Saint-Denis : lemployé municipal explique navoir jamais touché à un trafic de drogue – Le Parisien

Saint-Denis : lemployé municipal explique navoir jamais touché à un trafic de drogue - Le Parisien

Cannabis dans un local municipal: “Je ne sais même pas ce que je fais ici !”

"Je ne sais même pas ce que je fais ici !": un ex-employé de Saint-Denis, jugé lundi à Bobigny pour avoir fait entrer 500 kilos de cannabis dans un local de la ville a vigoureusement nié, tentant dincriminer le fonctionnement de la structure.

"Jai trois enfants, je travaille depuis lâge de 16 ans. Je passe mes vacances à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, mes week-end dans la Sarthe. Jai aucun intérêt à participer à un trafic de drogue", carrure massive et polo blanc bien repassé, lex-employé municipal finit en larmes: "Dites-moi ce que jai fait !", lance-t-il au tribunal.

Le 17 novembre 2016, vers 21H00, les douanes avaient intercepté un camion en provenance dEspagne qui venait dentrer dans le centre technique municipal (CTM) de Saint-Denis. A lintérieur, une demi-tonne de résine de cannabis, dissimulée dans une cache spécialement aménagée sous le chargement doranges.

Le chauffeur du camion, un Espagnol de 62 ans, et un homme de 30 ans, au volant dune voiture "ouvreuse", avaient été immédiatement interpellés. Ils sont tous deux jugés jusquà mardi aux côtés de lex-employé, qui avait été arrêté dans la nuit, dans lenceinte du CTM.

Tout avait commencé quand un véhicule et une remorque avaient été repérés par un LAPPI, le système automatisé de contrôle des plaques dimmatriculation, aux péages du Sigean et du Perthus, près de la frontière espagnole, quelques mois plus tôt. Après des planques à Gennevilliers, les enquêteurs des douanes réalisent que lépicentre du trafic a lieu à Saint-Denis et pas nimporte où… dans le centre technique municipal, donc. Ils attendent alors le bon jour : ils savent quune Audi, grosse cylindrée, a servi de voiture ouvreuse depuis lEspagne, suivie dau moins un camion transportant officiellement des oranges.

Dans sa voiture, les enquêteurs avaient retrouvé près de 95.000 euros en espèces. Des brouilleurs GSM, ainsi quun traceur avaient été  découverts dans ses effets personnels, entre autres objets.

En revanche, tout le monde saccorde sur son goût pour les belles voitures, tel ce 4×4 Mercedes quil conduisait régulièrement. Plusieurs grosses cylindrées se trouvaient dailleurs dans le garage municipal de Saint-Denis le jour de la descente des douaniers. Or, elles ne faisaient pas partie du parc de cette municipalité à majorité communiste. Ces visiteurs fortunés du garage municipal étaient-ils aussi les clients de Cyril Ferrari ? Lenquête na pas établi de lien entre ces véhicules et le trafic de drogue. Ce nest pas la seule zone dombre. Le procès permettra peut-être dy voir un peu plus clair. 

Le directeur du centre technique avait assuré lavoir reconnu sur les images de vidéo-surveillance du site. Ce que nie vigoureusement lex-employé, qui a depuis été révoqué. "Sur la vidéo, cest quelquun de menu. Moi, avant la détention, je faisais 117 kilos, jai perdu 20 kilos."

Sur le banc des accusés, se retrouveront durant deux jours les membres présumés de cette association de malfaiteurs identifiés par les douaniers à lissue de go fast entre lEspagne et la France. Personne dautre, puisque lenquête na pas établi de connexion avec des réseaux mafieux et déventuels protecteurs-commanditaires. Ces go fast ne devaient quand même pas être très rapides avec le camion et sa remorque, persifle un proche de laffaire, pointant les nombreuses interrogations en suspens. Lenquête na pas non plus permis détablir de connexion politique au sein de la municipalité. 

"Jai été témoin de beaucoup de choses au CTM", répète-t-il à plusieurs reprises. Il assure en avoir "fait part" au directeur de la structure, "ça mest revenu dessus comme un boomerang". Il ne précisera pourtant rien de plus: "Jai beaucoup de choses à dire, mais ce serait cracher dans la soupe".

"Le tribunal nest pas saisi de tout ce quil se passe au CTM, ce nest pas notre problème", lavait recadré peu avant un des magistrats. "Moi ce nest pas mon problème cette histoire de drogue !", avait-il répondu du tac au tac, sans larmes cette fois. 

Quand les douaniers interceptent les véhicules et leurs chargements dans lenceinte du centre technique municipal, lun des suspects présents sur les lieux prend la fuite vers des logements de fonction situés à proximité. Juan, lun des livreurs, espagnol, ne bouge pas : il déclare ne pas comprendre et montre ses palettes de belles oranges dans la remorque. Une remorque un peu particulière avec un double fond très bien réalisé et trois tiroirs bien chargés que les douaniers découvrent rapidement. 

“De mémoire de policier, c’est du jamais vu”: trois hommes, dont un employé municipal, sont jugés à partir de ce lundi à Bobigny après la découverte de 500 kilos de cannabis dans un garage de la ville de Saint-Denis.

Novembre 2016, un camion en provenance d’Espagne pénètre dans le centre technique municipal (CTM) de Saint-Denis. Il est précédé d’une puissante Audi. C’est la deuxième fois en quelques semaines que des agents des douanes repèrent cet étrange manège.

Cette fois, ils interceptent le convoi, peu après 21 heures. Et découvrent à l’intérieur de la remorque, dissimulés dans une cache aménagée, 500 kilos de résine de cannabis. La drogue devait être reconditionnée puis “dispatchée” entre plusieurs revendeurs, avait expliqué une source proche de l’enquête à l’époque des faits.

Lancien responsable adjoint du service des fêtes de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) est jugé à compter du 1er avril devant le tribunal de Bobigny pour trafic de drogue avec plusieurs complices. En novembre 2016, les douaniers avaient saisi 504 kilos de cannabis dans lenceinte même du centre technique de la mairie.

Valeur estimée à la revente: entre 2 000 et 3 000 euros le kilo, en fonction de la qualité de la marchandise.”De mémoire de policier, une telle saisie dans l’enceinte d’un local municipal, c’est du jamais vu”, souffle aujourd’hui une source policière qui a fait l’essentiel de sa carrière en Seine-Saint-Denis.

Lors de lenquête entamée en 2016, aucun des proches de lagent du service des fêtes de la mairie de Saint-Denis ne se souvient de ses talents au poker ni même de lavoir jamais vu jouer. 

Le chauffeur, un Espagnol aujourd’hui âgé de 62 ans, est immédiatement interpellé ainsi qu’un autre homme de 30 ans, au volant de l’Audi, qui faisait office de “voiture ouvreuse”.

Un troisième homme prend la fuite. Sur les images de vidéosurveillance, un témoin assure reconnaître le fuyard et désigne le responsable adjoint du service des fêtes de la ville.

Ce dernier, qui conteste toute participation au trafic, est arrêté quelques heures plus tard dans l’enceinte du CTM. Dans une camionnette lui appartenant, près de 95 000 euros en espèces, répartis dans trois paquets thermosoudés, sont retrouvés. Dans ses effets personnels, les enquêteurs découvrent notamment des brouilleurs GSM et un traceur.

Il comparaîtra jusqu’à mardi devant le tribunal correctionnel avec les deux autres suspects. Cet homme de 42 ans, qui travaillait pour la ville depuis plus de 20 ans, avait déjà été mis en cause dans une affaire de stupéfiants en 2015, sans être condamné. Le dossier a fait l’objet d’une “annulation de procédure”, selon son avocat, Guillaume Valat.

Dans l’affaire du CTM, “les charges qui pèsent sur lui sont minces”, affirme Me Valat. “Il conteste être l’homme sur les images de vidéosurveillance, qui sont de très mauvaise qualité et ne permettent pas de reconnaître qui que ce soit”, assure l’avocat.

Il n’a en revanche “pas d’explication” sur les espèces retrouvées dans son véhicule, avance son conseil, soulignant qu’”aucune empreinte digitale ni ADN” n’a été retrouvé sur les sacs et qu’”il est d’usage, au CTM, de laisser les véhicules ouverts, clé sur le contact, pour les déplacer si besoin”.

Contactés, les avocats des deux autres prévenus n’ont pas souhaité réagir avant l’audience.

La ville de Saint-Denis s’est portée partie civile. “Les premières victimes des graves agissements présumés (de cet employé, ndlr) sont les agents de la mairie dont l’image a été injustement associée à cet individu”, a déclaréla municipalité communiste, qui avait dissous le service des fêtes après l’affaire.

En 2014, sept personnes, dont deux agents municipaux de Bagnolet, avaient été condamnées à des peines allant jusqu’à huit ans de prison pour un trafic de stupéfiants dans des conditions similaires.

Dans un local appartenant à la ville, onze kilos de cocaïne, plusieurs armes et 15 000 euros en espèces avaient été découverts.