Incendie à Rouen. Les maisons proches dune usine Seveso peuvent être expropriées – Ouest-France

Incendie à Rouen. Les maisons proches dune usine Seveso peuvent être expropriées - Ouest-France

Après lincendie de Lubrizol, toutes les mesures de restriction concernant les productions agricoles sont levées dans lAisne

Très réservé, voire austère, le haut fonctionnaire a été placé sous les projecteurs et les critiques par la catastrophe du 26 septembre.

Le préfet de Seine-Maritime, Pierre-André Durand, lors dune conférence de presse à Rouen, le 3 octobre. LOU BENOIST / AFP Il a fallu les caméras de lémission  Envoyé spécial  de France 2 pour que Pierre-André Durand exprime un début de contrition, jeudi 10 octobre, quinze jours après le spectaculaire incendie qui a ravagé, jeudi 26 septembre, à Rouen, une partie de lusine chimique Lubrizol et de sa voisine, lentreprise Normandie Logistique. Interrogé sur ses propos prononcés deux jours après le sinistre –  un état habituel de la qualité de lair  –, le préfet de Normandie et de Seine-Maritime reconnaît :  Jai un regret, parce que ce que jai dit était techniquement exact, mais mal compris par nos concitoyens. 

Ce 19 octobre, la préfecture de lOise a annoncé la levée des dernières restrictions de commercialisation de produits agricoles mises en place dans lOise, lAisne, la Somme et le Nord après lincendie de lusine chimique de Lubrizol à Rouen. 

Arrivé de Seine-Saint-Denis il y a six mois à peine, Pierre-André Durand, en fonctions depuis le 23 avril 2019, ne sétait pas encore fait un nom en Normandie. Cette catastrophe industrielle la placé sous les projecteurs et les critiques. Sa communication et certains de ses choix en matière de gestion de crise ont été critiqués. Notamment sa décision de ne pas actionner les sirènes dalarme dès la survenue de lincendie, en milieu de nuit.

Les 502 denrées alimentaires analysées par lAgence nationale de sécurité sanitaire et de lalimentation (Anses) après lincendie de lunsine Lubrizol à Rouen "sont conformes dans leur forme consommée", a assuré le ministère de lAgriculture en annonçant vendredi la levée des dernières restrictions de commercialisation des produits agricole. Une "surveillance rapprochée" des produits va  néanmoins être maintenue. À la suite de lincendie de lusine Seveso seuil haut Lubrizol de Rouen, des mesures de restriction avaient été mises en place dans de nombreuses communes où des suies avaient été observées (Seine-Maritime, Oise, Nord, Somme et Aisne).

Pierre-André Durand incarne un personnage, celui du serviteur de lEtat tout en contrôle, parfois jusquà la caricature. Lunettes fines, visage impassible, cheveux ras, phrasé lent, il apparaît très réservé, voire austère. Lors de ses conférences de presse quotidiennes, censées témoigner de la  transparence  étatique, il na jamais laissé paraître le moindre signe dénervement.

Afin den savoir plus sur cet énarque de 59 ans, promotion Gambetta (1990), qui a refusé de nous recevoir en tête-à-tête, il faut consulter son curriculum vitae et se tourner vers les rares articles de presse publiés au gré des affectations de ce nomade administratif. Il est énarque, donc, et titulaire dun DESS en administration des collectivités territoriales, mais autodidacte.

Né à Antibes (Alpes-Maritimes), en mars 1960, lhomme a démarré sa carrière au bas de léchelle, en 1980, en tant quauxiliaire de bureau, à la mairie de Nice, dirigée à lépoque par Jacques Médecin, avec un BEP pour seul bagage, selon Les Echos, qui lui ont consacré un article en 2010.

Au cours de la décennie 1980, il y gravit méthodiquement les échelons de la fonction publique territoriale, devenant successivement agent de bureau, commis, rédacteur puis attaché territorial. Avant de réussir le concours dentrée de lENA à lâge de 30 ans. En 1993, ce célibataire friand de musique et en particulier dopéra – longtemps membre de lharmonie de Nice et engagé volontaire, lors de son service militaire, dans la  musique  de la 2e région aérienne – entame son parcours de haut fonctionnaire dans la Loire, en tant que sous-préfet, puis en Guyane, un an plus tard, avant dêtre le secrétaire général de la préfecture de lAube, en 1996.

Depuis lincendie de lusine Lubrizol de Rouen, les produits tels que le lait, les œufs, le miel ou encore les fruits et légumes ne pouvaient plus être collectés dans les communes où des traces de suie avaient été relevées. Cinq départements étaient concernés. Dans lAisne, ces mesures ciblaient vingt communes situées au nord du département.

Dans ce "dispositif étanche et pressurisé, un robot commandé à distance par du personnel qualifié, manipulera chacun des fûts pour une neutralisation sur place", poursuit l'Etat. "Le robot triera, traitera et neutralisera les matières pour préparer leur évacuation. Les matières ainsi traitées seront acheminées par camion-citerne", ajoute encore la préfecture. "Les fûts vidés seront transportés dans des bennes étanches par voie routière", selon le communiqué. Des "odeurs dues à des nappes résiduelles d'hydrocarbures peuvent encore être ressenties ponctuellement" à Rouen "en raison des conditions météorologiques", malgré la mise en place de "brumisateurs avec diffusion de produits neutralisants d'odeurs pour diminuer les possibles nuisances olfactives", rappelle la préfecture. L'opération doit démarrer mardi prochain. La préfecture n'a pas souhaité indiqué le nom de l'entreprise chargée d'évacuer les fûts.

Le 14 octobre, les mesures de restrictions sur le lait et les produits laitiers avaient été levées au vu dun premier avis rédigé par lAgence nationale de sécurité sanitaire et de lalimentation (Anses). Hier vendredi, toutes les autres restrictions ont également été levées. LAnses a donné son feu vert, se basant sur 502 résultats danalyse réalisés sur les produits soumis à restriction qui ont été prélevés entre le 28 septembre et le 10 octobre dans des exploitations des cinq départements concernés et  choisis sur la base de critères dexposition au risque . Les résultats de ces 502 prélèvements  sont conformes et présentent des résultats en deçà des valeurs réglementaires , indique le rapport de lAnses.

Cette opération très délicate qui va mobiliser un robot intervenant "dans un dispositif étanche et pressurisé", "sera réalisée en journée hors week-end et durera deux mois", indique-t-elle dans un communiqué. Ces 160 fûts endommagés dans l'incendie qui a ravagé le site Seveso seuil haut le 26 septembre contiennent une substance qui, si elle est chauffée, peut donner lieu à des émanations de sulfure d'hydrogène (H2S), un gaz "extrêmement dangereux", et de Mercaptan, un gaz "très incommodant", selon l'État. Toutefois, la nature exacte de la substance contenue dans les fûts n'a pas été précisée. Jointe par Sciences et Avenir, la préfecture n'a pas encore été en mesure de fournir cette information.

Au vu de ces éléments et à la demande de la direction générale de lalimentation du ministère de lAgriculture, le préfet de lAisne a levé toutes les restrictions concernant les productions agricoles prises par arrêtés préfectoraux les 29 septembre et 2 octobre.

Il est par ailleurs précise que lAnses formulera des  recommandations complémentaires dans les prochaines semaines pour ajuster cette surveillance renforcée de long terme des productions agricoles, qui sinscrit dans une perspective plus large de surveillance de lenvironnement et de la santé .