A Paris, les Restos du cœur aident plus de 17000 personnes

A Paris, les Restos du cœur aident plus de 17000 personnes

Philanthropie : Les Français sont parmi les moins généreux au monde, malgré les incitations fiscales

Les visages de la précarité se diversifient. Lors de la 33e campagne, 38% des personnes aidées par les Restos étaient des mineurs, et 50% avaient moins de 25 ans ! Derrière ces chiffres alarmants, se trouvent des familles nombreuses, des familles monoparentales – dans lesquelles il s’agit, dans 90% des cas, d’une mère seule avec ses enfants – en situation de très grande précarité. Plus inacceptable encore, nombreuses sont les familles et les enfants vivant à la rue.

C’est pour répondre à la diversité des besoins et des différents public accueillis que les Restos redoublent d’efforts pour poursuivre leur action tout au long de l’année. Avec 130 millions de repas distribués l’année dernière, l’aide alimentaire reste un pilier de l’action mais constitue surtout une première marche vers un éventail bien plus large d’activités d’aide à la personne pour une réinsertion durable : soutien à la recherche d’emploi, accès aux droits, ateliers de français, Insertion par l’Activité Economique, hébergement d’urgence.

La stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et des jeunes comporte d’indéniables avancées, mais aussi beau- coup d’incertitudes et d’insuffisances. Si l’orientation générale est la bonne – lutter contre la reproduction de la pauvreté, en développant l’accompagnement et la prévention ainsi que mettre l’enfance au cœur de la réflexion –, et si de nombreuses préconisations des Restos ont été intégrées, il restera à la mettre en pratique et à y consacrer les moyens dédiés.

Elle comporte également quelques angles morts comme le rôle et la place du bénévolat dans la lutte contre l’exclusion (alors qu’un chantier sur l’engagement a été lancé il y a un an) ou encore l’accès à la culture, aux loisirs et aux vacances des plus démunis. Un volet est aussi absent : celui de la dimension européenne de la lutte contre la précarité.

Les bénévoles en pleine action à quelques heures de l'ouverture de la 34e campagne des Restos du coeur. – Vincent PEREIRA

1 personne sur 14 en Europe vit dans une situation de très grande pauvreté*. Depuis 1987, la France bénéficie de l’aide du Fonds Européen d’Aide aux plus Démunis (FEAD) qui fournit 1 repas sur 4 distribués par Les Restos. Le Fonds joue en ce moment son avenir dans le cadre des négociations budgétaires de la Commission Européenne alors qu’il s’agit du principal outil de lutte contre la pauvreté en Europe !

Les Restos en appellent donc à une mobilisation du Gouvernement français pour porter dans les négociations un vrai plan de lutte contre la pauvreté en Europe, permettant à la fois de répondre à l’urgence humanitaire et sociale et de favoriser l’inclusion sociale de tous.

La campagne des Restos du cœur souvre mardi. Philippe Escande, éditorialiste économique au  Monde , sintéresse, dans sa chronique, à la politique fiscale française en matière de dons.

La campagne des Restos du coeur commence mardi 27 novembre. ADRIEN MORLENT / AFP Ce mardi 27 novembre, à Nantes, Rumilly, Auch, Epernay, Bordeaux, Paris et dans toute la France, Les Restaurants du cœur ouvriront leurs portes à tous ceux qui en ont besoin pour une nouvelle saison. Trente-trois ans après sa création par Coluche, lassociation soulage les difficultés de lexistence de presque un million de personnes (860 000 en 2017), chaque hiver, en servant près de 130 millions de repas.

Une réussite qui repose sur la générosité de ses mécènes, le succès des concerts des Enfoirés et autres manifestations et, évidemment, sur les dons, soit 90 millions deuros par an, qui représentent près de la moitié des ressources des Restos. Les Français ouvrent leur cœur et leur portefeuille, comme ils le font avec le Téléthon et les associations en tout genre qui, en cette période de lannée, multiplient les appels à la générosité.

Subsiste cependant un étrange paradoxe : en dépit de ces mobilisations spectaculaires et des centaines de milliers de bénévoles qui sactivent dans lombre, les Français sont parmi les moins généreux au monde. Si lon se réfère aux déclarations fiscales, les seules sources comparables dans ce domaine, les Français donnent 0,3 % de leur revenu quand les Américains sont à 2,5 %, soit huit fois plus.

Cest le premier constat étonnant qui émerge du passionnant ouvrage des économistes ­Gabrielle Fack, Camille Landais et Alix Myczkowski (Biens publics, charité privée. Comment lEtat peut-il réguler le charity business ?, ­cahier Cepremap, éditions Rue dUlm, 104 pages, 9 euros). Une manière de sinterroger non seulement sur la mesure de la philanthropie mais aussi sur son rôle et la pertinence de lEtat à faire financer par le privé des missions dintérêt général.

De Bill Gates à Warren Buffet, en passant par Mark Zuckerberg, nous sommes désormais familiers de ces milliardaires doutre-Atlantique qui donnent des sommes considérables à des causes aussi diverses que la lutte contre le paludisme ou léducation des enfants défavorisés. Les dons des 1 % dAméricains les plus riches représentent chacun en moyenne 80 % du revenu moyen dun foyer américain. Pourtant, les incitations fiscales y sont moins généreuses quen France. Ici, lEtat a instauré un abattement fiscal ­allant jusquà 75 % du don, un record du monde.

Faut-il persévérer dans un soutien qui semble si peu efficace ? A lheure où les finances de lEtat sont contraintes, la charité privée peut prendre le relais et insuffler une dynamique entrepreneuriale qui fait défaut à linitiative publique. Sans lenthousiasme de Coluche puis de sa femme, Les Restos du cœur nexisteraient pas.