Bernardo Bertolucci, réalisateur du “dernier tango à Paris” est mort

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Mort de Bernardo Bertolucci: Le réalisateur avait un lien indéfectible avec le Festival de Cannes

Cest une scène qui a détruit la vie dune actrice et fini par faire de lombre à la filmographie dun réalisateur. Avant #Metoo et laffaire Weinstein, "Le dernier Tango à Paris" (1972) et sa sulfureuse scène de sodomie sont devenus un symbole des violences sexuelles dans le 7e art.

Dans le film de Bernardo Bertolucci, classé X dans de nombreux pays, Maria Schneider, 19 ans au début du tournage, vit une passion torride avec un veuf américain de passage à Paris, interprété par Marlon Brando. Lacteur américain d"Un tramway nommé désir" sera nommé aux Oscars pour ce rôle.

Ils décident de ne rien savoir de lautre, ignorant jusquà leurs prénoms. Ce huis clos à la fois cru et morbide atteint son paroxysme dans une scène de sexe non consentie, avec une tablette de beurre en guise de lubrifiant. 

Je ne suis pas un moraliste : la dernière interview de Bernardo Bertolucci au Figaro

Bien que simulée, cette scène de viol assura la réputation sulfureuse du film mais brisera la jeune actrice comme le raconte sa cousine, la journaliste Vanessa Schneider dans "Tu tappelais Maria Schneider" paru à la rentrée chez Grasset.

Selon lactrice qui tournera ensuite dans une cinquantaine de films, ni Brando ni Bertolucci ne lavaient prévenue de lusage du beurre. 

Bernardo Bertolucci se voyait comme un “découvreur dactrices”

Revenant une nouvelle fois sur cette scène pour le Daily Mail en 2007, lactrice confia que ses "larmes étaient vraies" dans le film. 

"Jen ai découvert tellement!". Et de citer pèle-mêle Dominique Sanda, quil a dirigée dans "Le Conformiste" (1970); Maria Schneider du sulfureux "Dernier Tango à Paris" (1972); Liv Tyler, dans "Beauté volée" (1996); ou Eva Green, qui a fait ses premiers pas devant sa caméra dans "The Dreamers" (2003), avant de faire carrière aux États-Unis.

"Je me suis sentie humiliée et pour être honnête, jai eu un peu limpression dêtre violée, par Marlon et Bertolucci. A la fin de la scène, Marlon nest pas venu me consoler ou sexcuser. Heureusement, une prise a suffi", disait-elle.

"Cela mimporte peu", déclarait le cinéaste italien quand on lui demandait la postérité à laquelle il aspirait: "Mes films existent et les gens peuvent les voir", disait-il, à loccasion de la présentation dune version en 3D de son chef-doeuvre "Le Dernier empereur", qui lui valut 9 Oscars dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur en 1988.

Des propos alors repris avec une certaine distance par les médias, préférant donner la parole au réalisateur plutôt quà lactrice, morte en février 2011.

Les séries, observait-il, "ont conservé le rythme que lon trouvait auparavant au cinéma. Aujourdhui, tous les films doivent être des films daction, même sils ne le sont pas". "Dans les séries, on peut encore voir des personnages regarder des choses ou contempler le ciel".

Apprenant son décès, Bertolucci avait affirmé quil aurait "voulu (lui) demander pardon".

Brûlot contre les institutions sociales, pied de nez auto-ironique à la cinéphilie grâce à un personnage de rat de cinémathèque incarné par Jean-Pierre Léaud, le film (nimbé dune lumière à la Francis Bacon) est habité par un Marlon Brando auquel il a demandé doublier les leçons de lActors Studio et dêtre lui-même. Brando confesse sa propre enfance, sa mère toujours saoule, son père brutal. Il hurle à la mort sous le métro parisien qui passe au-dessus de sa tête. Et déclare en fin de tournage :  Je ne ferai plus jamais un film comme celui-là. Je me suis senti violé du début à la fin. On a tout sorti de mes tripes.  Bertolucci est sonné lui aussi :  Pasolini avait raison. Le succès est un cauchemar.  Des propos qui apparaissent aujourdhui totalement déplacés au regard du traumatisme vécu durant le tournage par la comédienne Maria Schneider que lacteur et le cinéaste avaient entraînée sans la prévenir dans des séquences sexuelles brutales et humiliantes.

Mort de Bernardo Bertolucci, le dernier empereur du cinéma italien

"Maria maccusait davoir volé sa jeunesse et aujourdhui seulement je me demande si ce nétait pas en partie vrai. En réalité, elle était trop jeune pour pouvoir soutenir limpact qua eu limprévisible et brutal succès du film", avait-il suggéré.

Avec Marlon Brando en 1972. AFP Un malentendu commence à sinstaller entre ses admirateurs et Bertolucci, qui a décidé de s abandonner au principe de plaisir . On lui reproche des concessions au public, on le désigne comme un maniériste. Il se rassure :  Jai lu Roland Barthes et je sais que je peux penser au plaisir esthétique et au succès comme à quelque chose qui nest pas nécessairement de droite.  Mais le scandale sabat sur lui, en 1972, lorsquil signe Le Dernier Tango à Paris, expression dun fantasme : rencontrer une femme dans un appartement désert, lui faire lamour sans savoir qui elle est. Veuf dune femme qui vient de se suicider, le personnage principal est un Américain partagé entre pulsion de vie (lexpérience primitive dune étreinte physique, sans tabous ni notion de péché), et une pulsion de mort (qui attise brutalité de langage et jeux sexuels humiliants).

En décembre 2016, la polémique rebondit: une vidéo datant de 2013 resurgit sur les réseaux sociaux et fait scandale à Hollywood. 

"La séquence du beurre est une idée que jai eue avec Marlon la veille du tournage. Je voulais que Maria réagisse, quelle soit humiliée", y relate le réalisateur. "Je ne voulais pas quelle joue la rage, je voulais quelle ressente la rage et lhumiliation."

"A tous ceux qui ont aimé le film, vous êtes en train de regarder une jeune fille de 19 ans en train dêtre violée par un homme de 48 ans. Le réalisateur a planifié lagression. Ça me rend malade", avait notamment écrit sur Twitter lactrice Jessica Chastain, très engagée pour la cause des femmes et ensuite dans le mouvement Times up.

Le cinéaste italien Bernardo Bertolucci, réalisateur du Dernier empereur , est décédé

Aux Etats-Unis, la polémique enfle, moins dun an avant laffaire Weinstein et les révélations sur les agressions sexuelles subies par de nombreuses actrices. Poussant le réalisateur à se justifier une nouvelle fois, en jugeant notamment "désolant" la naïveté de ceux qui ne savent pas que "le sexe est (presque) toujours simulé au cinéma".

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CINEMA Pierre Lescure et Thierry Frémaux, président et délégué général du Festival de Cannes, rendent hommage ce lundi au réalisateur mort à 77 ans…

Fils de lillustre poète italien Attilio Bertolucci, il est né à Parme en 1941. Sa vocation pour lécriture naît dès ladolescence. Sa rencontre avec le réalisateur Pier Paolo Pasolini, dont il devient lassistant, le marque durablement. Il côtoie ensuite Sergio Leone, avec qui il travaille sur le scénario dIl était une fois dans lOuest. Bernardo Bertolucci réalise Prima della Rivoluzione en 1964. Cest lentrée du jeune réalisateur dans le monde du grand cinéma dauteur.

Il avait reçu en 2011, la première Palme dhonneur de lhistoire du Festival de Cannes. Bernardo Bertolucci, mort à lâge de 77 ans,  était un immense artiste et une personnalité hors norme qui a accompagné le cinéma italien du XXe siècle en devenant une figure majeure de son identité , ont réagi ce lundi Pierre Lescure et Thierry Frémaux, respectivement président et délégué général du Festival de Cannes, dans un communiqué à lAFP.

Le réalisateur italien  avait pour Cannes un lien indéfectible. Il est parti rejoindre son père Attilio, poète, et son frère Giuseppe, cinéaste, en laissant une trace ineffaçable dans lhistoire du cinéma , ont ajouté les deux Français.

Comment le viol du “Dernier tango à Paris” a entaché Bertolucci

Gilles Jacob, qui fut le président du Festival de Cannes de 2001 à 2014, a rendu un hommage sobre au cinéaste transalpin sur Twitter en faisant part de sa  tristesse infinie .

Bernardo Bertolucci avait présidé le jury du Festival de Cannes en 1990, année où la Palme dor fut décernée à David Lynch pour Sailor et Lula. En 1987, un prix spécial avait été remis au réalisateur italien pour Le dernier empereur lors de la cérémonie douverture au cours de laquelle les premières images du film ont été dévoilées.

Deux de ses films ont été en compétition sur la Croisette : La Tragédie dun homme ridicule en 1981 – qui avait valu le Prix dinterprétation masculine à Ugo Tognazzi – et Beauté volée en 1996. 1900 en 1976 et Moi et toi en 2012 furent projetés hors compétition.