Incendie de lusine Lubrizol à Rouen: qui va en payer les conséquences économiques? – BFMTV.COM

Incendie de l\usine Lubrizol à Rouen: qui va en payer les conséquences économiques? - BFMTV.COM

Dans laffaire Lubrizol, le gouvernement fait tout son possible pour ne pas être cru

Une semaine après lincendie survenu à lusine Lubrizol de Rouen, son origine nest toujours pas connue. Lundi, lentreprise affirmait dans un communiqué que la source du feu serait extérieure à la société, sappuyant sur de la vidéosurveillance et des témoins oculaires.

Si cette piste continue dêtre étudiée par les enquêteurs, aucun témoin oculaire ne donne, pour linstant, cette version et aucune vidéo ne permet de la confirmer, selon nos informations. Mais toutes nont pas encore été visionnées: il existe des centaines dheures de vidéosurveillance au total, entre celles du site et celles aux abords de lusine.

Des représentants de la préfecture, des agents de lEtat, ou encore des dirigeants de Lubrizol devraient être auditionnés. Mais rien ne les obligera à répondre à ces convocations. Le poids médiatique de cette affaire est tellement fort que je ne vois pas comment ils pourraient se le permettre , veut croire le député de Seine-Maritime. Selon LCI, certains dirigeants dadministrations pourraient quand même être auditionnés sous serment.

Video: Des milliers de Rouennais ont manifesté pour réclamer la vérité

Toutes les pistes restent donc ouvertes. Aucun élément suspect, par exemple des menaces envers Lubrizol, na été mis au jour par les enquêteurs pour linstant. Selon nos informations, ce nest pas une défaillance dans le système anti-incendie qui serait en cause dans la propagation du feu. Toutes les alarmes semblent, en effet, avoir fonctionné correctement.

La première a moins de pouvoirs contraignants que la seconde. Une mission dinformation doit se limiter à un simple rôle dinformation , lit-on sur le site de lAssemblée nationale. Dans le cadre dune commission denquête parlementaire, les élus peuvent notamment obliger une personne à venir témoigner sous serment, demander la fourniture de documents officiels, ou saisir la justice.

Lenquête, menée par le parquet de Paris, après le dessaisissement du parquet de Rouen, mobilise actuellement une vingtaine de policiers et de gendarmes.

Si aucune piste nest encore officiellement privilégiée, on peut dès aujourdhui travailler sur le volet de linformation des populations, car on se sent bien quelle nest plus du tout adaptée au monde daujourdhui , reconnaît Damien Adam, député LREM de Seine-Maritime. Plus lEtat communique, moins les gens sont rassurés. Il y a objectivement un problème , ajoute lélu.

Une trentaine dauditions ont eu lieu jusquà présent. Des personnes présentes sur le site au moment de lincendie et des employés sont auditionnés pour comprendre le fonctionnement de lentreprise. Les constatations techniques et scientifiques doivent débuter dans les prochains jours, étant donné que le site est toujours difficilement praticable pour le moment.

Un accord a été trouvé mercredi lors de la conférence de présidents, qui regroupe notamment le patron de chaque groupe parlementaire. Une commission denquête aurait eu plus du poids, mais cette mission dinformation a au moins le mérite de mobiliser lensemble des familles politiques , estime Matthieu Orphelin, député LREM du Maine-et-Loire, interrogé par Le Parisien.

Rouen: des analyses de sang ont-elles été cachées aux pompiers qui sont intervenus à lusine Lubrizol?

Yvon Robert, maire (PS) de Rouen, la affirmé le 1er octobre sur RTL: leau de sa ville est bel et bien «potable». Dans le même temps, il faut faire avec les odeurs, «difficiles à supporter à certains moments». En déplacement dans la ville normande, le Premier ministre Édouard Philippe a assuré que ces odeurs «ne sont pas nocives». Mais comment peut-on boire de leau du robinet sans sinquiéter, quand lair est insupportable à respirer?

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«Je ne suis ni physicien, ni chimiste, nul ne peut tout savoir, dans ces domaines-là», a reconnu Yvon Robert, par ailleurs président de la métropole Rouen Normandie, avant de dire sa confiance «dans les techniciens, les scientifiques, les ingénieurs».

Mais encore une fois, comment le politique pourrait-il expliquer quand le scientifique ne sait pas (encore) tout dire de la réalité et de sa possible toxicité?

Incendie de lusine Lubrizol: pourquoi ce site classé Seveso se trouve-t-il aussi près du centre-ville?

À cet égard, lincendie de lusine Lubrizol de Rouen, le 26 septembre, constitue dès à présent un cas décole: il cristallise une somme dinquiétudes collectives souterraines et met soudain en lumière les limites de la crédibilité politique dans le champ du sanitaire.

Mardi, le journal Libération a publié le témoignage dun pompier expliquant avoir passé une quarantaine dheures sur les lieux de lincendie. Le Service départemental dincendie et de secours (SDIS) de Seine-Maritime lui a demandé de faire un analyse sanguine pour vérifier si son intervention avait eu un impact immédiat sur sa santé. Selon son récit, lorsquil a voulu aller les chercher, le laboratoire a refusé de les lui donner.

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Moins dune semaine après un incident certes spectaculaire mais qui na fait aucune victime, on découvre un gouvernement –et plus généralement des pouvoirs publics– engagés dans une course accélérée à la rationalité, qui pour lheure semble perdue davance. Devant eux, largement en tête, la contagion des rumeurs, mensonges et autres fausses nouvelles amplifiée par les réseaux sociaux.

Selon ses explications, si le sapeur-pompier na pas pu accéder aux résultats, cest parce que cest “à lemployeur que lon renvoie ces analyses sanguines”, explique le commandant, qui mentionne un arrêté du 26 novembre 1999, de la médecine du travail. Comme le précise Check News, les résultats seront en fait transmis aux agents via la médecine du travail, qui a prescrit ces analyses.

On a ainsi pu voir circuler des photos et vidéos doiseaux morts qui navaient aucun rapport avec lincendie. Puis émergea un faux communiqué prétendument attribué à lAgence régionale de santé des Hauts-de-France et à la préfecture de Seine-Maritime, sans oublier des vidéos dune eau noire sortant de robinets de lavabo amplement relayées sur les réseaux sociaux.

Ce pompier, mais aussi plusieurs autres interrogés, dénonce également le manque de protection reçu pendant lintervention. Celui interrogé par Libération affirme que les employés de lusine étaient mieux équipés que lui, que les pompiers ont manqué de bouteilles dair dès le premier jour, ce qui les a contraint à porter des masques en tissu, peu efficaces face à un nuage toxique.

Et les mêmes réseaux de publier des accusations visant des médias coupables davoir privilégié la mort de Jacques Chirac au détriment de cet accident –jusquà Télérama: «Une usine classée Seveso brûle et les télés regardent ailleurs».

Il s’agit de “voir ce qui s’est passé, comment les choses ont été gérées, et surtout en tirer les enseignements utiles (…), voir s’il y a des décisions à prendre d’ordre législatif ou règlementaire”, a indiqué le chef de file des députés LREM Gilles Le Gendre, devant l’Association des journalistes parlementaires (AJP). Les responsabilités de cette mission d’information seront partagées entre majorité et opposition.

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Sibeth Ndiaye a rappelé que “des contrôles existent sur l’ensemble de ces sites et que le site de Lubrizol en particulier a reçu de manière régulière des contrôles”. L’usine de Rouen “au cours des dernières années a subi un contrôle par an, en particulier des contrôles incendie qui ont montré qu’il n’y avait pas de risque particulier, a-t-elle assuré Après, le risque zéro n’existe pas.”

Cinq ministres, dont le Premier, se sont déplacé·es à Rouen pour répéter quil ny avait a priori aucun risque pour la santé et que les résultats des dosages toxicologiques dans lair, leau et les sols seraient rendus publics dès quils seraient disponibles.

“Le gouvernement par le biais du ministère de la Transition écologique va demander dans les heures qui viennent à l’ensemble des dirigeants des sites Seveso d’effectuer des contrôles de sécurité, de manière à nous assurer que l’ensemble des installations sont bien en sécurité”, a déclaré mercredi sur Europe 1 la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye.

Au même moment, on apprenait que des interdictions et des destructions de denrées alimentaires étaient prononcées par les autorités, au grand dam des paysans et des éleveurs de plus dune centaine de communes –sans oublier toutes les personnes qui avaient choisi de consommer local. Pas de danger, mais une série de mesures apparemment contradictoires prises au nom dun principe de précaution plus ou moins mal compris.

Le 27 septembre, à Rouen, la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn déclarait que «la ville est clairement polluée par les suies» et disait comprendre linquiétude de la population. À ses côtés, Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, relevait quil ny avait «pas de polluants anormaux dans les prélèvements effectués».

Les habitant·es ont toutefois été invité·es à nettoyer leurs logements «uniquement à leau en portant des gants de ménage, sans utiliser de nettoyeur haute pression pouvant mettre en suspension les particules». En cas de contact accidentel avec les suies, les autorités sanitaires préconisent de se laver immédiatement avec du savon ordinaire et «si besoin se rincer les yeux avec du sérum physiologique». Agnès Buzyn a précisé quil nétait pas nécessaire de porter un masque, tout en comprenant quon choisisse de le faire.

“Avoir des usines classées Seveso qui sont quasiment imbriquées dans une ville, on ne ferait plus ça aujourdhui”, a déclaré dimanche Bruno Le Maire sur le plateau du Grand Jury de RTL, Le Figaro et LCI. “Quon fasse un retour dexpérience, que nous regardions quelles leçons il faut en tirer sur les implantations dusines, sur les usines à risque (…) pourquoi pas, je pense que ça pourrait être utile”, a avancé le ministre de lÉconomie et des Finances. 

Didier Guillaume, ministre de lAgriculture, a pour sa part tenu à «apporter son soutien aux agriculteurs […] touchés par les dépôts de suie dus à lincendie de lusine Lubrizol». «Les agriculteurs touchés par cette pollution sont des victimes et vous serez indemnisés comme des victimes. Les coupables seront condamnés et lÉtat vous accompagnera», a-t-il promis.

Dans les communes concernées, on pointe pourtant la mauvaise la gestion de lincendie et de ses retombées par le préfet de Seine-Maritime. Plusieurs maires ont confié leur solitude face à la crise; des membres du corps enseignant ont refusé de faire cours dans de telles conditions.

Le 30 septembre, 500 Rouennais·es mobilisé·es via les réseaux sociaux et encadré·es par un important dispositif de police manifestaient aux cris de «On veut la vérité, on ne veut pas crever!».

Le même jour, devant ce quil reste de lusine Lubrizol, Édouard Philippe rencontrait la presse: «Lensemble des analyses nous permet de dire que la qualité de lair nest pas en cause. […] Cest ce que me disent les scientifiques. Je sais que nous vivons à une époque où la parole publique est souvent mise en cause et décrédibilisée mais, en la matière, nous avons fait preuve de transparence totale», se défendait le Premier ministre.

Lubrizol: Nous ne savons pas tout, reconnaît Edouard Philippe

«Pour faire face à linquiétude légitime des populations, il ny a quune solution: le sérieux et la transparence complète et totale, martelait-il. Nous avons souhaité faire en sorte que tout ce qui est su, que toutes les analyses qui sont réalisées soient rendues publiques.»

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Tout est dit, ou presque, par un Premier ministre qui semble battre en retraite face à un nouvel adversaire redoutable, acceptant que la décrédibilisation de la parole publique puisse être supérieure aux preuves réitérées dune volonté gouvernementale de transparence.

VIDÉO – Incendie de lusine Lubrizol à Rouen : comment décontaminer le site ? – LCI

Cest dailleurs la même volonté de transparence qui anime les membres du récent Collectif Lubrizol, un groupe Facebook de résident·es de lagglomération rouennaise visant à «faire la lumière sur cette catastrophe sanitaire, sociale, écologique dampleur nationale».

Incendie à Rouen : lhypothèse dun départ de feu extérieur au site nest pas confirmée, à ce stade, par lenquête

On observe ainsi en direct, et pour la première fois de cette manière en France, à un début de faillite de ce qui avait été mis en place avec succès à la fin du siècle dernier dans le cadre de laffaire de la vache folle: parallèlement au principe de précaution, la séparation théorisée de lévaluation scientifique du risque et de la gestion politique de ce dernier.

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Il y a bien sûr, aujourdhui, linvraisemblable cacophonie gouvernementale et labsence totale de maîtrise de la communication de lexécutif. Mais plus généralement, lincendie de Rouen démontre que cette séparation entre lévaluation du risque et sa gestion est devenue impossible, du fait notamment des réseaux sociaux et des perturbations majeures quils induisent dans le champ politique.

La situation peut vite devenir inextricable et ingérable pour lexécutif, prisonnier dune transparence quil promet sans pouvoir loffrir dans linstant. Cest là du pain bénit pour les dynamiques complotistes, sur fond dangoisses collectives environnementales.

Et puis, hasard ou fatalité, lincendie de lusine Lubrizol de Rouen entre en résonance avec celui de Notre-Dame de Paris en avril dernier, qui alimente une polémique croissante sur les failles et les fautes dans la gestion des risques dexposition au plomb de la population. Un double cas décole en somme, qui voit des édifices religieux ou industriels brûler et un pouvoir exécutif comme piégé par une vérité quil dit chercher quand on laccuse de la camoufler.