Violences à Paris : 237 personnes interpellées – LObs

Violences à Paris : 237 personnes interpellées - L\Obs

Revivez lacte 18 des “gilets jaunes”

+ Le restaurant “Le Fouquets” sur les Champs-Elysees incendié et vandalisé lors de lacte 18 des “gilets jaunes”, le 16 mars 2019. ((Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP)) Sur les Champs-Elysées, des casseurs ont systématiquement détruit des vitrines et pillé de nombreux magasins et restaurant, dont le “Le Fouquets”. Par LObs avec AFP

Partager sur Twitter Partager par mail Commenter cet article Boutiques et restaurants pillés et incendiés sur les Champs-Elysées, affrontements avec les forces de lordre: pour son acte 18, la mobilisation des “gilets jaunes” a été marquée par un très fort regain de violences à Paris.

Des Parisiens curieux, des touristes étrangers sous le choc, des gilets jaunes venus constater le résultat, le tout sur fond de bruit de perceuses et de verre que l’on piétine : samedi 16 mars 2019, quelques heures après la marée jaune et noir, les Champs-Elysées affichaient un visage bien surprenant.

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Au total 32.300 personnes se sont mobilisées dans toute la France selon lIntérieur, mais 230.766 selon le décompte des “gilets jaunes” posté sur Facebook. Beauvau avait dénombré 28.600 personnes la semaine précédente.

"Système pourri" et "institutions" à "réinventer" dun côté, valeur du travail et importance de l"effort" de lautre… Leurs positions étaient irréconciliables mais les échanges se sont prolongés sur ce bout de trottoir jonché de verre, où flottait encore lodeur de brûlé.

Quelque 237 personnes ont été interpellées, selon un bilan communiqué vers 19h30 samedi soir par le préfecture de police de Paris. Ces arrestations ont donné lieu à des gardes à vue pour 185 majeurs et 15 mineurs, a indiqué dimanche matin une source judiciaire. Concernant les majeurs, il sagit en très grande majorité dhommes âgés de moins de 40 ans. Dans la moitié des cas, les gardes à vue visent des personnes de moins de 30 ans, selon le décompte fourni par la source judiciaire. Quatre mois après le début du mouvement et au moment où sachève le grand débat national, cette journée était présentée comme un “ultimatum” au président Macron, qui est rentré dans la soirée, écourtant son séjour dans les Pyrénées où il était parti se “ressourcer” après sa tournée en Afrique.

Dans laprès-midi, cest le Premier ministre Edouard Philippe, venu soutenir les forces de lordre, qui était monté au créneau, estimant les violences “inacceptables”. “Ceux qui excusent ou qui encouragent” de tels actes sen rendent “complices”.

"On ne fait pas des révolutions avec des fleurs", renchérissait Delphine qui évoque déjà les prochaines journées de manifestation. "Je mets un +gilet jaune+ pour que mes enfants naient pas besoin de le faire", affirmait la frêle mère de famille.

Auparavant le ministre de lIntérieur Christophe Castaner avait promis “la plus grande fermeté” contre les “professionnels de la casse et du désordre” ayant “infiltré les cortèges”.

Sur le trottoir den face, le Fouquets, restaurant  dont la salle est inscrite à linventaire des monuments historiques, était ouvert au quatre vents samedi soir. A lintérieur des ouvriers saffairaient, protégés par une rangée de membres des forces de lordre.

Paris était annoncé comme lépicentre de la contestation et pendant plusieurs heures tout sest déroulé sur les Champs-Elysées. Autour de la place de lEtoile, vers laquelle 10.000 manifestants avaient convergé, la tension est rapidement montée à partir 11 heures.

Ramon Garcia, touriste mexicain de 29 ans, mitraillait lun des kiosques à journaux complètement carbonisés de lavenue: "Je suis très choqué. Je prends des photos pour montrer à la famille, aux amis. Personne ne va nous croire sinon".

Des manifestants, pour beaucoup vêtus de noir, capuche ou casque sur la tête, ont lancé pavés et pierres sur les forces de lordre, qui répliquaient par des tirs de gaz lacrymogènes. Sur les Champs-Elysées, des casseurs ont systématiquement détruit des vitrines et pillé de nombreux magasins.

Peu de voitures circulaient mais beaucoup de camions de la propreté de la ville de Paris dont les agents sactivent à nettoyer les trottoirs et les caniveaux qui regorgent de pavés, de boulons, déclats de verre et de déchets en tout genre.

Dans laprès-midi, ils ont mis le feu à plusieurs enseignes, notamment celle du restaurant Fouquets, avant une intervention des forces de lordre qui a ramené un calme relatif. Mais dautres commerces — du modeste kiosque à journaux au maroquinier Longchamp — ont subi le même sort. En tout, 80 enseignes ont été touchées, dont une vingtaine pillées ou victimes de départs dincendie, selon les commerçants. 

"Ah, ça fait bien plaisir de voir ça", lançait un jeune devant la célèbre brasserie dont lauvent rouge et or est en grande partie brûlé. "Mais vous navez pas le droit de dire ça!", soffusque lun des dîneurs.

Des scènes démeutes urbaines que lon navait plus vues depuis les mobilisations de début décembre, dont les images avaient fait le tour du monde. “Alors Macron, elle sessouffle la mobilisation?”, lançait une manifestante au plus fort des pillages.

Dans la soirée, deux officiers de police venus faire les premières constations chez le joaillier Mauboussin, ont dabord dû escalader les restes tranchants de la vitrine fracassée. A lintérieur, tous les présentoirs étaient vides.

En début daprès-midi, un incendie sétait déclaré dans un immeuble près des Champs-Elysées, faisant onze blessés légers. Une femme et son bébé “coincés au deuxième étage”, ont été sauvés de cet incendie, parti dune banque au rez-de-chaussée, ont indiqué les pompiers à lAFP.

La plaque commémorative dédiée à Xavier Jugelé, le policier tué lors dune attaque djihadiste en avril 2017 sur les Champs-Elysées, a également été dégradée suscitant émotion et écoeurement dans les rangs policiers. Dimanche midi, les dégradations dont un tag représentant un symbole anarchiste mais aussi deux autocollants étaient toujours visibles sur cette plaque accrochée à un lampadaire, sur les lieux où le fonctionnaire de police a été tué.

"Sil faut ça pour se faire entendre, cest malheureux, mais on le refera encore", expliquait Serge qui ne donnait que son prénom, et dénonçait le "mépris dun président qui va skier le jour dune grosse manif".

Daprès la préfecture de police, 17 membres des forces de lordre ont été blessées ainsi quun pompier et 42 manifestants. Un journaliste de lAFP a pu voir lun dentre eux, victime selon les street medics dun tir de flashball dans loeil.

Si les Champs-Elysées étaient lépicentre de la manifestation, un groupe de manifestants a remonté les grands boulevards vers la place de la République en fin daprès-midi, incendiant poubelles et scooters.

Un autre groupe sest rendu dans le quartier des Halles, où le Forum (vaste centre commercial) a été fermé, et une voiture de police incendiée devant le commissariat.

Quelque 5.000 membres des forces de lordre et six blindés de la gendarmerie avaient été déployés dans la capitale.

Dans les régions, 2.000 “gilets jaunes” ont manifesté à Montpellier, 800 à Marseille, et ils restaient mobilisés à Bordeaux. A Toulouse, autre place forte des “gilets jaunes”, plusieurs milliers de personnes ont défilé avec des heurts sporadiques aux forces de lordre.

Emmanuel Macron a affirmé samedi soir vouloir prendre “des décisions fortes, complémentaires” pour que les violences qui ont émaillé le 18e samedi de mobilisation des gilets jaunes à Paris “nadviennent plus”, lors dun point de situation à la cellule de crise du ministère de lIntérieur.

“Beaucoup de choses ont été faites depuis novembre mais très clairement, la journée daujourdhui montre que sur ces sujets-là et ces cas-là, nous ny sommes pas”, a ajouté le président rentré plus tôt que prévu de son week-end de ski. Il a estimé que “tous ceux qui étaient là se sont rendus complices” du saccage des Champs-Elysées.

Video: Le Fouquets vandalisé sur les Champs-Elysées lors de lActe 18 des Gilets jaunes

“Ce qui sest passé” sur les Champs-Elysées, “ça ne sappelle plus une manifestation”, a-t-il estimé lors de cette réunion en compagnie du ministre de lIntérieur, Christophe Castaner, du Premier ministre, Edouard Philippe, et la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet.

“Nous avons aujourdhui des gens qui essayent par tous les moyens (…) dabîmer la République pour casser, pour détruire au risque de tuer. On la encore vu avec lincendie qui sest produit ce matin”, a souligné Emmanuel Macron.

“Je veux quon analyse les choses, et que, dans les meilleurs délais, on puisse prendre des décisions fortes, complémentaires, pour que cela nadvienne plus”, a-t-il affirmé. “Cétait lobjectif de la réunion de ce soir qui sera suivi par des propositions faites par les ministre et le Premier ministre”, a-t-il dit, précisant être attaché “au droit constitutionnel”.

Tout au long de la journée, des scènes de violences ont éclaté sur le haut des Champs Elysées où plusieurs commerces et restaurants comme le célèbre Fouquets ont été incendiés, vandalisés, ou pillés. Au total 32.300 personnes se sont mobilisées dans toute la France selon lIntérieur, mais 230.766 selon le décompte des “gilets jaunes” posté sur Facebook. Dans la soirée, le bilan des interpellations est monté à 237 personnes dont 144 se trouvaient en garde à vue à 21 heures.