A Reims, Macron et le président malien rendent hommage à la …

A Reims, Macron et le président malien rendent hommage à la ...

A Reims, Macron et Keïta célèbrent les aïeux de ceux quon est allé défendre

A loccasion de son “itinérance mémorielle”, marquant le centenaire de la fin de la Première Guerre Mondiale, le président de la République Emmanuel Macron est à Reims ce mardi 6 novembre afin dinaugurer un monument dédié aux héros de lArmée noire, installé au Parc de Champagne.

Cent ans après la signature de l'Armistice, le président français Emmanuel Macron et son homologue malien, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), ont salué mardi 6 novembre à Reims la mémoire des 200 000 soldats africains ayant combattu dans l'armée française durant la Première Guerre mondiale. Au total, 30 000 soldats africains ayant combattu pendant la Première Guerre mondiale ont trouvé la mort entre 1914 et 1918. Hommage solennel, honneurs aux drapeaux, hymnes, revue des troupes et inauguration officielle du « Monument aux héros de l'Armée noire ».

La cérémonie militaire marquant l’inauguration du « Monument aux héros de l’Armée noire » se voulait solennelle, et elle l’a été. Les présidents Macron et Keïta ont déposé ensemble une gerbe de fleurs au pied de la sculpture qui domine une clairière. Ils sont repartis main dans la main.

*On les appelle communément “les tirailleurs sénégalais”. La mémoire des poilus venus dailleurs, soldats originaires des colonies et engagés sous les drapeaux français pendant la Première Guerre mondiale, est honorée ce mardi 6 novembre 2018 à Reims par Emmanuel Macron et Ibrahim Boubacar Keïta, président malien.

Première Guerre mondiale : histoire tumultueuse dun monument aux soldats africains à Reims

Si le président Macron n’a pas prononcé de discours, le chef d’Etat malien lui est revenu sur le rôle des tirailleurs qui étaient pour la plupart originaires de son pays : « Ils se sont battus pour l’empire, par monts et par vaux, ils se sont battus de jour et de nuit, et plus souvent de nuit que de jour. Ils se sont battus pour la France, mais pour eux-mêmes aussi », a déclaré IBK.

Emmanuel Macron na pas pris la parole ce mardi soir à Reims mais il twittait dans la soirée : “Au-delà des poilus de lhexagone, cest la jeunesse du monde entier qui est tombée il y a 100 ans dans des villages dont ils ne connaissaient pas le nom. Parmi eux, 200.000 soldats africains, issus des colonies.”

Centenaire de lArmistice : hommage aux tirailleurs sénégalais de lArmée noire – LCI

Malgré la solennité de la cérémonie, l’émotion était au rendez-vous, du moins aux yeux du romancier congolais, Alain Mabanckou : « C’est cette sensation qu’on a lorsqu’on se retrouve quelque part et de se dire que ses ancêtres sont passés ici, et de ressentir des pulsations qui font que votre cœur se met à battre plus vite. »

Pour la France et ses anciennes colonies, la Première Guerre mondiale n’est peut-être plus qu’un mauvais souvenir. Mais les uns et les autres peuvent plus que jamais, cent ans après l’Armistice, se souvenir ensemble.

Le plébiscite populaire lemporte sur le relativisme de certains généraux français. Ces derniers ont alors limpression que la gloire davoir sauvé Reims leur est confisquée par ces troupes coloniales.  En 1924 quand on choisit de célébrer les soldats noirs, africains on se retrouve face à une légère polémique car évidemment ils nont pas été les seuls défenseurs de Reims. Il a fallu choisir un lieu symbolique et certains  – les soldats métropolitains, les généraux – en ont eu ombrage mais il y a eu un consensus ensuite pour linauguration de ce monument , remarque Julien Fargettas.  Les discours, tout en rendant hommage aux soldats de lArmée noire, exaltaient la fibre patriotique, la renaissance de Reims, érigée en ville martyre et la vitalité de lEmpire colonial , synthétise Jean-Pierre Husson, historien auteur dun dossier “Les soldats indigènes, oubliés des deux guerres mondiales”. Il a aussi participé à linitiative de restauration du monument.  On veut rendre hommage à ces soldats, explique Julien Fargettas, parce quon les a fait venir dailleurs pour combattre sur un front et dans une guerre qui était extrêmement difficile. Et puis il sagissait de célébrer lempire, cette France aux 100 millions habitants comme on disait à lépoque. A travers ce monument on célèbre le tirailleur et lidée coloniale, lidée impériale .

Plusieurs centaines d'invités assistaient à la cérémonie, y compris une poignée d'étudiants africains, dont l'arrière-petite-fille d'un tirailleur : « Cette cérémonie pour moi est un honneur puisque j’ai un membre de ma famille qui carrément fait partie de l’Armée noire. Mon arrière-grand-père malien qui représentait le Soudan du Sud. Donc pour moi, c’est une réelle fierté d’être ici aujourd’hui et de pouvoir lui rendre hommage. Il en est revenu muet, il en a été traumatisé. Donc ça a créé une sorte de mémoire d’une violence qui n’a pas été dite, mais qui a été quand même comprise dans la famille. » Sa voisine poursuit : « Avec cette cérémonie et avec l’inauguration de ce monument, cela montre qu’ils sont finalement commémorés et appréciés. Et cela montre la réalité de la colonisation et de ce qui s’est vraiment passé. »

Cette statue a enfin trouvé une place honorable, à la vue de tous, dans le parc de Champagne en périphérie de Reims. Abrité par des arbres, le monument représente cinq soldats en bronze qui avancent dans un même mouvement, unis. Un officier français portant un drapeau est entouré de combattants africains et dun tirailleur sénégalais.  Tout le monde va dans le même sens, les soldats africains portant ou soutenant le soldat français dans sa démarche ou dans son attaque , nous décrit Julien Fargettas, directeur départemental de loffice national des anciens combattants et victimes de guerre. Il est aussi lauteur du livre Les tirailleurs sénégalais. Les soldats noirs entre légendes et réalités 1939-1945. Le monument actuel installé là en 2013 est en fait une copie de celui déjà érigé à Reims et à Bamako au Mali en 1924 pour rendre hommage aux soldats africains ayant combattu en France lors de la Première Guerre mondiale. Le choix de la ville champenoise nest alors pas anodin. Cest là que les troupes venues des colonies se sont particulièrement illustrées aux côtés des soldats de la métropole. Entre les mois de mai et juillet 1918, 15 000 tirailleurs sont impliqués dans les combats pour défendre la ville menacée par une offensive allemande. Près de 2200 dentre eux y perdront la vie.

« En tant que Sénégalais et Africain, je suis honoré quand je vois un monument qui rend hommage aux héros de l’Armée noire, surtout que l’histoire des tirailleurs sénégalais et des héros de l’Armée noire, elle a été pendant très longtemps mise de côté. Par exemple, aujourd’hui c’est un siècle après qu’on inaugure un monument, ça en dit long sur finalement comment cette histoire a été pendant très longtemps mise de côté. On n’en parlait pas beaucoup. Et pour réconcilier les mémoires, c’est important qu’on soit tous présents aujourd’hui. »

Mystère quant au devenir de cette statue. Et jusque dans les années 1960 on ne parle plus den fabriquer une nouvelle. Il y a des difficultés financières de la ville de Reims mais aussi des obstacles politiques et idéologiques en cette période de décolonisation sur le continent africain.  Avec la fin de la guerre dAlgérie qui clôturait le long et difficile processus de décolonisation, la reconstruction à lidentique du monument ancien fut écartée parce que ce monument évoquait lengagement des troupes indigènes dans la Première Guerre mondiale dune façon qui pouvait être considérée désormais comme trop coloniale, voire trop colonialiste , explique lhistorien Jean-Pierre Husson dans un long article consacré à cette histoire. La ville retient donc lidée dun monument plus simple, plus sobre, plus discret érigé en 1963.

Les deux présidents ont salué la solidarité de leurs deux pays aujourd’hui encore et cette fois dans une bataille contre le jihadisme sur les terres africaines : « C’était important pour moi que le président Keïta soit là. D’abord parce qu’il est lui-même le descendant d’un poilu à titre personnel. Il l’a dit avec beaucoup d’émotion. Et aussi, parce que je veux que nos concitoyens français, européens, africains, aient à l’esprit cette dette de sang qui nous lie. A l’heure où je vous parle, nous avons des milliers de nos soldats qui sont sur le sol du Mali, qui sont en Mauritanie, qui sont au Burkina Faso, au Tchad, au Niger et qui se battent contre l’obscurantisme pour la sécurité et la liberté dans ces pays. Mais je n’oublie pas qu’il y a cent ans, ce sont les aïeux de ceux qu’on est allé défendre qui se sont battus pour nous. Reims fait partie de cette histoire avec ce magnifique monument et je remercie le président Keïta. »

Ce dernier confie : « Ce qui nous lie plonge dans l’histoire et a été fécondé par tous ces défis relevés ensemble et qu'aujourd’hui encore, des jeunes Français relèvent quotidiennement dans le Sahel. Ce n’est pas pour la liberté, ce n’est pas pour la paix, mais pour les valeurs parce que ce qui s’est passé chez nous aujourd’hui au Sahel concerne le monde entier. Je me devais de venir témoigner ici de cette solidarité renouvelée entre nos peuples, entre nos pays. »