cest lOCDE qui pilote et orchestre la publication de cette enquête, devenue la référence dès quil sagit de parler décole… Au point, comme le regrettent certains, que Pisa est aujourdhui un élément de langage politique, au détriment de lintérêt porté à son contenu statistique.

Pisa : les inégalités entre élèves restent très élevées, mais stables

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EDUCATION Selon cette enquête, qui fait autorité dans le landerneau éducatif, les inégalités scolaires ne se sont pas aggravées depuis 2016, mais elles sont restées stables

Pisa 2018 : la France, toujours championne des inégalités

Elève moyenne, qui ne progresse pas. Voilà le bulletin de notes adressé ce mardi à la France par létude Pisa de lOCDE, qui mesure les performances de 600.000 élèves de 15 ans dans 79 pays. Cette année, le domaine majeur étudié était la compréhension de lécrit. Et avec ses 493 points,  la France se classe entre la 15e et la 20e place des pays de lOCDE, alors que la moyenne est à 487 points , annonce Pauline Givord, analyste à lOCDE.

En France, pas de gros bouleversement depuis la dernière cuvée, en 2015. Elle se situe dans la moyenne des pays de lOCDE, voire légèrement au-dessus, et ce, dans les trois domaines passés au crible de Pisa : la compréhension de lécrit, les mathématiques et les sciences. Tous les trois ans, lune de ces trois disciplines est scrutée dencore plus près par les experts de lOCDE pour mieux en comparer les performances : la  majeure , cette année, est la  compréhension de lécrit , cest-à-dire les compétences des élèves de 15 ans en lecture et en écriture. La France y obtient un score de 493 points (moyenne OCDE : 487 points), se positionnant ainsi entre la 20e et la 26e place des pays participant à Pisa, et entre le 15e et le 21e rang des pays de lOCDE.

Pisa 2018 : pourquoi cette étude est devenue une référence mondiale

Mais alors quelle était déjà la championne des inégalités lors de la précédente étude Pisa en 2016, la France na pas progressé sur ce point.  Les inégalités demeurent à un niveau très élevé : la France compte 10 % délèves très performants en compréhension de lécrit* et 20 % de jeunes en difficulté. Avec de très forts écarts en fonction de lorigine sociale (107 points). Car parmi les élèves en difficulté, ceux des milieux défavorisés sont 5 fois plus nombreux que leurs camarades favorisés. Et parmi les élèves très performants, 20 % sont issus de milieux favorisés, contre 2 % dorigine sociale défavorisée , explique Pauline Givord. Et si on la compare avec dautres pays sur ce point, la France est dans le groupe des pays les plus inégalitaires avec la Hongrie et le Luxembourg.

Laura de létude Pisa est telle à travers le monde que certains pays, à linstar de lAllemagne en 2000, ont connu un choc Pisa et se sont améliorés. Et si lon regarde Pisa 2019, le Portugal, le Royaume-Uni, la Pologne, lIrlande, lEstonie ont bien progressé :  Dans ces pays-là, des politiques éducatives ont été mises en place depuis une quinzaine dannées, explique Eric Charbonnier, analyste à lOCDE. On a réfléchi sur les programmes scolaires, sur le métier denseignant, sur laffectation des ressources dans les établissements défavorisés… En Pologne, par exemple, dans les années 2000, on a décidé de créer un collège unique où lon a mis tous les élèves ensemble et on a revu les programmes. Il semblerait que cela ait permis une amélioration de la performance .

Mais force est de constater que la France na pas connu un tel déclic.  Notre système na pas assez agi sur certains leviers pour réduire les inégalités, à savoir mieux former les enseignants, investir dans les premiers niveaux déducation , estime Eric Charbonnier. La France est prisonnière de son style pédagogique, qui est centré sur les erreurs des élèves. Et lécole française a une tradition sélective. Pisa montre que les élèves les plus faibles scolairement sont regroupés dans les mêmes établissements. Et cette concentration les affaiblit, car cela crée chez eux une perte de confiance , décrypte le sociologue spécialiste des inégalités François Dubet. Dailleurs, Pisa montre que la confiance en eux des élèves français nest pas optimale, puisquils expriment un faible sentiment dauto-efficacité et une plus grande peur de léchec que la moyenne des pays de lOCDE.

Troisième pilier de Pisa : les élèves sont évalués tous les trois ans, de manière dassurer un suivi régulier de leurs performances. Ainsi, les systèmes éducatifs ne sont pas seulement évalués dans lespace (grâce aux comparaisons avec dautres pays), mais aussi dans le temps. Dautant plus quen mettant laccent sur un domaine dit  majeur  une fois toutes les trois enquêtes, une discipline est étudiée de très près tous les neuf ans, lorsque deux tiers des questions lui sont dédiés. Il est donc dautant plus précis détablir des comparaisons dans des  sous-domaines , par exemple cest le cas par exemple pour la  compréhension de lécrit  avec les  sous-domaines   retrouver linformation ,  développer une interprétation  et  réfléchir sur le contenu du texte . Ainsi, près de 20 % des  items  dun domaine sont communs à deux éditions de Pisa, des années où ce domaine est considéré comme  majeur  (comme ce fut le cas par exemple en 2000 et 2009 pour les compétences en compréhension de lécrit, en culture mathématiques en 2003 et 2012 ou en culture scientifique en 2006 et 2015).

Autre explication, selon le sociologue :  Loffre scolaire nest pas équitable en France, car 87 % des profs des lycées favorisés sont certifiés ou agrégés, contre 58 % dans les lycées défavorisés. Et le turnover dans les établissements de léducation prioritaire est très important, ce qui nuit à la continuité pédagogique . De plus, la France est lun des pays où les élèves expliquent percevoir le moins de soutien de la part de leurs enseignants : moins de deux élèves sur cinq déclarent que leur professeur leur indique souvent comment améliorer leurs résultats (contre un élève sur deux en moyenne dans les pays de lOCDE).  Les enseignants sont très bien formés sur leurs disciplines, mais par rapport à ceux quautres pays, ils ne le sont pas assez sur les aspects pédagogiques de gestion de classe et de lhétérogénéité des élèves. Ils nont pas les outils nécessaires pour soutenir les élèves , affirme Pauline Givord.

Les raisons du succès de cette étude reposent sur trois points essentiels. Les domaines de compétences évalués par Pisa ne reposent pas sur des disciplines scolaires à proprement parlé : pour éviter de créer des déséquilibres entre pays, ce ne sont pas les programmes scolaires de chaque pays qui sont scrutés, mais la capacité des élèves à utiliser leurs connaissances dans des situations de la vie quotidienne, et à analyser, raisonner et communiquer de manière efficace. En somme, ce sont les connaissances et les savoir-faire (ce que lOCDE résume par le  A  de Pisa pour  Acquis ) dont les futurs adultes qui sont évalués auront besoin, et non pas des chapitres étudiés en classe. Cette notion si caractéristique de Pisa est appelée  literacy  en anglais. Un terme dont léquivalent nexiste pas exactement en français, et traduit par  compréhension de lécrit  pour ce qui a trait à la lecture :  comprendre lécrit, cest non seulement comprendre et utiliser des textes écrits, mais aussi réfléchir à leur propos , explique ainsi lOCDE.

Le climat scolaire semble jouer sur les résultats de nos élèves.  Il y a un problème de discipline, car un élève sur deux déclare être gêné presque à chaque leçon en raison du bruit. Une proportion plus élevée que dans les pays de lOCDE qui nuit à la qualité des apprentissages. Et 40 % des élèves disent que les cours mettent trop longtemps à démarrer , relève Eric Charbonnier.

Au début des années 1990, les pays membres de lOCDE ont manifesté leur désir de disposer de données régulières et fiables sur les connaissances et les compétences de leurs élèves, ainsi que sur les performances de leurs systèmes éducatifs. Ils sen sont donc remis à lOCDE, dont les publications étaient unanimement reconnues et louées pour leur sérieux. Au milieu des années 1990, lOCDE a ainsi commencé à travailler sur le sujet, pour préparer la première enquête réalisée en 2000 et publiée en 2001. Pisa est exclusivement financé par des contributions directes des pays participants, versées par lintermédiaire du ministère de lÉducation de chaque pays. Pour prendre part à lenquête, les pays non membres de lOCDE doivent sinscrire deux ans avant lenquête, disposer de lexpertise technique nécessaire pour administrer une évaluation internationale et pouvoir régler lensemble des coûts de leur participation.

Mais bonne nouvelle : la lutte contre les inégalités scolaires nest pas une fatalité. Et la France semble emprunter un meilleur chemin ces dernières années, selon Eric Charbonnier :  Les deux derniers gouvernements ont pris conscience de limportance de lutter contre ce phénomène. Des mesures prises comme la priorité faite à lécole primaire, le dédoublement des CP et CE1 en REP, sont de bonnes mesures. Mais il faut une dizaine dannées pour en sentir les effets , explique-t-il. Et selon lui, les efforts doivent être poursuivis :  Il faut affecter les ressources en priorité sur les établissements défavorisés , insiste-t-il. François Dubet est du même avis :  Il est nécessaire de développer lautonomie des établissements, les recrutements denseignants à profils et les incitations (primes, logements de fonction), ce qui permettrait dattirer des enseignants dans les établissements défavorisés et de stabiliser les effectifs .

Classement PISA 2018 : des élèves français toujours moyens et un système encore très inégalitaire

Les deux experts du monde éducatif se rejoignent aussi sur limportance de booster la formation initiale et continue des profs :  Il faudrait une vraie réforme de la formation, qui permet aux enseignants dêtre mieux armés en gestion de classe et pour gérer la diversité des élèves , souligne Eric Charbonnier. Enfin, pour améliorer spécifiquement les performances des élèves en compréhension de lécrit, il est aussi urgent de les reconnecter avec le plaisir de la lecture :  En 2009, 61 % dentre eux disaient lire par plaisir, ils ne sont plus que 55 % à laffirmer. Certains établissements ont mis en place le quart dheure de lecture obligatoire. Il faut développer ce type dinitiatives , recommande Eric Charbonnier. Reste à savoir ce quannoncera le ministre de lEducation ce mardi pour répondre aux constats de Pisa…

* Les élèves sont jugés très performants en compréhension de lécrit lorsquils sont capables de comprendre de longs textes, de traiter des concepts abstraits et détablir des distinctions entre les faits et les opinions en fonction dindices implicites.