Un blob au zoo de Paris: “Cet organisme a une capacité dapprentissage incroyable” – LExpress

Un blob au zoo de Paris: \

Objet vivant non identifié: létrange blob sort du bois

Cest une étrange bestiole qui fait son apparition pour la première fois dans un zoo. Le blob sera visible au Parc zoologique de Vincennes à partir de samedi. Cette espèce vivante très étrange nest ni animale, ni végétale, ni même champignon, mais elle dispose de plusieurs spécificités, comme être quasi immortelle, pouvoir être divisée, manger sans bouche ou se déplacer sans aile ni nageoire.

Installé dans un vivarium, sur une branche darbre, le blob est une sorte de cellule rampante, à lapparence dune grande feuille de chou de couleur jaune, qui se déplace de trois ou quatre centimètres par heure et grandit chaque jour. Le blob raffole des flocons davoine, déteste le sel et fuit la lumière. Cest un être fascinant, qui na pas de cerveau mais est tout de même capable dune forme dintelligence.

Au parc zoologique de Paris, lélevage a commencé en septembre, à partir dun microscopique morceau de rien, très jaune et sans forme véritable. En quelques heures et bien nourri, il a doublé de volume, puis encore doublé. Tous les matins on donne une poignée de flocons davoine humidifiés, et quand il est évolué il se nourrit de champignons surtout , explique Marlène Itan. Non quil aime les champignons, lui qui y ressemble tant, mais parce quil en extrait tous les jours les nutriments indispensables à sa croissance.

"Si on le met dans un labyrinthe avec de la nourriture à la sortie, il est capable doptimiser son parcours pour en sortir", explique à Europe 1 Bruno David, le président du Muséum dHistoire naturelle. "Leurs comportements sont également différents, selon quil sagisse dun blob japonais, américain, australien ou européen. Par exemple, le blob japonais est plus rapide pour aller chercher sa nourriture, mais sils sont en compétition pour se nourrir, le blob japonais est plus pacifique que le blob américain."

Sil nest pas une espèce inconnue, sil occupe les chercheurs depuis les années 1960, jusquà présent il ne passionnait pas les foules. Aujourdhui ses mystères le rendent star et le font sortir des laboratoires. Le blob remet même en question le concept dindividu puisque si on le coupe en deux, les deux parties feront leur vie et si on en réunit deux, ils fusionnent et lon se rend compte que la fusion entraîne aussi la transmission des connaissances , poursuit Luca Morino.

Ce phénomène est scruté de près par les scientifiques, qui ont toujours du mal à le définir et à le placer dans larbre du vivant. Le blob existe depuis 500 millions dannées, et se trouve principalement dans les forêts. Comme lêtre humain, il est issu de la fusion de deux cellules mais il na pas de sexe féminin et masculin : le blob possède 720 sexes différents.

Il est le blob, étrange masse jaune et verdâtre parcourue de mille veines, que chacun de nous peut avoir croisé sans le savoir dans des sous-bois assez humides et pas trop lumineux. Il a besoin de 70 à 80 % dhumidité et dune température ambiante de 20-22 degrés souligne Marlène Itan, jardinière au zoo et devenue blobicultrice au parc zoologique de Paris dans le bois de Vincennes, premier zoo au monde à faire une place au blob à partir de ce samedi.

Vous l'avez sans doute croisé en forêt, ou dans votre cave, sans savoir qui il était: le blob, curiosité biologique composée d'une unique cellule mais capable de comportements complexes, débarque au parc zoologique de Paris.

Pareillement, sil a 20 chemins possibles pour trouver une sortie, le blob choisira le plus court. Il fait des choses quil ne devrait pas être capable de faire , insiste léthologue. Le blob peut aussi presque mourir et se mettre en dormance pour un temps infini : apparemment désseché, une bonne rasade deau et un peu de nourriture vous le réveilleront mieux que la Belle au bois dormant. A ce propos la Belle a en réalité… 720 sexes.

Le blob fait son entrée au Parc zoologique de Paris

La nouvelle star du zoo au Bois de Vincennes – le premier du monde à accueillir cette espèce non animale – a pris ses quartiers dans le vivarium, où le public pourra faire sa connaissance à partir de samedi.

Les secrets du blob, une espèce unicellulaire aux capacités étonnantes

"Notre mission, c'est aussi de montrer les mystères de la nature", s'est félicité Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelle et du parc zoologique, lors de la présentation à la presse.

Marlène Itan, "blobicultrice" depuis peu, vient tous les jours arroser et nourrir les "sclérotes" (sortes de "bébés) qui poussent dans son élevage. "Ça change dhabitude. On ne sait jamais à quoi sattendre en arrivant !" se réjouit-elle.

Installé dans sa "blob zone", à l'abri de la lumière, le "physarum polycephalum" (son nom scientifique) ressemble à une masse spongieuse, jaune et visqueuse.

Ni animal, ni plante, ni champignon, c'est un organisme primitif, apparu il y a 500 millions d'années, avant le règne animal. "On ne sait pas bien où le mettre dans l'arbre du vivant", explique Bruno David.

Il fut longtemps considéré comme un champignon, avant d'être évincé de ce règne pour rejoindre, dans les années 1990, les myxomycètes, sous-classe des amibozoaires (dont les amibes).

Comme il n'a qu'une cellule, il est microscopique au démarrage de son cycle, et donc difficile à repérer dans son milieu- les forêts tempérées, à l'ombre, ou certaines caves.

Le blob, cet organisme ni animal, ni végétal, ni champignon, arrive en fanfare au zoo de Vincennes – LCI

Mais il possède plusieurs noyaux, qui peuvent se multiplier, ou se diviser, à volonté. "On peut créer des blobs de toutes les tailles, il n'y a pas de limite connue", explique à l'AFP Audrey Dussutour, éthologue au CNRS et spécialiste du blob.

La créature peut atteindre jusqu'à 10 mètres en laboratoire, où l'on peut aussi la subdiviser en la découpant – il existe même des "moules" à blob – car les fragments cicatrisent.

On vous la dit : le blob est unique. Et il continue aujourdhui de fasciner les scientifiques. “Cest très difficile de savoir si le blob est un individu… On peut diviser un blob et en obtenir deux et inversement, explique Elisabeth Quertier. Les blobs remettent en question beaucoup de choses que nous pensions savoir sur lintelligence, la reproduction… Cest pour cette raison que les chercheurs létudient et que nous lexposons au zoo.” Le Parc zoologique de Paris est dailleurs le seul zoo au monde à accueillir cette espèce.

Dans les chambres de culture du zoo, les jardiniers créent ainsi chaque jour de nouveaux spécimens, à partir du même échantillon, pour en avoir un maximum à présenter au public.

Marlène Itan, "blobicultrice" depuis peu, vient tous les jours arroser et nourrir les "sclérotes" (sortes de "bébés) qui poussent dans son élevage. "Ça change d'habitude. On ne sait jamais à quoi s'attendre en arrivant !" se réjouit-elle.

​Blob a 720 sexes différents. Il est capable de sauto-guérir, de trouver et de digérer des aliments sans yeux, sans ventre et sans bouche. Cette amibe na pas de cerveau, mais est capable de résoudre de multiples problèmes. Blob peut tracer le chemin optimal pour sortir dun labyrinthe. Et si vous fusionnez deux de ces organismes, lun deux transférera ses connaissances à lautre.

Ni animal, ni plante, ni champignon: mais qui est donc le blob, ce mystère de la nature?

Car le blob ne cesse de surprendre. Il peut mourir de plusieurs façons, mais peut aussi entrer en dormance, en se desséchant. "Dans cet état, il est quasiment immortel… On peut même le mettre au micro-ondes quelques minutes !", selon Audrey Dussutour.

Une fois ré-humidifié, il peut repartir, en redémarrant son cycle à zéro, ajoute la chercheuse, qui possède en laboratoire des spécimens âgés de plus de 70 ans.

Autre curiosité: grâce au courant circulant son réseau veineux, le blob bouge, à raison de 1 à 4 centimètres par heure. L'observer à travers une vitre n'étant pas très spectaculaire, le zoo a conçu une muséographie interactive pour le mettre en scène, notamment via des vidéos en accéléré.

Le mucus quil laisse sur son passage lui sert de mémoire spatiale. Il est aussi capable de retenir une information, comme la démontré lexpérience suivante: du sel a été déposé sur son trajet vers sa nourriture. La première fois, le blob se déplace très lentement – le sel nest pas dangereux mais il napprécie guère. La fois suivante, il se déplace à toute vitesse sur ce même trajet, preuve quil a “appris” à ignorer le sel.

Son système vasculaire complexe passionne les physiciens. Certains tentent même de s'en inspirer pour l'appliquer à des réseaux électriques.

Malgré son absence de système nerveux, il est capable de mémoriser. Le zoo retrace ainsi une expérience montrant un blob apprendre, petit à petit, à ignorer du sel (qui a priori le repousse) déposé sur la trajectoire le menant à sa pitance.

Le blob, ou “physarum polycephalum”, est une espèce vivante à part, ni animal, ni plante ni champignon. Avec son unique cellule, cest un organisme simplissime mais capable de comportements complexes, “et cest pour cela quil intrigue”, explique à lAFP Audrey Dussutour, chercheuse au CNRS et spécialiste mondiale du blob.

Objet vivant non identifié, létrange blob sort du bois

Avec ses 720 sexes différents, le blob a une reproduction sexuée semblable à celle du champignon. "Il était là avant, donc ce sont davantage les champignons et les animaux qui s'en sont inspirés que l'inverse", conclut Audrey Dussutour.

Découpé en morceaux, le blob ne meurt pas car il cicatrise et referme sa membrane en quelques instants. “A partir dun seul organisme de 10 centimètres carrés, on obtient avec son scalpel 10.000 blobs de 1 millimètre carré parfaitement viables”, écrit Audrey Dussutour dans ouvrage sur le blob.

C'est elle qui a trouvé son surnom, en hommage au film "The blob" avec Steeve McQueen (1958), où une masse gluante extra-terrestre grossit à mesure qu'elle dévore tout sur son passage.