Attentat à la Préfecture de police de Paris : Emmanuel Macron rend hommage aux victimes – Le Monde

Attentat à la Préfecture de police de Paris : Emmanuel Macron rend hommage aux victimes - Le Monde

La BRI, la Brigade de recherche et dintervention de la police à Paris, va-t-elle vraiment disparaître?

"Incompétence", "dissimulation", voire "scandale dEtat": la droite et lextrême droite réclament une enquête parlementaire sur la tuerie de la préfecture de police et la tête du ministre de lIntérieur Christophe Castaner, qui conserve la "confiance" du Premier ministre.

Déjà mis sous pression à plusieurs reprises depuis son arrivée à Beauvau à lautomne 2018 pour sa gestion de la crise des "gilets jaunes" ou après la mort de Steve Maia Caniço à Nantes, le ministre est la cible principalement des Républicains et du Rassemblement national. 

Cest dailleurs ces unités qui lui valent en partie dêtre aujourdhui au cœur de la tourmente. Lutilisation des lanceurs de balles de défense (LBD) par des troupes davantage habituées à la gestion des émeutes en banlieue quà des situations de maintien de lordre avait été critiquée. Du côté du ministère de lintérieur, on déplorait le fait que les DAR ne soient pas placés sous le commandement de la direction de lordre public et de la circulation (DOPC), chargée du maintien de lordre. Une organisation bicéphale de la gestion des manifestations qui a vécu.

Il se fait étriller pour avoir déclaré jeudi, après la tuerie au couteau, que lassaillant, en poste à la préfecture de police depuis 2003, "navait jamais présenté de difficultés comportementales" ni "le moindre signe dalerte".

Depuis les propos de M. Castaner, qui interviendra dimanche au journal de 13H00 de TF1, le parquet national antiterroriste (PNAT) sest saisi de lenquête. Et le procureur antiterroriste a révélé samedi que lemployé de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP), "aurait adhéré à une vision radicale de lislam".

Lexécutif a également décidé de mettre fin aux fonctions de Pierre Gaudin, lactuel directeur de cabinet du préfet de police, Michel Delpuech. Ce dernier va être remplacé dès mercredi par Didier Lallement, qui était jusquici préfet de Nouvelle-Aquitaine. Lannonce a été faite dès lundi par le premier ministre, Edouard Philippe, qui a regretté que la stratégie prévue samedi pour les forces de lordre nait  pas été correctement exécutée  et ait mis en cause  la chaîne de commandement .

Dans une interview au Journal du Dimanche, dont des extraits ont été publiés samedi en ligne, le Premier ministre Edouard Philippe dit avoir "toute confiance en Christophe Castaner, qui a fait état de ce quil savait au moment où il sest exprimé". Il a également annoncé le lancement de deux missions dévaluation des agents de la lutte antiterroriste. Car "pour tous les services de renseignement, la détection des menaces internes est une priorité absolue".

Frédéric Dupuch, le 5 février 2016 à Paris. DOMINIQUE FAGET / AFP Les têtes tombent à la préfecture de police de Paris, conséquence des violences perpétrées samedi 16 mars sur les Champs-Elysées lors de lacte XVIII des  gilets jaunes . Après le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, lundi, cest au tour du directeur de la sécurité de proximité de lagglomération parisienne (DSPAP), Frédéric Dupuch, dêtre limogé, a appris Le Monde mardi, confirmant une information du Parisien.

De son côté, lopposition crie aux failles du système. Dans la matinée, le chef de file des députés LR Christian Jacob a annoncé à lAFP quil allait demander mardi la création dune commission denquête parlementaire sur cette affaire "très grave".

Même demande de la cheffe du Rassemblement national Marine Le Pen pour établir "lensemble des responsabilités, dans ce qui apparaît déjà comme un scandale dÉtat". Pour elle, Christophe Castaner doit démissionner, nayant "plus aucune confiance" des Français en dépit du soutien affiché dEdouard Philippe.

La DSPAP est à lorigine de la création des détachements daction rapide (DAR), des unités spécialisées dans les interpellations au cours des manifestations, après le saccage de lArc de triomphe du 1er décembre. A laide de ces troupes spécialement constituées pour loccasion, elle a pour charge de sécuriser les abords de la manifestation, de prévenir les pillages divers et variés et dassurer les suites judiciaires pour les casseurs interpellés.

Ce que plusieurs députés LR réclament aussi, fustigeant des "dysfonctionnements", à linstar de Julien Aubert ou Guillaume Larrivé. Ou encore dEric Ciotti qui juge la crédibilité du ministre désormais "totalement nulle pour assurer la sécurité des Français".

Avec ces trois départs, lexécutif a donc décidé de bouleverser la haute hiérarchie de la puissante préfecture de police de Paris, critiquée notamment depuis laffaire Benalla et à cause de la persistance du mouvement des  gilets jaunes .

En visite samedi à Provins (Seine-et-Marne), lex-chef de lEtat Nicolas Sarkozy, a affirmé pour sa part au sujet de la tuerie quil "faudra comprendre pourquoi et comment une telle chose est possible".

Pour le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, le gouvernement "a parlé trop vite en banalisant ces terribles meurtres". M. Castaner "va devoir sexpliquer devant la représentation nationale", a-t-il dit sur BFMTV. 

Ces signes de radicalisation ont été portés à la connaissance de la hiérarchie policière, mais ils nont fait lobjet daucun signalement formel et sont restés lettre morte. Christophe Castaner, le ministre de lintérieur, qui a fait preuve de la même précipitation et de la même imprudence que lorsquil avait dénoncé, mal à propos, en mai, une attaque de  gilets jaunes  contre lhôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, avait déclaré beaucoup trop rapidement que le tueur  navait jamais présenté de difficultés comportementales . Dimanche, sur TF1, M. Castaner sest appuyé sur ce rapport interne de la DRPP pour affirmer :  Aucun élément sur une quelconque radicalisation napparaît dans son dossier administratif.  Mais, a-t-il ajouté,  sil y a eu des fautes, il faudra les corriger. Sil y a eu des erreurs, il faudra les sanctionner .

La délégation parlementaire au renseignement du Sénat présidée par Christian Cambon (LR) a dailleurs réclamé dans la soirée de pouvoir auditionner le ministre, le député Philippe Gosselin (LR), plaidant aussi pour quil soit entendu "dès ce début de semaine" en commission des Lois à lAssemblée. 

A lévidence, daprès les premiers éléments de lenquête, il y a eu des failles et des dysfonctionnements importants. Le fait que, au cœur même de lappareil dEtat, un agent affecté à la lutte contre le terrorisme, qui fréquentait des personnes proches de milieux salafistes, en soit venu à perpétrer un attentat criminel pose de graves questions. En dépit des propos inadmissibles tenus en 2015, M. Harpon a pu continuer son travail de maintenance informatique comme si de rien nétait, ses supérieurs observant quil ny avait  aucun souci  avec lui et le rapport de la DRPP relevant quil ny a pas eu de  difficulté particulière  dans son comportement. Face à ce qui apparaît aujourdhui comme autant de signes avant-coureurs, surtout dans un lieu aussi stratégique, il y a eu un aveuglement de lEtat, une défaillance majeure.

"Comment un type comme (lauteur de la tuerie) a pu passer derrière les écrans radars?", sest aussi interrogé Eric Diard, co-auteur dun récent rapport sur la radicalisation dans les services publics, qui évoquait une trentaine de cas soupçonnés mais pas avérés dans les rangs des 130.000 gendarmes et 150.000 policiers.

Coauteur avec Eric Poulliat, député LRM, dun rapport parlementaire sur  les services publics face à la radicalisation  rendu public en juin, Eric Diard, député LR, a indiqué que, sur les 43 000 agents de la Préfecture de police,  quinze sont surveillés pour radicalisation . Mais, à première vue, M. Harpon  nétait pas dans les écrans radars . Face à la gravité de cette attaque au cœur de lEtat, Edouard Philippe a diligenté deux missions sur la radicalisation des agents chargés de la lutte antiterroriste. Cela ne dissipe pas pour autant limpression de cafouillage née des premiers propos de M. Castaner, qui a semblé dépassé par les événements. Le premier ministre lui a réitéré sa confiance, mais il apparaît, à nouveau, très fragilisé.

A gauche, le patron du PS Olivier Faure sest refusé à tout "esprit polémique". Il a jugé "impératif de tirer toutes les leçons de ce nouveau drame", dautres responsables du parti considérant une commission denquête "indispensable". 

Editorial. Mickaël Harpon, lauteur de la tuerie du jeudi 3 octobre à la Préfecture de police de Paris, a eu un comportement qui aurait dû alerter ses supérieurs.

"Ceux qui réclament la démission de @CCastaner sont de mauvaise foi! La Préfecture de Police est un État dans lEtat depuis Napoléon!", a jugé pour sa part Jean-Christophe Lagarde (UDI), plaidant toutefois sur Twitter pour des "changements nécessaires".

Dans les rares voix entendues au sein de la majorité, le député LREM Dominique Da Silva, regrettant comme dautres une "récupération politique", a jugé sur LCI "un peu facile de demander la démission" du ministre. "Il y a une faille, cest certain", a-t-il néanmoins admis, se montrant favorable à une commission denquête.

Une cérémonie en hommage aux victimes de lattaque se tiendra mardi à 11H00 à la préfecture de police de Paris en présence dEmmanuel Macron, a annoncé samedi lElysée.

Des ex-otages du Bataclan sinquiètent dune proposition du préfet de police de Paris sur un rapprochement entre la Brigade de recherche et dintervention (BRI) et le Raid. Le député En marche Jean-Michel Fauvergue, ex-patron du Raid, explique au JDD pourquoi “la BRI ne disparaîtra pas”.