En Seine-Saint-Denis, des établissements scolaires sous pression – Le Monde

Lagression dune enseignante dans un collège de Saint-Denis, la semaine passée, remet la question de la sécurité sur le devant de la scène.

Les cours ont repris, lundi 15 avril, au collège Elsa-Triolet de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), trois jours après lagression dune enseignante.  Lordinaire reprend ses droits, témoigne Inaki Echaniz, conseiller principal déducation syndiqué au SNES-FSU. Pour assurer la continuité du service public déducation, nous sommes de nouveau sur le pont, sans peur…  Ou presque : car lagression dune professeure de français de 26 ans, survenue dans ce collège jeudi 11 avril, suivie dune journée durant laquelle les personnels ont exercé leur  droit de retrait , a éprouvé léquipe. Elle a aussi remis sur le devant de la scène la question de la sécurité dans les établissements scolaires, alors que le gouvernement a plusieurs fois reporté lannonce du  plan violences  promis cet automne.

Les enseignants du collège de 578 élèves, situé dans le centre-ville de Saint-Denis, se sont mis en grève vendredi, en réaction à lagression de leur collègue. Faisant “front commun”, ils dénoncent notamment le manque de personnel et de moyens pour encadrer un effectif qui ne cesse de croître. Par ailleurs, le quotidien précise que le même jour que lintrusion, encore inédite dans cet établissement, un Taser a été retrouvé sur un collégien de 6e, et un incendie sest déclenché dans le réfectoire. Les incidents se multipliant dans les collèges alentour, la mairie a demandé dans un communiqué la tenue dune “réunion de travail avec les différents acteurs concernés (…) avant les vacances scolaires”. 

Agression dune enseignante au pistolet à billes : le tireur mis en examen

Le scénario de lintrusion au collège Elsa-Triolet, rapidement partagé sur les réseaux sociaux, a créé une forte émotion. Jeudi, en milieu daprès-midi, un groupe dadolescents interpelle une classe depuis la rue, lance un pavé dans la vitre, puis lun deux escalade la grille pour sintroduire dans la salle. Il insulte lenseignante, la braque avec un pistolet factice en tirant des billes en direction de son visage. La professeure na pas été blessée. Lagresseur, un adolescent de 15 ans exclu du collège quand il était en 5e, a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire.

Lintrus sen est pris à lenseignante de 26 ans, la visant avec une arme factice en hurlant “Cest un attentat sale p***”. Selon une source proche du dossier, il a tiré à trois reprises, à visage découvert, sur la jeune femme, qui est parvenue à protéger son visage des projectiles avec ses mains. Cette dernière na pas été blessée. Le suspect avait été interpellé, et placé en garde à vue dans laprès-midi. Reconnu par léquipe pédagogique du collège, il savère être un ancien élève de létablissement, exclu deux ans auparavant, et depuis déscolarisé. 

Dans les cercles denseignants, on nhésite plus à parler dune  liste noire  mettant à lépreuve, depuis plusieurs semaines, le département. A Saint-Denis, cest lagression dun enseignant au collège La Courtille, et lirruption délèves armés de battes et de marteaux au lycée Paul-Eluard qui ont ébranlé les équipes ; à Aubervilliers, une assistante déducation et un enseignant du collège Diderot ont été agressés.

Après lagression dun professeur à Saint-Denis le 11 avril, de nouveaux éléments viennent étayer les circonstances de lincident, qui na fait aucune victime. Mis en examen, puis placé sous contrôle judiciaire ce dimanche, un adolescent de 15 ans a échappé de peu à la détention provisoire après avoir violemment attaqué avec un pistolet à billes lenseignante du collège Elsa-Triolet. 

Au rectorat de lacadémie de Créteil, on reconnaît une  recrudescence  des incidents,  concentrée  dans la ville de Saint-Denis.

Les faits se sont produits jeudi dernier vers 15 heures, lorsque lintéressé et deux autres jeunes ont interpellé des élèves en salle de cours. Daprès les précisions du Parisien, lun dentre-eux aurait pénétré dans la classe après avoir lancé un pavé dans la fenêtre, et escaladé le muret qui permettait dy accéder. 

 Mon sentiment est que lécole nest pas visée en tant quinstitution : elle fait les frais dune situation très dégradée et de tensions entre jeunes devenues très vives dans les cités , fait valoir le recteur Daniel Auverlot.

Pour certains, le problème est cependant plus large.  La situation saggrave, pas seulement en Seine-Saint-Denis, avec des événements de plus en plus violents et de plus en plus fréquents , estime ainsi Marie-Carole Ciuntu, vice-présidente de la région Ile-de-France chargée des lycées. Lundi, Valérie Pécresse, présidente Les Républicains de la région, a communiqué sur le déploiement dune  brigade régionale de sécurité  de quinze membres mobilisables dans les lycées franciliens. Un dispositif qui sinspire de lexistant : les équipes mobiles de sécurité –  EMS  dans le jargon de lécole – ont soufflé leurs dix bougies, rappelle M. Auverlot, qui comptabilise une soixantaine de personnels de ce type rien que dans son académie.

Video: Saint-Denis : un adolescent mis en examen après lagression dune enseignante

 La région sengouffre là où lEtat se désengage , souffle-t-on dans les rangs du SNES-FSU-93, syndicat denseignants majoritaire dans le second degré, où lon déplore que  la réponse, pour lheure, se résume à laspect sécuritaire et vienne des collectivités .  Il pourrait y avoir un effort plus important de lEtat , glisse-t-on à la présidence de région.

LEtat a annoncé il y a cinq mois, dans le sillage de lagression dune enseignante à Créteil, braquée elle aussi avec une arme factice par un élève, quil comptait satteler à ce chantier avec un  plan violences  – le quinzième en deux décennies, selon les calculs des proviseurs. Trois ministères sont impliqués : léducation, la justice et la santé. Trois axes ont été esquissés : renforcement de la sécurité aux abords des établissements, prise en charge des élèves  polyexclus , mesures de responsabilisation des familles nexcluant pas des sanctions financières. Lannonce officielle de ce plan a été retardée notamment en raison de dissensions autour de ce dernier volet.

Sur le terrain, le gouvernement est attendu au tournant.  Nous sommes les mieux placés pour identifier ce dont nous avons besoin, reprend Inaki Echaniz, du collège Elsa-Triolet. Cela ne peut se résumer à une réponse ponctuelle, centrée sur lenvoi de brigades ou de policiers : il faut un investissement massif pour mieux accompagner les élèves dans nos territoires.   Il faut faire baisser la température dans les établissements, renchérit Stéphane Crochet du SE-UNSA. Et pour ça, il ny a pas de solution magique : cela passe par un travail dans la durée sur le climat scolaire. 

Dans un rapport présenté à lAssemblée il y a bientôt un an, les députés François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokouendo (LRM) dénonçaient, en Seine-Saint-Denis, la faillite dun Etat  inégalitaire et inadapté , particulièrement sur le terrain de lécole.  Cela fait des années que les familles font ce constat , sénerve Rodrigo Arenas de la Fédération de parents délèves FCPE, qui redoute déjà que ce  plan se résume à un message politique en direction de lopinion publique , mais passe à côté des besoins des premiers concernés.

Quatre personnalités (une rectrice, un inspecteur, une édile, un député) chargées par le ministre de léducation, Jean-Michel Blanquer, démettre des préconisations pouvant servir dossature au  plan violence  se sont saisies de la question des collégiens et des lycéens plusieurs fois exclus de leur établissement. Leur rapport, remis le 14 février et dont Le Monde a pu consulter des extraits, propose, entre autres, la création d internats tremplins  qui pourraient accueillir des  élèves ayant fait lobjet dune double exclusion définitive . Ces adolescents, âgés de 12 à 18 ans, seraient  volontaires , et leur accueil dans ces structures se ferait sur la base dun contrat formalisé avec eux et leur famille. Seraient aussi concernés des jeunes faisant lobjet dune mesure judiciaire déloignement. Les membres de la mission nont pas réussi à sentendre, semble-t-il, sur les mesures de responsabilisation des familles, en particulier la suspension des allocations familiales.

Un adolescent de 15 ans a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire dimanche, après avoir agressé jeudi avec un pistolet à billes une enseignante du collège Elsa-Triolet de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), a appris lAFP auprès du parquet de Bobigny.

Il a été mis en examen pour intrusion dans un établissement scolaire et violences avec arme, a précisé le parquet. Jeudi après-midi, trois jeunes étaient entrés dans le collège Elsa-Triolet et lun avait tiré avec un pistolet à billes en direction dune enseignante, avait expliqué une source proche de lenquête. Lenseignante navait pas été blessée.

Ladolescent, ancien élève du collège, avait été interpellé peu après et placé en garde à vue. Il a été présenté dimanche à un juge des enfants. Le placement en détention provisoire dun mineur de moins de 16 ans nest pas possible pour les délits, comme ceux reprochés à lintéressé en lespèce, précise une source proche de laffaire.

Nous soutenons toute la communauté éducative du collège Elsa-Triolet et lenseignante qui a été agressée, a tweeté samedi le ministre de lEducation nationale Jean-Michel Blanquer. Toutes les mesures de protection et de sanction sont prises avec lacadémie de Créteil, a-t-il ajouté. Après lintrusion, les personnels du collège sétaient mis en grève. Le recteur de lacadémie, Daniel Auverlot, doit se rendre sur place lundi.

Valérie Pécresse, présidente (LR) de la région Île-de-France, se rendra de son côté dans un lycée de Saint-Denis, à loccasion de linstallation des premières brigades régionales de sécurité dans les lycées franciliens. Un dispositif qui veut répondre aux incidents survenus dans plusieurs établissements scolaires ces derniers mois.

Discours de Macron, législatives en Finlande, Soudan… l'essentiel de l'actualité de ce lundi matin