100 ans de la Grande Guerre: le dernier hommage de Reims

100 ans de la Grande Guerre: le dernier hommage de Reims

DIRECT. Le président Emmanuel Macron inaugure le monument dédié aux héros de lArmée noire

A loccasion de son “itinérance mémorielle”, marquant le centenaire de la fin de la Première Guerre Mondiale, le président de la République Emmanuel Macron est à Reims ce mardi 6 novembre afin dinaugurer un monument dédié aux héros de lArmée noire, installé au Parc de Champagne.

Derniers préparatifs. Encore quelques coups de chiffons et tout sera prêt. Enfin. Depuis 2013, le monument aux  héros de lArmée noire  installé dans le parc de Champagne, à Reims attend dêtre officiellement inauguré. A quelques jours du centenaire de la signature de larmistice mettant fin à la Première Guerre mondiale, Emmanuel Macron fait une halte à Reims pour rendre hommage aux près de 200 000 tirailleurs venus combattre en France. Parmi eux beaucoup de Maliens sétaient engagés doù la présence du président Ibrahim Boubacar Keïta à cette cérémonie qui vient clore lhistoire tumultueuse de ce monument. Elle illustre bien la difficile reconnaissance de ces troupes coloniales par la France.

17h30 – Des militaires africains et français participent à la cérémonie. Et notamment la musique des troupes de larmée, le 21e régiment dinfanterie de marine de Fréjus, le régiment de marche du Tchad de Meyenheim, le 3e régiment dartillerie de marine de Camp Juers ainsi quune section de larmée du Mali (en bérets vert). Un drapeau du régiment de tirailleurs sénégalais sera également brandi.

La mémoire des combattants africains de la Première guerre mondiale honorée à Reims

Cette statue a enfin trouvé une place honorable, à la vue de tous, dans le parc de Champagne en périphérie de Reims. Abrité par des arbres, le monument représente cinq soldats en bronze qui avancent dans un même mouvement, unis. Un officier français portant un drapeau est entouré de combattants africains et dun tirailleur sénégalais.  Tout le monde va dans le même sens, les soldats africains portant ou soutenant le soldat français dans sa démarche ou dans son attaque , nous décrit Julien Fargettas, directeur départemental de loffice national des anciens combattants et victimes de guerre. Il est aussi lauteur du livre Les tirailleurs sénégalais. Les soldats noirs entre légendes et réalités 1939-1945. Le monument actuel installé là en 2013 est en fait une copie de celui déjà érigé à Reims et à Bamako au Mali en 1924 pour rendre hommage aux soldats africains ayant combattu en France lors de la Première Guerre mondiale. Le choix de la ville champenoise nest alors pas anodin. Cest là que les troupes venues des colonies se sont particulièrement illustrées aux côtés des soldats de la métropole. Entre les mois de mai et juillet 1918, 15 000 tirailleurs sont impliqués dans les combats pour défendre la ville menacée par une offensive allemande. Près de 2200 dentre eux y perdront la vie.

*On les appelle communément “les tirailleurs sénégalais”. La mémoire des poilus venus dailleurs, soldats originaires des colonies et engagés sous les drapeaux français pendant la Première Guerre mondiale, est honorée ce mardi 6 novembre 2018 à Reims par Emmanuel Macron et Ibrahim Boubacar Keïta, président malien.

Après guerre, il est décidé de célébrer la bravoure de cette Armée noire  comme elle est appelée, par un monument symbolique inauguré à Reims et son jumeau à Bamako.  Les troupes noires ont participé aux batailles les plus sanglantes de la guerre et elles ont su mériter lestime des populations civiles tout autant que ladmiration de leurs chefs , peut-on lire dans les colonnes dun journal local.  Le monument de 1924 a été érigé grâce à une souscription publique notamment des habitants de Reims. Il y a une vraie reconnaissance populaire , relate lhistorien Julien Fargettas.

EN IMAGES – Grande Guerre : le Monument aux héros de lArmée noire inauguré à Reims

Le plébiscite populaire lemporte sur le relativisme de certains généraux français. Ces derniers ont alors limpression que la gloire davoir sauvé Reims leur est confisquée par ces troupes coloniales.  En 1924 quand on choisit de célébrer les soldats noirs, africains on se retrouve face à une légère polémique car évidemment ils nont pas été les seuls défenseurs de Reims. Il a fallu choisir un lieu symbolique et certains  – les soldats métropolitains, les généraux – en ont eu ombrage mais il y a eu un consensus ensuite pour linauguration de ce monument , remarque Julien Fargettas.  Les discours, tout en rendant hommage aux soldats de lArmée noire, exaltaient la fibre patriotique, la renaissance de Reims, érigée en ville martyre et la vitalité de lEmpire colonial , synthétise Jean-Pierre Husson, historien auteur dun dossier “Les soldats indigènes, oubliés des deux guerres mondiales”. Il a aussi participé à linitiative de restauration du monument.  On veut rendre hommage à ces soldats, explique Julien Fargettas, parce quon les a fait venir dailleurs pour combattre sur un front et dans une guerre qui était extrêmement difficile. Et puis il sagissait de célébrer lempire, cette France aux 100 millions habitants comme on disait à lépoque. A travers ce monument on célèbre le tirailleur et lidée coloniale, lidée impériale .

17h45 – Des perturbations du trafic associées au déplacement du chef de lÉtat. Évitez le secteur du parc de Champagne et lhôtel de ville entièrement bouclés jusquau départ du convoi présidentiel. Le réseau CITURA informe quaucun bus ne circule cet après-midi en centre-ville de Reims. 

Centenaire de lArmistice : hommage aux tirailleurs sénégalais de lArmée noire – LCI

A peine vingt ans plus tard, cette reconnaissance est balayée. Le monument est retiré manu militari par les nazis en 1940.  Les Allemands ont une vieille rancune contre ces Africains qui pendant la Grande Guerre ont été présentés comme des sauvages, souligne Julien Fargettas. Une forte propagande à leur encontre sest mise en place. Et puis en 1940, les nazis vont perpétrer des massacres à lendroit des combattants coloniaux et particulièrement contre les troupes africaines. 

La résistance des tirailleurs sénégalais au sein du 1er Corps de larmée coloniale a même été décisive en 1918 lorsque, galvanisées par leur victoire sur le Chemin des Dames, les troupes allemandes foncent sur Reims avec lintention de faire tomber ce dernier rempart avant Paris. Mais ces hommes font face, stoppant loffensive ennemie… Le conflit connait alors un tournant décisif.

A Reims, lhistoire tumultueuse du monument aux héros de lArmée noire

Mystère quant au devenir de cette statue. Et jusque dans les années 1960 on ne parle plus den fabriquer une nouvelle. Il y a des difficultés financières de la ville de Reims mais aussi des obstacles politiques et idéologiques en cette période de décolonisation sur le continent africain.  Avec la fin de la guerre dAlgérie qui clôturait le long et difficile processus de décolonisation, la reconstruction à lidentique du monument ancien fut écartée parce que ce monument évoquait lengagement des troupes indigènes dans la Première Guerre mondiale dune façon qui pouvait être considérée désormais comme trop coloniale, voire trop colonialiste , explique lhistorien Jean-Pierre Husson dans un long article consacré à cette histoire. La ville retient donc lidée dun monument plus simple, plus sobre, plus discret érigé en 1963.

Grâce à linvestissement dune association en 2009, une copie en bronze de la création originale de Paul Moreau-Vauthier a été réalisée à partir du modèle érigé à lidentique en 1924 à Bamako. Confiée au sculpteur Jean-François Gavoty, elle signe le retour des visages de ces héros de larmée noire à Reims et dans la mémoire collective.

Il faut croire que le travail mémoriel fait son chemin en France comme sur le continent quarante ans plus tard.  Dans ces années 2000, la journée du tirailleur au Sénégal est un des exemples de cette réappropriation mémorielle en Afrique comme en France et ce nouveau monument est le symbole de cette histoire partagée qui est revenue au goût du jour, relate Julien Fargettas. Une initiative rémoise décide de rendre hommage à ces soldats africains en reprenant le monument de 1924 qui cette fois va vraiment rendre hommage aux soldats africains tels qui lont été pendant la Grande Guerre.  Il verra le jour finalement 13 ans plus tard et ne sera officiellement inauguré que ce 6 novembre 2018. Une manière de refermer ce chapitre et de revaloriser peut-être la participation de ces troupes africaines dans lHistoire de France. Cent ans après.

“Cest une reconnaissance évidente qui a lieu et qui rappelle linauguration de 1924, un énorme événement avec environ 15.000 personnes au parc Pommery (lancien nom du parc de Champagne)”, confie à lAFP Cheikh Sakho, un professeur danglais dorigine sénégalaise qui a consacré une thèse à ce sujet.