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Cannes 2019 : The Dead Dont Die , lapocalypse pop de Jim Jarmusch

Entre ironie et élégance, le réalisateur lâche les morts-vivants sur un monde en proie à une catastrophe écologique. Bill Murray, Iggy Pop, RZA, Tom Waits ou encore Selena Gomez sont à laffiche.

Iggy Pop interprète un zombie. ABBOT GENSER / FOCUS FEATURES / IMAGE ELEVEN PRODUCTIONS Sélection officielle – En compétition – Film douverture

Le 72e Festival de Cannes commence par la fin. Celle de toute lespèce humaine, submergée par la vague des morts-vivants, réveillés par une nouvelle catastrophe écologique. Par bonheur – pour les festivaliers et pour les spectateurs qui découvriront The Dead Dont Die en salle, au moment même de sa projection dans le Grand Théâtre Lumière – lapocalypse selon Jim Jarmusch est cool, aussi cool que linterprète du dernier défenseur de lhumanité, Bill Murray, aussi cool que les musiciens qui peuplent le cimetière et les rues de Centerville, bourgade sylvestre du nord-est des Etats-Unis : Iggy Pop, RZA, Tom Waits, Selena Gomez, Sturgill Simpson.

Ce détachement fait dironie, délégance et desprit du moment est une constante de lœuvre de Jarmusch. Il sert parfois à rendre tolérable linsupportable, parfois à mettre en scène les paroxysmes sans quils sortent du cadre. Cette fois, le réalisateur de The Limits of Control, pousse le paradoxe jusquà labsurde au risque de diluer la colère et le désespoir qui animent son film.

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The Dead Dont Die est à la fois un râle dagonisant et une bonne blague, accompagnée de clins dœil par le plaisantin. Très tôt, on entend à plusieurs reprises la chanson The Dead Dont Die, écrite et interprétée par le chanteur Sturgill Simpson – dont lavant-dernier album sappelle Metamodern Sounds in Country Music, Jarmusch ne pouvait pas le rater. Lorsque Bill Murray, qui joue Cliff Robertson, le chef de la police de Centerville, sen étonne auprès de son adjoint Ronnie Peterson (Adam Driver) celui-ci lui conseille de ne pas sétonner puisque  cest la chanson titre .

Ces blagues juvéniles, tout à fait superflues – dautres situations comiques surgissent au fil de linvasion, qui sont, elles, parfaitement inscrites dans le cours du récit – sonnent plutôt comme de petits actes de contrition : en rappelant que nous ne sommes quau cinéma, Jarmusch semble vouloir se prémunir contre le reproche dêtre un prophète de malheur. Si nous finissons de détruire notre monde dans les années qui viennent, ce ne sera pas de sa faute.

Car ici les zombies ne sont pas le produit dune infestation virale ou dun rite surnaturel. Pour assouvir sa soif dénergie, lhumanité a laissé pratiquer le  fracking polaire , désaxant la planète, remplaçant le jour par la nuit et réveillant les morts. Lorsque ceux-ci surgissent de leurs tombes – de la manière la plus classique, en grattant la terre jusquà ce quune main émerge –, ils sont à la fois nonchalants et méthodiques, attachés à lune de leurs manies terrestres (téléphone portable, musique…) et résolus à dévorer tous les vivants quils croisent. Le premier dentre eux a les traits tout à fait reconnaissables dIggy Pop, et répète à linfini le mot  coffee . Dans les rangs du premier contingent, on compte aussi lactrice Carol Kane et la réalisatrice Sara Driver, étoiles du cinéma punk new-yorkais au siècle dernier.

Les réalisatrices côtoieront les vétérans Jarmusch, Loach, Almodovar, Bellocchio et Malick lors de la 72e édition du Festival qui se déroulera du 14 au 25 mai.

Les organisateurs de la 72e édition du Festival de Cannes, Thierry Frémaux et Pierre Lescure, à Paris le 18 avril. GONZALO FUENTES / REUTERS La 72e édition du Festival de Cannes, du 14 au 25 mai, sera  romantique et politique , a annoncé Thierry Frémaux, son délégué général, qui présentait, jeudi 18 avril, en compagnie du président de la manifestation, Pierre Lescure, 46 longs métrages retenus en sélection officielle (compétition, Un certain regard, hors compétition), soit  90 % de ce que vous verrez , a-t-il précisé.

Comme déjà annoncé, la compétition et le Festival souvriront le mardi 14 mai par la projection de The Dead Dont Die (Les morts ne meurent pas), film de zombies signé Jim Jarmusch, vétéran de Cannes, qui sortira le jour même en salles. Ce sera aussi le cas de lun des derniers films présentés en compétition dix jours plus tard, Sibyl, de Justine Triet, la réalisatrice de Victoria (qui retrouve son interprète, Virginie Efira), nouvelle venue en compétition.

Avec la cinéaste sénégalaise et française Mati Diop, lAutrichienne Jessica Hausner et sa compatriote Céline Sciamma, Justine Triet est lune des quatre réalisatrices à concourir pour la Palme dor. Cest une de plus que les deux années passées.

De Mati Diop on verra Atlantique, chronique de lémigration vue par les femmes restées à Thiaroye, dans la banlieue de Dakar, de Jessica Hausner, Little Joe, film fantastique tourné en anglais et de Céline Sciamma Portrait de la jeune fille en feu, un film en costumes avec Adèle Haenel.

Les vétérans européens et américains sont largement représentés dans la compétition : Pedro Almodovar présente Douleur et gloire, qui vient de lui valoir lun de ses plus grands succès en Espagne ; Marco Bellocchio, Il Traditore, portrait du mafioso repenti Tomaso Buscetta ; Jean-Pierre et Luc Dardenne, Le Jeune Ahmed (le film sortira le jour de sa projection à Cannes) ; Arnaud Despleschin, Roubaix, une lumière, avec Léa Seydoux et Roschdy Zem ; Ken Loach, Sorry We Missed You, pendant que Terrence Malick vient tenir compagnie à Jim Jarmusch avec Une vie cachée.

Malgré sa toute neuve trentaine, Xavier Dolan fait aussi figure de vétéran : il revient avec un film tourné en français, Mathias et Maxime, quil interprète également après lintermède anglophone de Ma vie avec John F. Donovan.

Enfin, pour compléter la liste des cinéastes qui ont déjà foulé le tapis rouge, le réalisateur palestinien de lintérieur Elia Suleiman présentera en compétition It Must Be Heaven, comme il lavait fait de ses deux précédents films, Intervention divine et Le Temps quil reste ; le Coréen Bong Joon-ho montrera Parasite,  qui sortira en salles , a tenu à préciser Thierry Frémaux (en 2017, Okja avait été retenu en compétition avant dêtre diffusé exclusivement sur Netflix en France) ; le Brésilien Kleber Mendonça Filho reviendra, après Aquarius, avec Bacurau, coréalisé avec Juliano Dornelles.

Outre les quatre réalisatrices déjà citées, feront leurs débuts en compétition Diao Yinan, cinéaste chinois dont on découvrira un film policier, le Roumain Corneliu Porumboiu (La Gomera), lAméricain Ira Sachs (Frankie, avec Isabelle Huppert) et le Français Ladj Ly qui a baptisé son film dun titre qui est en ce moment sur toutes les lèvres : Les Misérables.

Sur les seize titres de la section Un certain regard, six sont des premiers longs métrages, autant sont réalisés par des femmes. Christophe Honoré (Chambre 212) et Bruno Dumont (Jeanne) feront figure de grands frères, avec le Catalan Albert Serra (Liberté).

Hors compétition, on nest pas surpris de découvrir la présence de Rocketman, de Dexter Fletcher, biographie filmée dElton John, avec Taron Egerton. Claude Lelouch présentera Les Plus Belles Années dune vie, avec les acteurs dUn homme et une femme et Asif Kapadia (Amy) proposera un documentaire sur les années napolitaines de Diego Maradona. Le rôle du film populaire adoubé à Cannes, qua tenu en 2018 Le Grand Bain, de Gilles Lellouche, est cette fois confié à La Belle Epoque, de Nicolas Bedos.

Parmi les absences remarquées, celle de Once Upon A Time… In Hollywood, de Quentin Tarantino, dont Thierry Frémaux a fait savoir quil nétait pas terminé, tout en espérant quil le serait à temps pour arriver sur la Croisette et de Mektoub My Love : Intermezzo dAbdellatif Kechiche. Restent encore une demi-douzaine de titres à venir. Deux ou trois concourront pour la Palme dor, décernée par un jury présidé par le Mexicain Alejandro Gonzalez Iñarritu, dont la composition sera, elle aussi, annoncée ultérieurement.