A Poitiers, les Gilets jaunes ont gentiment bravé linterdit – la Nouvelle République

A Poitiers, les Gilets jaunes ont gentiment bravé linterdit - la Nouvelle République

A Poitiers, les “gilets jaunes” jouent au chat et à la souris avec les policiers

A Poitiers, les policiers quadrillent la place Notre-Dame ce samedi matin. Malgré arrêté préfectoral interdisant toute manifestation, les "gilets jaunes" se sont arrangés pour passer les barrages de police et les fouilles. Ils sont 150 environ à se préparer à défiler.

A Poitiers, des policiers quadrillent la place Notre-Dame depuis ce matin. Cest là, en plein marché du samedi, que les “gilets jaunes” avaient prévu de se retrouver vers 11h30 pour lacte 17 de leur mobilisation. Une manifestation interdite par la préfecture de la Vienne car non déclarée. 

Gilets jaunes : la préfète interdit la manifestation à Poitiers ce samedi

Mise à jour à 16 heures : Après un peu moins de quatre heures de manifestation, un peu moins de 200 gilets jaunes se sont dispersés après avoir tenté de négocier avec les policiers présents sur place. Certains, sur la page facebook “Gilets jaunes poitiers”, parlaient de rejoindre Chasseneuil ou Auchan sud.

Malgré linterdiction,  et les fouilles systématiques, environ 250 “gilets jaunes” se sont retrouvés sur la place Notre dame en fin de matinée : certains avaient dissimulé leurs gilets jaunes sous plusieurs couches de vêtements avant de les ressortir à lintérieur du périmètre. Les manifestants ont également récupéré les banderoles et pancartes cachées çà et là, pour un défilé sous la forme dun cortège de carnaval sans masques.

Acte 17 des #giletsjaunes place Notre Dame à #poitiers : la police fouilles à toutes les entrées pic.twitter.com/p4RvHJh4QT

Pour la première fois depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, le 17 novembre 2018, Isabelle Dilhac, préfète de la Vienne, a pris ce vendredi après-midi un arrêté leur interdisant de manifester dans le centre-ville de Poitiers ce samedi 9 mars 2019 (lire à chaud). Quelques heures avant la réception du communiqué de presse de la préfecture, notre rédaction en avait reçu un autre émanant des Gilets jaunes. Là aussi, il s'agissait d'une première depuis le début du mouvement. Ce communiqué, signé  Des Gilets jaunes de Poitiers  tenait à souligner la  stratégie non violente  de la manifestation (lire en savoir plus). Cette précaution n'a pas été suffisante pour rassurer les autorités qui ne craignent pas tant les Gilets jaunes que des  infiltrés  (lire repères). Aucune information n'a été donnée concernant le dispositif policier. « Trois fois qu'on déménage tout? » Hier, dans le centre-ville de Poitiers, les commerçants n'exprimaient pas d'inquiétude particulière, faisant confiance aux autorités.  Une commission de sécurité est passée en cours de semaine, avec la police municipale, la police nationale et des responsables de la préfecture , indiquait un restaurateur des halles. Au Cluricaume, bar jouxtant la place, pas d'inquiétude non plus :  Nous ne serons ouverts qu'à 17 h. Notre mobilier de terrasse est sécurisé? On verra bien , confiait le gérant. À l'inverse, les employés des entreprises travaillant sur les nombreux chantiers de voirie et d'aménagement de l'espace du public du centre-ville étaient fébriles. Tant places Charles-VII et de-Gaulle que dans le jardin de la médiathèque et sur la voie entre la rue Mgr. Augouard et la Grand'rue : un engin et un camion-benne enlevaient hier tout ce qui pourrait servir de projectiles ou de combustibles.  Cela fait trois fois qu'on déménage tout , grommelait l'un d'eux.

Benoît Delsuc (président de Poitiers Le Centre) :  J'ai été informé par la préfète. On a tenu notre rôle de relais d'informations auprès des commerçants.  Christophe Vergnaud (président de l'Association des commerçants du marché des halles Notre-Dame) :  On sera tous ouverts. Il n'y a pas de soucis, ça ne nous inquiète pas.  Il est à noter que les caméras de surveillance du carreau de la place Charles-de-Gaulle, jusque-là hors services, étaient hier en cours de réparation pour être opérationnelles.

L'affiche annonçant la manifestation (voir le visuel par ailleurs) sur le thème du  Tous masqués contre la mascarade  rappelle de mauvais souvenirs aux forces de l'ordre à Poitiers : ceux de la manifestation du  Black bloc , le 10 octobre 2009. À l'époque, alors que le festival  Les Expressifs  battait son plein dans les rues, 2 à 300 individus vêtus de noir s'étaient rassemblés pour protester contre le système carcéral (à l'occasion du transfert de prisonniers entre la Pierre-Levée et le centre pénitentiaire Poitiers-Vivonne). Dans une flambée inattendue de violence, visages dissimulés, ils avaient dégradé 19 magasins et inscrit près de 200 tags sur les murs et monuments en l'espace de quelques minutes avant de repartir.

Voici le communiqué de presse de la préfecture de la Vienne, adressé hier, à notre rédaction : Des appels à se rassembler et à manifester dans le centre-ville de Poitiers, samedi 9 mars, circulent sur les réseaux sociaux, dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes. Comme les précédents samedis, aucune déclaration de manifestation à Poitiers n'a été déposée. Ces appels à manifester ne s'inscrivent donc dans aucun cadre légal. Isabelle Dilhac, préfète de la Vienne, rappelle que le droit de manifester est un droit fondamental protégé par la loi. Il doit cependant être concilié avec d'autres libertés essentielles, telles que la liberté de circulation, la sécurité des personnes et des biens. Afin de prévenir toute atteinte à l'ordre public, la préfète de la Vienne a pris un arrêté portant interdiction de rassemblement et manifestation sur la voie publique dans le centre-ville et boulevard périphérique applicable du samedi 9 mars 2019, 7 h, au dimanche 10 mars 2019, 8 h. Un autre arrêté interdit, jusqu'au lundi 11 mars à 8 h la distribution, le transport, la vente et l'achat de carburants, de produits chimiques inflammables (dans des jerricans, NDLR), artifices de divertissements ou explosifs dans le département de la Vienne.

Dans un communiqué de presse, Des Gilets jaunes de Poitiers ont affirmé vendredi 8 mars 2019 comme revendication principale le droit à manifester, directement liée à la proposition de loi visant à prévenir les violences lors des manifestations et à sanctionner leurs auteurs, dite loi anticasseurs qui, sous couvert de lutte contre les violences en manifestation, prévoit des limitations sévères des libertés publiques. C'est cette mascarade politique que nous dénonçons ! Nous souhaitons rappeler, afin de rassurer la population et les commerçants du centre-ville, que la stratégie des Gilets jaunes de Poitiers est non violente [?] Notre mobilisation ce samedi se veut politique, d'abord nous allons aller au-devant de la population, expliquer nos attentes et notre vision [?] Nous dénonçons l'absence de réponse politique à la mobilisation des Gilets jaunes. Ce gouvernement est démasqué, il a été élu sur un hold-up politique, profitant du dégagisme ambiant, il est maintenant clair qu'il n'a jamais eu pour ambition d'améliorer le sort du plus grand nombre [?] Les raisons qui ont poussé la population à la révolte en novembre 2018 sont toujours présentes. Les actions du gouvernement démontrent jour après jour qu'il nous faut résister et oser proposer une autre société plus juste, plus équitable, plus démocratique.