Gilets jaunes : Castaner et Le Maire convoqués mardi au Sénat après les violences – Le Monde

 Gilets jaunes  : Castaner et Le Maire convoqués mardi au Sénat après les violences - Le Monde

EN DIRECT – Saccages sur les Champs-Elysées : Castaner et Le Maire convoqués mardi au Sénat après les violences lors de l”acte 18″ – LCI

Lopposition sinterroge sur le laxisme sécuritaire voire le laisser-faire de lexécutif face aux casseurs professionnels qui ont saccagé une partie des Champs-Elysées samedi.

Quatre mois après le début du mouvement des  gilets jaunes  et au moment où sachève le grand débat national, lacte XVII de la mobilisation met de nouveau Emmanuel Macron sous pression. La manifestation du samedi 16 mars a été marquée par un regain de violences à Paris, forçant le président décourter son séjour dans les Pyrénées.

“Beaucoup de choses ont été faites depuis novembre”, a souligné le président, rentré plus tôt que prévu de son week-end de ski. “Mais très clairement”, la journée de samedi “montre que sur ce sujet-là et pour ces cas-là, nous ny sommes pas”. Devant la presse, il a estimé que “tous ceux qui étaient là se sont rendus complices” du saccage dune partie des Champs-Elysées.      “Je veux quon analyse les choses, et que, dans les meilleurs délais, on puisse prendre des décisions fortes, complémentaires, pour que cela nadvienne plus”, a-t-il affirmé, ajoutant que la réunion de samedi soir serait “suivie par des propositions faites par les ministres et le Premier ministre”.

Une réunion de plusieurs membres du gouvernement, autour du premier ministre Edouard Philippe, a débuté dimanche peu après 17 h 30. Elle devait évoquer les  décisions fortes  promises la veille par Emmanuel Macron, même si aucune annonce nest attendue dans limmédiat.

Le Premier ministre Edouard Philippe réunit ce dimanche à 17H30 à Matignon le ministre de lIntérieur Christophe Castaner et le secrétaire dEtat Laurent Nuñez pour évoquer les “décisions fortes” demandées par Emmanuel Macron au lendemain des violences qui ont émaillé la 18ème mobilisation des “gilets jaunes” samedi à Paris.      Lobjectif de la réunion “est de travailler aux décisions annoncées par le président de la République hier”, a indiqué Matignon.

Lopposition sinterrogeait encore dimanche sur  le laxisme sécuritaire  voire le laisser-faire de lexécutif face aux  casseurs professionnels  qui ont saccagé une partie des Champs-Elysées, le gouvernement dénonçant une  polémique  inutile et  de la petite politique politicienne .

Une nouvelle fois, Paris a été le théâtre de scènes de violences. De nombreux débordements ont émaillé lacte 18 des “gilets jaunes” dans les rues de la capitale, ce samedi 16 mars.Après avoir écourté son séjour dans les Pyrénées, Emmanuel Macron a affirmé vouloir prendre “des décisions fortes, complémentaires” pour que ces violences “nadviennent plus”, lors dun point de situation à la cellule de crise du ministère de lIntérieur. “Beaucoup de choses ont été faites depuis novembre mais très clairement, la journée daujourdhui montre que sur ces sujets-là et ces cas-là, nous ny sommes pas”, a ajouté le chef de lÉtat, estimant que “tous ceux qui étaient là se sont rendus complices” du saccage des Champs-Élysées.

Les ministres de lintérieur Christophe Castaner et de lEconomie Bruno Le Maire seront auditionnés mardi par les commissions des Lois et des Affaires économiques du Sénat, pour sexpliquer sur les violences  dune réelle gravité  qui ont émaillé la mobilisation de samedi.

Quelque 237 personnes ont été interpellées, selon un bilan communiqué vers 19h30 par le préfecture de police de Paris. Le parquet de Paris a fait état de 144 personnes en garde à vue. Quelque 32.300 personnes ont manifesté samedi dans toute la France dont 10.000 à Paris, à loccasion de lacte 18 des “gilets jaunes”, selon des chiffres du ministère de lIntérieur régulièrement contestés par les participants. Des chiffres malgré tout en hausse par rapport à lacte 17, qui avait mobilisé 28.600 personnes dont 3.000 à Paris.  

Les deux ministres seront entendus par les deux commissions réunies  sur les moyens mis en place pour faire face à ces troubles et sur les conséquences de ces nouvelles dégradations sur la situation du commerce et lattractivité économique de notre pays , a précisé dimanche, dans un communiqué, le Sénat dominé par lopposition de droite.

Paris était annoncé comme lépicentre de la contestation et pendant plusieurs heures tout sest déroulé sur la célèbre avenue. Autour de la place de lÉtoile, vers laquelle 10.000 manifestants avaient convergé, la tension est rapidement montée en fin de matinée avant que de nombreux incendies ne soient déclenchés. 

La commission des Lois et la commission des Affaires économiques, présidées respectivement par Philippe Bas (LR) et Sophie Primas (LR), procéderont chacune  à des auditions complémentaires , dont la liste sera publiée  dans les prochains jours . Le Sénat affirme haut et fort sa mission de  contrôle  du gouvernement, face à une Assemblée nationale massivement dominée par la majorité présidentielle.

Dans un entretien au Parisien, la maire de Paris Anne Hidalgo se dit  extrêmement choquée par ces violences  :  Jai assisté à des scènes incroyables, jai vu le nombre de boutiques dévastées… Ce qui sest passé est dune violence inouïe. Je pense aux forces de lordre, aux pompiers, aux citoyens. 

Elle souhaite rencontrer le premier ministre :  Jattends du gouvernement des explications, des réponses, qui nexcuseront en rien ces violences. Mais il faut sortir de ce cauchemar. Cette fois, ça suffit. (…) Mon sentiment, cest quon devrait effectivement être capables de maîtriser une situation comme celle que nous venons de vivre. (…) Nous sommes au cœur dune crise sociale et politique majeure. Ces fractures ne peuvent pas durer. On ne peut plus continuer comme ça ! 

Critiqué par lopposition qui dénonce  lincompétence  de lexécutif, Emmanuel Macron a promis samedi soir des  décisions fortes  en réponse aux dégâts commis sur les Champs-Elysées.

Lavenue des Champs-Elysées nest pas le seul lieu parisien à avoir été malmené lors de la mobilisation des Gilets jaunes samedi. En fin daprès-midi, le quartier des Halles, épicentre commercial de Paris très fréquenté le week-end, a aussi été touché par des groupes de casseurs.

 Nous avons aujourdhui des gens qui essayent par tous les moyens (…) dabîmer la République pour casser, pour détruire au risque de tuer , a affirmé le chef de lEtat, venu à la cellule de crise du ministère de lintérieur pour faire le point sur ces nouvelles scènes de violence rappelant des épisodes précédents du mouvement social.  Beaucoup de choses ont été faites depuis novembre mais très clairement la journée daujourdhui montre que sur ces sujets-là et ces cas-là, nous ny sommes pas , a-t-il admis.

Nous (NDLR : le personnel du magasin), on sest concentré sur lencadrement des gens au centre de la boutique, pour les protéger. Les responsables ont dû gérer lavant avec les casseurs. Ils ont réussi à les repousser à coups de jets de neige dextincteur , poursuit-elle.

Samedi soir, le chef des Républicains (LR), Laurent Wauquiez, a fustigé  un samedi de plus de violences quon laisse dégénérer au cœur de notre capitale. Jusquà quand @EmmanuelMacron, @EPhilippePM ? Il est temps de réagir. Il est temps dagir , a-t-il tweeté.

Les forces de lordre sont rapidement arrivées sur place et ont pu maîtriser la situation, précise-t-elle également. Au final, seules les vitrines du magasin et un écran publicitaire ont été détruits. On na pas trop eu de pertes, on a eu de la chance , conclut-elle.

Eric Ciotti a de son côté critiqué la volonté du président de la République de demander au Conseil constitutionnel de se prononcer sur la loi anticasseurs. François-Xavier Bellamy, tête de liste LR pour les élections européennes, a appelé à  mettre fin à limpuissance de lEtat .

Tout autour, les boutiques ont dû se prémunir face au danger, comme le témoigne une vendeuse dune boutique de baskets du quartier : On a eu un gros mouvement de foule vers 18 heures, certains manifestants étaient venus armés dun marteau , raconte-t-elle au Parisien.

Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France estime que les forces de lordre auraient du davantage  faire usage de la force  :

 Ça ne sarrêtera pas comme ça. Le gouvernement ne doit pas avoir peur de faire usage de la force et de la force du droit. Pourquoi les forces de lordre ne sont pas intervenues, quelles consignes ont été données ? 

Le Forum des Halles a même dû être temporairement évacué. Une voiture du commissariat de police, située tout près de la sortie du forum, a été incendiée, comme le montrent ces images filmées par un journaliste indépendant.

 Personne ne peut croire que les moyens nécessaires à la sécurité ont été mis. Si la loi anticasseurs, votée au Parlement, nétait pas bloquée par @EmmanuelMacron on serait plus efficace ! , a fait valoir le centriste (UDI) Jean-Christophe Lagarde.

À Châtelet, laccès au Forum des Halles est interdit au public après une incursion de Gilets Jaunes dans le centre commercial. #GiletsJaunes #Paris pic.twitter.com/UnuPVZKp5q

 Les black blocs détruisent, brûlent, violentent toujours en toute impunité , a relevé Marine Le Pen sur Twitter, en publiant une photo… du 1er mai 2018.

A gauche, Olivier Faure, premier secrétaire du PS sest interrogé  sur la stratégie du gouvernement, on voit bien quils sont entrés dans une logique sécuritaire et que ça leur permet desquiver un autre débat, le débat social .

Les équipes de nettoyage étaient toujours à loeuvre dimanche matin sur les Champs-Élysées, la mythique avenue parisienne dévastée la veille lors de la dix-huitième manifestation sociale des "Gilets jaunes" auxquels sétaient mêlés les vêtements noirs des casseurs.

Magasins de luxe pillés, leurs vitrines éclatées, kiosques à journaux détruits, immeuble noirci par un incendie, restaurant partiellement brûlé, façades taguées…  les dégâts sannoncent considérables.

Et dès les événements retombés, samedi soir, des Parisiens curieux, des touristes étrangers sous le choc, des "gilets jaunes" sont venus constater leur étendue, sur fond de bruit de perceuses et de verre que lon piétine.

Un groupe venu de Toulouse, dans le sud de la France, sarrêtait méthodiquement devant chaque vitrine, chaque mur, pour faire une photo et "garder un souvenir".

Ils étaient là dans laprès-midi pour manifester comme 10.000 autres "gilets jaunes" pour cet acte 18 qui a donné lieu à de violents heurts avec les forces de lordre.

"Sil faut ça pour se faire entendre, cest malheureux, mais on le refera encore", expliquait Serge qui ne donnait que son prénom, et dénonçait le "mépris dun président qui va skier le jour dune grosse manif".

"On ne fait pas des révolutions avec des fleurs", renchérissait Delphine qui évoque déjà les prochaines journées de manifestation. "Je mets un +gilet jaune+ pour que mes enfants naient pas besoin de le faire", affirmait la frêle mère de famille.

Dans les boutiques, il a fallu balayer, mettre de côté ce qui pouvait être sauvé, placer de grandes planches de bois en lieu et place des vitrines.

Dans la soirée, deux officiers de police venus faire les premières constations chez le joaillier Mauboussin, ont dabord dû escalader les restes tranchants de la vitrine fracassée. A lintérieur, tous les présentoirs étaient vides.

Ramon Garcia, touriste mexicain de 29 ans, mitraillait lun des kiosques à journaux complètement carbonisés de lavenue: "Je suis très choqué. Je prends des photos pour montrer à la famille, aux amis. Personne ne va nous croire sinon".

Sur la chaussée, des dizaines des fourgons des forces de lordre étaient stationnés, éclairant toute lavenue du bleu de leurs gyrophares. 

Peu de voitures circulaient mais beaucoup de camions de la propreté de la ville de Paris dont les agents sactivent à nettoyer les trottoirs et les caniveaux qui regorgent de pavés, de boulons, déclats de verre et de déchets en tout genre.

Malgré les samedis qui senchaînent à nettoyer après les manifestations, un employé de la ville de Paris, qui souhaite rester anonyme, confie comprendre la "colère de ceux qui ont tout cassé".

"Tout le monde souffre, la France va mal. Nous, on survit tout juste alors quil y en a qui sen mettent plein les poches", raconte-t-il tout en continuant de balayer des débris calcinés.

Sur le trottoir den face, le Fouquets, restaurant  dont la salle est inscrite à linventaire des monuments historiques, était ouvert au quatre vents samedi soir. A lintérieur des ouvriers saffairaient, protégés par une rangée de membres des forces de lordre.

Et devant, un grand débat était engagé entre plusieurs jeunes à longues barbes et un groupe de Parisiens sortant dun restaurant à quelques rues de là.

"Ah, ça fait bien plaisir de voir ça", lançait un jeune devant la célèbre brasserie dont lauvent rouge et or est en grande partie brûlé. "Mais vous navez pas le droit de dire ça!", soffusque lun des dîneurs.

"Système pourri" et "institutions" à "réinventer" dun côté, valeur du travail et importance de l"effort" de lautre… Leurs positions étaient irréconciliables mais les échanges se sont prolongés sur ce bout de trottoir jonché de verre, où flottait encore lodeur de brûlé.