A Paris, en moyenne 1 personne sur 77 croisées dans les rues est sans logement personnel – Libération

A Paris, en moyenne 1 personne sur 77 croisées dans les rues est sans logement personnel - Libération

Toujours plus de sans-abri à Paris, en dépit de nouvelles places daccueil

Les résultats détaillés du deuxième recensement des personnes dormant dehors dans la capitale apportent des éléments dinformation nouveaux par rapport au précédent comptage réalisé lan dernier.

Cette année, selon des chiffres définitifs publiés lundi par la ville de Paris, 3 641 personnes sans-abri ont été rencontrées par les recenseurs qui ont mené cette opération lors de la nuit du 7 au 8 février, baptisée nuit de la solidarité. Cela représente une hausse de 600 cas par rapport à lan dernier (3035 sans-abri comptabilisées en 2018) mais le périmètre du comptage a été élargi et affiné. Ainsi, les talus du périphérique où de nombreux sans domicile dorment dans des tentes ou des cabanes ont été investigués cette année.

3 641 sans-abri ont été recensés lors de la deuxième édition de la nuit de la solidarité le 7 février 2019, selon la mairie de Paris, soit 689 personnes de plus quen 2018. 

Dans le détail : 2 246 sans-abri ont été recensés dans les rues, 298 dans les 7 gares SNCF parisiennes, 291 dans des stations de métro, 99 dans les urgences hospitalières, 639 dans des lieux spécifiques (bois de Boulogne, bois de Vincennes, colline du crack aux abords du périphérique à la Porte de la Chapelle…) et 58 dans divers endroits (parkings souterrains, halls dimmeubles HLM, parcs et jardins…). Il convient évidemment de préciser que ces 3 641 sans-abri recensés dans les rues ou divers lieux publics (gares, métro…) ne représentent quune toute petite partie des personnes sans abri de la capitale.

Paris : 3 641 sans-abri recensés dans les rues de la capitale

Car dans la nuit où a été réalisé le comptage, pas moins de 24 443 personnes dépourvues de logement dormaient dans diverses structures daccueil : centres dhébergement durgence et dinsertion ouverts à lannée, chambres dhôtel mobilisées par les services sociaux, centres daccueil pour les demandeurs dasile (Cada), ou des locaux ouverts à titre provisoire pendant lhiver, notamment des gymnases convertis en dortoirs. Si lon additionne les personnes dormant dehors et celles hébergées, on arrive au chiffre de 28 084 personnes dépourvues de logement personnel à la date du 7-8 février dans la capitale. Ce qui représente tout de même un peu plus de 1,3% de la population parisienne (2,14 millions dhabitants). Autrement dit, en moyenne, une personne sur 77 croisées dans les rues de Paris na pas de domicile.

Lintérêt de ce type de recensement – qui sinspire de ce qui a été fait à New York par Michael Bloomberg, maire de la ville de 2002 à 2013 – est de fournir des données fiables aux décideurs et dajuster leurs mesures à la situation. Cest un outil de pilotage des politiques publiques, estime Dominique Versini, ancienne ministre, aujourdhui adjointe à la maire de Paris, en charge de la Solidarité, de la lutte contre lexclusion et des réfugiés. Dailleurs, dautres villes – Metz, Rennes, Grenoble – ont lancé des opérations similaires pour mieux connaître la réalité du sans-abrisme sur leurs territoires. Lan prochain nous referons une nuit de la solidarité, en même temps que dautres grandes villes européennes, a indiqué vendredi après-midi lélue parisienne lors dun échange avec la presse.

Lidée est de partager des connaissances et des expériences en matière de lutte contre la grande exclusion, un phénomène qui touche de nombreuses grandes métropoles. Lafflux de réfugiés et de migrants fuyant les conflits armés, la répression politique ou les risques de famines pèse beaucoup dans les chiffres du recensement de 2019, souligne Dominique Versini. Ainsi, lors de la nuit de la solidarité, 749 sans-abri sur les 2 246 ont été décomptés dans les rues des seuls XVIIIe et XIXe arrondissements ou lon trouve de nombreux lieux dancrage de migrants.

Le recensement réalisé lan dernier avait révélé que 12% des sans-abri étaient des femmes. Un chiffre qui avait surpris, car jusque-là, des recensements réalisés par lInsee évaluaient à 2% leur part au sein de la population des sans-abri. Cette statistique a amené la ville de Paris à mettre laccent sur la création de structures dhébergement exclusivement dédiées aux femmes. Trois ont été créés : un au sein de lhôtel de ville de Paris, un autre à la mairie du Ve arrondissement, et un dernier dans un local de lArmée du salut dans le XIIIe arrondissement.

Au vu des chiffres de 2019 qui témoignent dun accroissement du nombre de personnes vivant dehors, la ville va accroître son effort pour créer des lieux dhébergement : 263 places vont être créées dans un bâtiment boulevard Jourdan (Paris XIVe), et une halte de nuit dune vingtaine de places devrait être créée dans chaque mairie darrondissement. Toujours pour cette année, la mairie de Paris annonce la création dun lieu unique de gestion de courrier pour les sans-abri, incontournable pour accéder à des droits (demande de RSA…) ou de garder un contact avec des amis ou la famille. Une maison des réfugiés va aussi être ouverte, dans la vocation est dorienter et dinformer les migrants.

Cependant, Dominique Versini souligne que pour faire face aux besoins, le dispositif dhébergement doit être pensé à léchelle toute la métropole. Pour la mairie de Paris, la métropole [doit] sengager à développer loffre [dhébergement] et veiller à ce quelle soit répartie sur tout le territoire. Selon la ville, la capitale abrite à elle seule près du tiers de toutes les structures dhébergement de lIle-de-France qui compte 12 millions dhabitants. Sous entendu, toutes les communes de la région parisienne ne participent pas à laccueil des plus démunis.

Au cours de la deuxième Nuit de la solidarité, 3 641 sans-abri ont été recensés dans la capitale. Parmi eux figurent 12 % de femmes.

Chantal et François, deux personnes sans-abri, dans les rues de la capitale, en 2009. FRED DUFOUR / AFP Ce sont 3 641 sans-abri qui ont été recensés dans la capitale, lors de la deuxième édition de la Nuit de la solidarité, organisée par la Ville de Paris, du 7 au 8 février. Soit 619 personnes de plus quen 2018 qui dorment à la rue, alors que trois mille nouvelles places dhébergement ont été ouvertes. Cest ce que démontre lanalyse des résultats de cette opération, annoncés par la Mairie de Paris, mardi 18 mars.

La demande ne faiblit donc pas, saturant le numéro durgence du 115 et les 24 440 places daccueil existantes. Certes, en 2019, le secteur dinvestigation a été élargi aux parcs et aux jardins, aux talus le long du périphérique, à certains parkings ou halls dimmeubles. Mais à périmètre constant, ce sont tout de même deux cents personnes de plus qui ont été recensées par rapport à lan dernier.

 Toutes les grandes métropoles du monde sont confrontées à ce flux incessant de nouveaux arrivants, de provinciaux ou de migrants , reconnaît Dominique Versini, adjointe à la solidarité de la maire de Paris. Comme en 2018, 35 % des personnes rencontrées sont arrivées dans la capitale sans solution dhébergement.

En février, cinquante associations et deux cents bénévoles se sont mobilisés pour quadriller les rues de la capitale, mais aussi les gares, les stations de métro ou les urgences des hôpitaux. Ils ont aussi interrogé, chaque fois que cétait possible, les personnes rencontrées, livrant ainsi de précieux éléments qualitatifs sur les besoins de ce public. Parmi celui-ci, peu de familles (3 %), mais une forte majorité de personnes isolées (65 %), ainsi que 12 % de femmes.

 Cette présence des femmes qui, bien souvent, se cachent dans les recoins de la ville et ne veulent pas non plus aller dans des centres dhébergement mixtes, cest lun des enseignements tirés de la première édition, souligne Mme Versini. Cest pourquoi, dès 2018, nous avons ouvert trois lieux qui leur sont dédiés. Et lon continuera. On souhaite que chaque mairie accueille les sans-abri, les élus doivent simpliquer. 

La municipalité étoffe le maillage des lieux dhygiène, des bains-douches avec des accès réservés aux femmes, et semploie à créer une douzaine de restaurants solidaires et des cuisines partagées pour ceux qui logent à lhôtel. La ville ouvrira aussi un lieu de gestion du courrier pour domicilier trois fois plus de sans-abri, qui ont besoin dune adresse. Nombre de participants au comptage veulent aussi aller plus loin et simpliquer davantage.  Nous allons ouvrir un lieu de formation et dinformation, de mise en contact avec les associations, qui voient ainsi larrivée dune nouvelle génération de bénévoles, avec de jeunes actifs âgés de 30 à 50 ans , se félicite Dominique Versini.

Le principal point noir reste le faible taux de réponse du 115 (63 % des sans-abri ne lappellent jamais) et la saturation des centres dhébergement.  Il faut que les demandes comme les capacités daccueil, qui doivent être développées, soient gérées au niveau de la métropole. Cest à lEtat, dont cest la compétence, de mettre cela en place , exhorte encore ladjointe à la Mairie de Paris.

En 2020, la troisième édition devrait avoir lieu, la même nuit, dans nombre de villes françaises – Metz, Grenoble et Rennes lont déjà fait cette année – mais aussi européennes, Bruxelles, Athènes, Barcelone (peut-être Berlin) ayant prévu de tenter lexpérience.

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