Mort du petit Tony à Reims : un voisin jugé pour son silence – LEst Eclair

Mort du petit Tony à Reims : un voisin jugé pour son silence - L\Est Eclair

Après la mort dun petit garçon de 3 ans, un voisin jugé pour ne pas avoir appelé la police

En 2016, un petit garçon de 3 ans succombe aux coups que lui inflige quotidiennement son beau-père. Et si plusieurs voisins soupçonnaient les violences subies par le petit blondinet, aucune plainte na été déposée. Le voisin du dessous, un homme de 35 ans, comparaît ce mardi 22 octobre devant le tribunal correctionnel de Reims pour non-dénonciation de mauvais traitements.

Samedi 26 novembre 2016. Caroline, 19 ans, appelle les pompiers: son fils de 3 ans a perdu connaissance. Mais à leur arrivée, ceux-ci trouvent le petit garçon dans un état très préoccupant. Et sétonnent de découvrir des hématomes, sur tout le corps. En urgence, les pompiers le conduisent au service pédiatrique du CHU de Reims. Trop tard: Tony est mort, doucement, sans faire de bruit. Nez cassé, côtes brisées, rupture du frein de la lèvre, hématomes sur tout le corps, lésions au cuir chevelu et aux parties génitales, éclatement de la rate et pancréatite aiguë…De quoi douter de la version de Caroline, qui prétend quil est tombé dans les escaliers.

A linverse, Innocence en danger a tenté de rappeler les éléments forts du dossier. Les pleurs de Tony. Les insultes récurrentes de son beau-père telles que  Je vais te mettre la gueule dans la pisse . Et les bruits sourds qui passaient à travers le plancher.  Il ne sagit pas de faire peur aux gens. Mais bien de leur dire : si vous ne dénoncez pas, vous aurez des problèmes ! Vous aurez des sanctions , avait plaidé Marie Grimaud. Sur cette ligne, le procureur de Reims, Matthieu Bourrette, avait lui demandé au tribunal de déclarer Jonathan. L. coupable des faits, tout en le dispensant de peine.

Affaire du petit Tony: face à la maltraitance, le silence des voisins en procès

En milieu daprès-midi, la mère du garçonnet est placée en garde à vue, rejointe peu après par son compagnon, Loïc Vantal, beau-père de Tony. Immédiatement, le parquet de Reims ouvre une enquête pour meurtre aggravé, violences habituelles sur mineur de 15 ans, non-dénonciation de mauvais traitement, et non-assistance à personne en danger. Le couple est placé en détention provisoire. Le week-end suivant, les investigations menées par les policiers de la Sûreté départementale de la Marne, les interrogatoires et témoignages des voisins donnent un aperçu de lhorreur quotidienne vécue par le blondinet. On lentendait tous les jours lui crier: Je vais te mettre la gueule dedans, parce que le petit avait fait pipi au (…) Lire la suite sur Figaro.fr

Cet homme de 34 ans a comparu, mardi après-midi devant le tribunal de Reims (Marne), pour ne pas avoir dénoncé les mauvais traitements qui ont conduit à la mort de Tony, son petit voisin de 3 ans, en novembre 2016. Le bambin, martyrisé pendant au moins six semaines selon les médecins légistes, avait succombé aux coups portés par son beau-père sans que sa mère ne réagisse. En passant lappartement au révélateur, les policiers avaient découvert que son sang avait coulé quasiment partout.  Pas un meuble ny avait échappé , a même rappelé le procureur.

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Le couple sera prochainement jugé par une cour dassises. Mais la date nest pas encore fixée. Et en attendant, cest donc Jonathan. L. qui a dû se défendre de navoir rien fait dans cet immeuble de la place des Argonautes. De navoir rien dit…  Je ne pouvais pas mimaginer que [de tels faits de violence] étaient possibles. Cest inconcevable. Pour moi, enfin… Je nimaginais pas que cétait possible , a-t-il balbutié à la barre. Suffisant pour convaincre. Dans la soirée, après des débats lourds, le tribunal a fini par prononcer sa relaxe.

Procès rare : pour ne pas avoir suffisamment dénoncé le comportement dun couple violent vis-à-vis dun enfant, un voisin est jugé au tribunal correctionnel de Reims pour non-dénonciation de mauvais traitements. En pareille situation, que faire ? Les conseils de Lenfant Bleu.

Poussant la comparaison avec une soirée devant la télé, il assène même :  On est dans une société individualiste. On doit pousser le son pour entendre le numéro de téléphone à composer pour gagner 5.000 euros. Quitte à ne pas entendre les violences…  Quil se rassure, celles dont le petit Tony a été la victime feront donc lobjet dun autre procès dassises. Il devrait avoir lieu prochainement. Et Jonathan. L. sera rappelé à la barre. En tant que témoin cette fois-ci. Mardi soir, il sest simplement dit  soulagé .

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Messenger LinkedIn Email Que faire si lon soupçonne un enfant dêtre victime de maltraitance ? Pour ne pas en avoir fait assez, un homme de 34 ans comparaît ce mardi 22 octobre devant le tribunal correctionnel de Reims pour  non-dénonciation de mauvais traitements .

Une vraie question de société qui a suscité le désaccord jusquau sein même des associations de protection de lenfance. Lavocate de La Voix de lEnfant est venue à la barre dire que Jonathan. L. navait  pas sa place ici  et que son procès est  un risque de décourager toute personne de signaler un cas de maltraitance à lavenir . LEnfant bleu a rappelé quil fallait plutôt faire la promotion du numéro durgence, le 119.

Le 26 novembre 2016, Tony, petit garçon de 3 ans, avait succombé à  une rupture de la rate et du pancréas  liée à des coups à labdomen. De  très nombreux hématomes  avaient aussi été relevés sur lensemble de son corps, accréditant la thèse de violences  habituelles  subies pendant six semaines.

Le beau-père, mis en examen pour meurtre et placé en détention provisoire depuis le 28 novembre 2016, doit être jugé devant la cour dassises de la Marne au début de lannée 2020. La mère, qui a effectué quatre mois de détention avant dêtre remise en liberté sous contrôle judiciaire, a elle été mise en examen pour  non-assistance à personne en péril  et  non-dénonciation de mauvais traitements  sur mineur.

Un gros fauteuil vert avec des pieds sculptés. Et une assise moelleuse. Juste après sa déposition à la barre, Jonathan. L. ne sest pas fait prier pour seffondrer sur le siège quon lui indiquait. Mains sous les cuisses. Et jambes repliées. Comme sil pouvait sengloutir dans ce siège pour disparaître à jamais. Comme sil voulait prouver quil navait rien à faire dans cette salle daudience.

Peu après le décès de lenfant, le procureur de Reims Matthieu Bourrette avait déploré le manque de réaction du voisinage :  Si les services de police avaient été alertés par le voisinage, cet enfant aurait pu passer la Noël 2016 […] Cet enfant a subi un calvaire. Il en est sorti pour connaître le cimetière. Son histoire a croisé celle dune dizaine de personnes qui auraient pu len sortir vivant , avait-il affirmé.

Paradoxe de cette histoire : le voisin qui comparaît pour  non-dénonciation , avait entrepris plusieurs initiatives. Il avait collé une affichette dans lascenseur sur les violences faites aux femmes afin de faire réagir la mère de Tony. Il assure également avoir alerté le bailleur social sur les soupçons de maltraitance… En vain.

Le 15 novembre 2017, Me Marie Grimaud, avocate de lassociation Innocence en danger, avait demandé que des poursuites pour  non-dénonciation de mauvais traitements  et  non-assistance à personne en danger  soient engagées contre trois voisins qui, selon elle,  avaient nécessairement conscience dêtre face à une situation de maltraitance .

Mort du petit Tony à Reims : que risque-t-on en cas de non-dénonciation ?

Ce mardi, dans Le Parisien, Homayra Sellier, la présidente de lassociation, précise que cette procédure est avant  symbolique. Je ne souhaite absolument pas que cet homme soit condamné à de la prison. Mais il est insupportable de voir dans ces affaires que seuls les parents sont jugés. Aux procès, quand on voit défiler voisins, médecins, instituteurs, membres de la famille, on se rend compte que tout le monde savait ! Sil existe un devoir de signalement, il faut appliquer la loi .

Mais toutes les associations de protection de lenfance ne partagent pas ce point de vue. Selon Laura Morin, directrice de lassociation LEnfant Bleu, ce procès pourrait même avoir un effet dissuasif.  Depuis trente ans, on milite pour que les gens naient plus peur dalerter. Or, dans cette affaire, jai peur quon envoie un mauvais message : quen jugeant un homme qui avait parlé, même sil navait sans doute pas fait les signalements aux bonnes personnes, cela dissuade dautres personnes de sortir du silence. 

Alors que faire en cas de suspicion de maltraitance ?  Pour nous, il faut absolument alerter. Il ne sagit pas de dénoncer, mais de ne pas prendre le risque de laisser un enfant dans lenfer de la maltraitance , insiste Laura Morin. Qui précise : après une alerte, ce sont les services sociaux qui mèneront leur enquête dans la famille.

Mort de Tony, 3 ans, à Reims : un voisin jugé pour ne pas avoir empêché le pire

Comment alerter ? Si la personne estime que lenfant est en danger immédiat,  si elle est inquiète pour son intégrité , il faut appeler les forces de lordre au 17.

Sil sagit de suspicions, il est possible de contacter le 119, la plateforme dappels pour lenfance en danger. Elle est ouverte 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Les appels sont gratuits et la confidentialité est garantie.LEnfant Bleu a aussi lancé son propre site dalerte, AlerterPourSauver.org, qui fonctionne du lundi au vendredi :  Lobjectif est daider une personne à faire un signalement, de laccompagner dans sa démarche. Cest parfois plus simple que dappeler le commissariat , indique Laura Morin.

Mort du petit Tony à Reims: un voisin jugé pour son silence

Enfin, plusieurs associations aimeraient que le gouvernement lance une grande campagne de communication pour lutter contre la maltraitance des enfants. En 2017, un sondage commandé par LEnfant Bleu avait mis en avant que 60 % des personnes soupçonnant des violences dans leur entourage, nagissaient pas  faute dinformations utiles sur la conduite à tenir .