Extinction Rebellion poursuit sa mobilisation au centre de Paris – Le Monde

Extinction Rebellion poursuit sa mobilisation au centre de Paris - Le Monde

Climat: quest-ce quExtinction Rebellion, à lorigine dune série dactions dans le monde entier?

Les militants écologistes dExtinction Rebellion ont entamé lundi deux semaines dactions coups de poing à travers le monde, à Londres, Sydney, New York ou encore Paris, pour dénoncer linaction "criminelle" des gouvernements face à la crise climatique, entraînant des centaines darrestations.

Loin des manifestations monstres de septembre générées par le mouvement inspiré par Greta Thunberg, les actions dExtinction Rebellion, mouvement né en 2018 au Royaume-Uni qui prône la désobéissance civile, se sont limitées à quelques centaines de manifestants, tentant souvent de frapper les esprits en bloquant un axe majeur de circulation.

A Londres, où Extinction Rebellion a multiplié les actions choc ces derniers mois, des centaines de manifestants ont entrepris de bloquer Westminster, où sont concentrés les lieux de pouvoir, et menaient des actions sur plusieurs sites, dont le pont qui fait face à Big Ben, fermé à la circulation automobile.

Enfin, cest ainsi que se définissent les manifestants de lorganisation “Extinction Rebellion” dont le point de départ était le blocage du centre commercial Italie 2, situé dans le XIIIe arrondissement de Paris, pendant tout le week-end. Une semaine avant la fin du monde, une semaine dactions dans 60 villes dans le monde, dont New York, Sidney, Londres et donc Paris. 

"Nous avons besoin de changements radicaux", mais "le gouvernement ne soccupe que du Brexit", a déclaré à lAFP Harriet Thody, 53 ans, assise sur la chaussée, recouverte dun drapeau rose dExtinction Rebellion. "Stop à la guerre, stop au changement climatique", pouvait-on lire sur certaines pancartes.

Il faut montrer les muscles et en avril dernier, ce sont 6.000 personnes qui ont bloqué les ponts de la capitale britannique pendant une semaine. Ils sactivent régulièrement, séduisent de plus en plus de militants, comprenant que les coups de force médiatiques marqueront davantage les consciences quune soirée quinoa entre copains. 

Bloqué au volant de son taxi non loin dun Trafalgar Square paralysé, Dave Chandler, 54 ans, estimait néanmoins que les manifestants étaient "en train de tourner les gens contre eux". Selon lui, les protestataires feraient mieux de sen prendre aux "gros".

Sur les centaines de manifestants impliqués dans les diverses actions menées dans la capitale britannique, 276 ont été arrêtés, a indiqué en fin de journée la police londonienne.

Des manifestations ont également eu lieu dans plusieurs capitales européennes comme Paris, Madrid, Amsterdam, Berlin ou Vienne.

Un mouvement international très connu en Grande-Bretagne. Cest là quil est né. Un mouvement sans chef, décentralisé, anticapitaliste avec un logo (un sablier), et fatigué des vieilles associations environnementales qui font signer des pétitions à la sortie du métro. 

"Il faut quon se lève partout dans le monde pour faire changer les choses", a déclaré Aurore, 27 ans, depuis Paris où les manifestants ont bloqué lundi un pont et un quai des bords de Seine. "Nos gouvernements ne font rien, ou ils mentent", a-t-elle ajouté.

Si vous êtes à Paris ces prochains jours, oubliez le bruit des klaxons, le chant des bennes à ordures ou la symphonie du camion de livraison, vous risquez plutôt dentendre un concert dapplaudissements et de cris dans les rues. Pas dinquiétude, cest juste la fin du monde…

"Le moment est venu de mettre en pratique des mesures de pression beaucoup plus fortes. Seule une révolution mondiale, massive, accompagnée de désobéissance civile non violente peut générer les changements nécessaires à notre survie", a lancé une porte-parole du mouvement à Madrid, Mabel Moreno.

Quelque 75 personnes ont été interpellées à Vienne pour avoir bloqué une des principales artères du centre-ville. 

A New York, environ 200 militants vêtus de noir ont mis en scène une "marche funèbre". 

Entourant des cercueils de carton symbolisant les victimes du changement climatique, parfois couverts de faux sang, ils ont marché de la pointe de Manhattan jusquà la Bourse de Wall Street, où ils se sont allongés au milieu de la rue. Une trentaine dentre eux ont été interpellés. 

"Jai deux filles et je suis vraiment inquiète pour elles, elles auront 30 ans lorsque, nous dit-on, le monde va commencer à seffondrer", en 2050, a indiqué Danica Novgorodoff, 39 ans.

"Les militants écologistes ont essayé toutes les méthodes polies de manifestation depuis 30 ans, rien na marché. Nous navons pas dautre choix que de faire sortir dans la rue autant de gens que possible", a ajouté la jeune mère.

Au Canada, plusieurs dizaines de manifestants ont bloqué des ponts autoroutiers dans au moins trois villes: Toronto, Halifax et Edmonton. Dautres actions étaient attendues dans la journée à Vancouver et Victoria.

Dautres manifestations de quelques dizaines de manifestations ont eu lieu à des milliers de kilomètres de là, notamment au Cap et à Buenos Aires.

En Australie, les militants prévoyaient des événements comme la promulgation de la disparition des abeilles, un défilé nu ou un cortège funèbre pour la planète.

Extinction Rebellion est né au Royaume-Uni fin 2018 à linitiative duniversitaires notamment, inspiré par la stratégie de lutte pour les droits civiques aux États-Unis dans les années 1960. 

A Londres, le mouvement espère rassembler 20.000 à 30.000 personnes sur deux semaines, soit cinq fois plus quen avril dernier, où les activistes avaient mené pendant 11 jours des actions perturbant la circulation, donnant lieu à plus de 1.100 arrestations.

Samedi, cétait “lavant-première”. Dimanche, la “cérémonie douverture”. A partir de ce lundi, le mouvement Extinction Rebellion promet dans les jours à venir des actions de désobéissance civile non violente, à limage du blocage le week-end dernier du centre commercial Italie 2, à Paris, pendant plus de 17 heures. 

Ce mouvement est né au Royaume-Uni en fin dannée dernière. Le 31 octobre 2018, environ 1500 personnes se sont rassemblées devant le Parlement à Londres pour la “Déclaration dune rébellion contre le gouvernement britannique”. Extinction Rebellion (ou XR) a pris forme, expliquait Reporterre en mai, grâce à lappui de lorganisation Rising Up, un réseau de militants “pour un changement fondamental du système politique et économique afin de maximiser le bien-être et minimiser la souffrance”.

Enterrement dun faux cercueil, transformation dun pont en jardin urbain, mains engluées aux grilles de Buckingham Palace, déversement de faux sang, blocage daxes majeurs… Plusieurs actions avec un fort potentiel visuel se sont déroulées les mois suivants, toujours dans cette volonté de ne pas faire usage de la violence et de mettre industriels, actionnaires et politiques face à lurgence des conséquences du réchauffement climatique. En réponse à cette mobilisation, le Parlement britannique a voté lurgence climatique en mai. 

Extinction Rebellion se veut sans leader, “en démantelant les hiérarchies de pouvoir pour une participation plus équitable”. Dans ses préceptes, il dit aussi “accueillir chaque personne, et chacune de ses facettes” et “ne pas tenir de discours moralisateurs et culpabilisants”. “Nous vivons dans un système toxique, mais nul ne doit être accusé en tant quindividu”, arguent-ils. 

En France, des adeptes dExtinction Rebellion se sont déployés le 19 avril dernier dans le quartier de La Défense, aux pieds des tours Total, EDF, Société Générale et dune antenne du ministère de la Transition écologique. Avec un mot dordre: pas de visage couvert, pas dagression verbale, physique ou psychologique et pas de dégradation de biens. Mi-mai, ils ont déversé des litres de faux sang place du Trocadéro pour alerter sur le déclin accéléré de la biodiversité. Fin août, cest cette fois-ci sur le périphérique parisien quils ont constitué un cordon de cyclistes afin de ralentir le trafic. 

“Nous exigeons: la reconnaissance de la gravité et de lurgence des crises écologiques actuelles et une communication honnête sur le sujet; la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre; (…) la création dune assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante dune transition juste et équitable”, est-il indiqué en ouverture de leur site français. 

Mais cest surtout le 28 juin dernier que les militants dExtinction Rebellion ont fait parler de leur action, malgré eux. Ils occupaient, assis, se tenant par les bras, le pont Sully à Paris quand ils ont été brusquement délogés par la police. La manifestation navait pas été déclarée mais la préfecture prévenue la veille, avait précisé une militante au Monde. Des militants ont été traînés par des policiers, dautres assis ont reçu du gaz lacrymogène à bout portant. Une enquête a été ouverte par lIGPN. 

PARIS – Intervention des CRS qui utilisent des gazeuses pour tenter de déloger les militants. Plusieurs journalistes ont été empêcher de filmer. pic.twitter.com/XzwTCTYyJE

“Aux gouvernements du monde: nous avons déclaré une urgence climatique et écologique. Vous nen avez pas fait assez. A tous les autres: rebellez-vous.” Cest en ces termes quExtinction Rebellion appelle à partir de ce lundi à participer à une rébellion internationale: “Quittez votre bureau. Invitez votre responsable. Quittez les salles de classe. Eteignez la télé. Posez votre téléphone. Descendez dans la rue. Et amenez tout le monde.”

Après le blocage du centre commercial Italie 2 samedi, plus dun millier de personnes se sont réunies dimanche soir au parc de la Villette. Le programme des jours à venir est délibérément flou. “7 octobre: occupation pour la suite du monde: lieu de résistance et de résilience, on y cuisine, on y apprend, on y construit et on y dort”, peut-on lire sur leur site.

Jeudi, lorganisation promet un “blocage non-violent” à Paris sur le thème “Demain tous migrants”. Puis, vendredi, elle compte “freiner symboliquement la course à la croissance en remplaçant le trafic motorisé par une vague immense et joyeuse de vélos”. 

Le tout, rappelle encore la branche française ce lundi sur Twitter, dans le respect “envers toute personne, y compris les membres du gouvernement et les forces de lordre”, la “non-violence stricte, physique ou verbale, qui exclut toute destruction de biens”, et dans la transparence. “Et, nous sommes désolé.e.s pour le dérangement!”, ajoutent-ils. 

📣La Rébellion Internationale dOctobre est en cours dans plus de 60 villes dans le monde !Pour ceux/celles qui sont inscrit-e-s, surveillez vos messages (⚠️spam)Pour ceux/celles qui veulent nous rejoindre :1⃣Surveillez les Réseaux2⃣Prenez connaissance de nos engagements 🔽 pic.twitter.com/Jpzb8y1unn