Hôpitaux de Paris : pourquoi les services durgence sont en grève depuis dimanche soir ? – LCI – LCI

Hôpitaux de Paris : pourquoi les services d\urgence sont en grève depuis dimanche soir ? - LCI - LCI

Hôpitaux de Paris: grève illimitée dans plusieurs services durgence

Pour dénoncer des "conditions de travail devenues insupportables", une grève illimitée était en cours lundi dans plusieurs services durgence de lAssistance publique – Hôpitaux de Paris à lappel de la CGT et SUD, qui espèrent voir le mouvement se propager dans la capitale et au-delà.

Le taux de grévistes sera connu dans laprès-midi, selon la direction de lAP-HP, contactée par lAFP.

Trois syndicats ont appelé à une grève dans les services daccueil des urgences parisiennes à partir de ce dimanche soir à minuit. Selon nos informations, 5 services sont pour linstant concernés sur les 25 existant.

Grève illimitée aux urgences: Comment améliorer la sécurité des soignants?

Patients de plus en plus nombreux, parfois violents, effectifs insuffisants, salaires trop bas… les raisons de la colère ne sont pas nouvelles. 

Mais la série dagressions survenue ces derniers mois à lhôpital Saint-Antoine a poussé ses agents à entamer une grève mi-mars, à laquelle viennent de se joindre quatre autres établissements parisiens (Lariboisière, Pitié-Salpêtrière, Saint-Louis, Tenon).

Ils devraient être suivis par "Bicêtre, Cochin, Robert-Debré et lHEGP (Hôpital Européen Georges-Pompidou", où des préavis doivent être déposés lundi, a expliqué à lAFP lurgentiste et cégétiste Christophe Prudhomme, insatisfait à lissue dune réunion de négociation avec la direction du CHU francilien.

Ses "propositions sont très en deçà de ce quon demande", a expliqué le médecin, qui réclame notamment un renforcement des effectifs et des augmentations de salaires de 300 euros.

Dès la semaine dernière, le directeur général de lAP-HP, Martin Hirsch, avait tenté de désamorcer la fronde en promettant notamment 45 postes supplémentaires à répartir selon les besoin des services. "Mais il manque 700 postes pour assurer la sécurité des patients", sindigne Christophe Prudhomme, sappuyant sur un référentiel établi par lassociation Samu-Urgences de France. 

"Entre 45 et 700, il y a quand même une marge de négociation", a abondé Cathy le Gac (SUD).

Concernant les rémunérations aussi, les syndicats restent sur leur faim. "Une prime dinsalubrité et de dangerosité pourrait éventuellement être proposée aux agents, mais elle atteint au maximum 90 euros bruts par mois, cest insuffisant", a estimé le Dr Prudhomme, par ailleurs conscient que les rémunérations dans la fonction publique hospitalière dépendent de décisions ministérielles, comme la fait valoir Martin Hirsch.

Seules les questions sécuritaires ont fait lobjet de "quelques avancées", avec la promesse de maintenir des "vigiles 24h sur 24" aux urgences, selon M. Prudhomme, qui attend désormais des "propositions écrites" de la direction pour convenir dune nouvelle réunion.

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MOBILISATION Depuis dimanche minuit, six services d'urgence de l'AP-HP se sont mis en grève suite à des agressions, un mouvement qui pourrait s'étendre

La colère gronde depuis des mois, mais cette fois, ils espèrent se faire entendre. Depuis dimanche minuit, une partie des professionnels paramédicaux de six services durgences de lAssistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) se sont lancés dans une grève illimitée. Pas de panique, laccueil et la prise de charge resteront assurés. Mais cette mobilisation pourrait faire boule de neige.

Un mouvement de grève des personnels paramédicaux aux urgences de lhôpital Saint-Antoine entamé mi-mars après une série dagressions, a fait tache dhuile. Désormais, cinq autres services durgences sont touchés : Lariboisière, la Pitié-Salpêtrière, Saint-Louis, Tenon et Cochin, selon nos informations. Solidaire, Patrick Pelloux, urgentiste et président de l Association des médecins urgentistes de France (Amuf) nous assure que les médecins de leur côté vont  réfléchir cette semaine à rejoindre le mouvement lors dune assemblée générale .

Et lextension pourrait aussi être géographique.  La crise concerne tous les services durgence, nous souhaitons que la mobilisation devienne nationale , témoigne Nicolas, aide-soignant à Tenon et membre du syndicat Sud-Santé. Et déjà, dautres services que les urgences pourraient venir grossir les rangs des mécontents. Chose rare, huit syndicats de lAP-HP ont déposé un préavis de grève de jeudi 18 avril 21h à samedi 7h, critiquant le plan déconomies et appelant à  de véritables négociations  sur lemploi, les salaires et les restructurations en cours.

Appel à la grève des 8 organisations syndicales de l@APHP le 19 avril pour lensemble des 72.000 agents des 37 #hopitaux face aux fermetures de services et aux suppressions de postesSOS #ONDAM #hopital #burnout #urgences@SouffrTravail @infirmierSNPI #souffranceInfirmiere pic.twitter.com/ispioW3J9W

 Il y a de grandes chances pour que ce mouvement prenne des proportions importantes , assure Christophe Prudhomme, médecin urgentiste en Seine-Saint-Denis et membre de la CGT. Si ces infirmiers, aides-soignants, brancardiers ont décidé de débrayer, cest en grande partie pour dénoncer les problèmes de sécurité.

Une insécurité quotidienne et insupportable pour ces soignants.  Lagressivité, cest tellement banal, quon ne fait plus de signalement, sinon on y passerait nos journées, se désole Nicolas, aide-soignant à Tenon (AP-HP). Une fois, je me suis caché en radiologie parce quun patient voulait savoir à quelle heure je terminais pour me découper en petits morceaux.  Une violence amplifiée par des délais dattente à rallonge, parfois la douleur et langoisse, mais aussi le profil de certains patients, les alcoolisations massives et certains qui souffrent de troubles psychiatriques.  Les urgences psychiatriques ne suffisent plus, donc les patients sont dirigés vers les urgences générales , ajoute Olivier Youinou, co-secrétaire de Sud-Santé. Il suffit de passer une tête aux urgences pour voir que cest la cour des miracles. 

 Cest une sorte de miroir grossissant de la société, résume Nicolas. Et il faut parfois contentionner, sédater des patients psychotiques, sachant que notre profession est essentiellement féminine et que les agents de sécurité ne sont pas là 24h sur 24 et nont pas le droit de toucher les patients, on est un peu livrés à nous-mêmes… 

De lavis de nombreux grévistes, la violence est allée en samplifiant à mesure que les délais dattente ont explosé, liés au manque de personnels. Voilà pourquoi ils revendiquent des ouvertures de postes pour faire face à lafflux exponentiel de patients.  Il faut définir un référentiel commun pour savoir que pour tant de patients égale tant dinfirmières, applicable partout et opposable, explique Olivier Youinou. LAssociation Samu urgences de France a défini des recommandations, on est très en dessous. Sur Saint-Antoine par exemple, on préconise 78 infirmiers alors quils sont 64 et 69 aides-soignants alors quils sont 48. 

Martin Hirsch, à la tête de lAP-HP, a déjà annoncé dans un courrier du 9 avril quil prévoyait de créer 45 postes supplémentaires.  Cest insuffisant, critique le délégué syndical. Il a constaté quil y avait une augmentation de lactivité sur les trois premiers mois de 2019 par rapport à 2018, sauf que cela fait des années que les effectifs sont bloqués alors que le nombre de passages augmente !  Et Olivier Youinou despérer que lors de la réunion qui doit se tenir ce lundi à 9h30, la direction proposera une  copie corrigée .

Etant donné les conditions de travail dégradées, ces paramédicaux mécontents demandent aussi une indemnité forfaitaire de risque de 300 euros par mois. Une exigence que la direction ne semble pas prête à accepter.  Une chose est de recruter, une autre est de garder ces professionnels de santé : il y a 30 % en moyenne de turn-over , résume Olivier Youinou.

Au-delà du manque de moyens humains, plusieurs pistes sont avancées par les syndicalistes, mais aussi par lAP-HP qui assure avoir amélioré, lors de travaux, les mesures de sécurité, par exemple avec plus de caméras et de contrôles aux entrées. Mais installer des policiers ou des portails de sécurité à chaque porte ne convainc pas.  On est là pour soigner tout le monde , rappelle Nicolas, aide-soignant. Pour éviter de décourager les drogués, SDF ou sans-papiers de venir se faire soigner, certains misent plutôt sur la présence de médiateurs sociaux.

 Renvoyer un SDF dans la rue sans se préoccuper de savoir sil va manger ou prendre son traitement, ce nest pas possible, tance Christophe Prudhomme. Mais ce quil faudrait surtout, cest des locaux adaptés, donc assez grands, avec des zones sécurisées pour les patients potentiellement dangereux, des agents de sécurité qui appartiennent au personnel hospitalier, ce qui nest pas le cas aujourdhui, ils ne sont donc pas formés de façon adéquate. Et surtout il faut arrêter de fermer des lits car nous passons trop de temps à chercher où hospitaliser certains patients. 

Et si malgré tout, un patient devient violent ?  Linfirmière agressée à Saint Antoine, cétait une fois dans le box, elle a appuyé sur le bouton pour alerter tout le monde, mais on ne savait pas où, témoigne le co-secrétaire de Sud-Santé. Il faut quon arrive à un système qui puisse géolocaliser les personnes en difficulté.  Pour certains soignants, il faut aussi passer au zéro tolérance face à des patients impatients et virulents. Et donc encourager les soignants insultés et agressés à parler et porter plainte.  La violence, limpunité, ça suffit ! , tonne Patrick Pelloux. Problème : ces agents ne se sentent pas forcément soutenus par leur hiérarchie.  Cette infirmière sest retrouvée seule à porter plainte parce quil ny avait pas eu de dégradations matérielles, déplore Olivier Youinou. Ladministration doit davantage accompagner les agents dans leurs démarches administratives et judiciaires. Et proposer une prise en charge psychologique en post-crise.