Seine-Saint-Denis : Léducation est-elle la grande oubliée du plan dEdouard Philippe ? – 20 Minutes

Seine-Saint-Denis : L\éducation est-elle la grande oubliée du plan d\Edouard Philippe ? - 20 Minutes

La Seine-Saint Denis, un département tout en contrastes où lÉtat manque à lappel

Nichée entre lautoroute A3 et le canal de lOurcq, la commune de Bondy, en Seine-Saint-Denis, a été mise en lumière en octobre passé, au lendemain de la Coupe du Monde remportée par léquipe de France. Originaire de la ville, le jeune Kylian Mbappé avait, sous lœil de nombreux médias, effectué un retour triomphal dans son fief, où il avait reçu les honneurs et rencontré de nombreux jeunes.

Pourtant, cette brève médiatisation navait pas suffi à faire oublier les réalités de cette ville de banlieue défavorisée, où la courbe de chômage frôle les 25%, bien au-delà des chiffres nationaux, et ou le service public semble se dégrader jour après jour.

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De fait, les 23 annonces prévues ce jour par Édouard Philippe à ce sujet sont attendues de pied ferme. Parmi elles devraient se trouver une prime pour fidéliser les fonctionnaires, lannonce de policiers supplémentaires ou encore laménagement de la sous-préfecture de Saint-Denis.

Dans cette attente, cinq maires de ces communes “oubliées” du département, dont celle de Bondy, mais aussi Saint-Denis, Stains, lIle-Saint-Denis et Aubervilliers, ont décidé de lancer un recours contre lEtat pour demander réparation devant cette “rupture dégalité.” 

Sylvine Thomassin, maire socialiste de Bondy, accueille les équipes de BFMTV pour une visite de sa commune. Cette dernière débute en bordure de lautoroute A3, où gravats, détritus et poubelles saccumulent sur le côté de la chaussée. “Ce nest pas entretenu, ce nest pas nettoyé”, détaille-t-elle. 

Lédile, qui tient à souligner le manque dimplication de lÉtat et le délitement du service public dans sa commune, évoque également le service postal de Bondy Nord, quartier difficile de la ville où se situent 80% de logements sociaux. 

“La poste est un service public indispensable pour les Bondynois. Il y a 20.000 habitants sur le nord de Bondy. Dans nimporte quelle ville de province de 20.000 habitants, il y a plusieurs bureaux de poste. Ici, nous en avons un, et qui ouvre de façon aléatoire. Là, on a de la chance il est ouvert, mais il peut très bien fermer dans une heure car il ny a pas de moyens, de personnels suffisants qui ont fait trop dheures supplémentaires”, salarme-t-elle. 

De manière générale, cette problématique de sous-effectifs est extrêmement présente à Bondy, où les professeurs absents ne sont que très rarement remplacés et les candidatures pour reprendre les cabinets médicaux de plus en plus rares.  

La visite se poursuit dans un autre quartier, miné par les trafics de drogue. “Cest un coin qui est assez connu pour cela, ils se sont même tellement approprié le territoire quils ont décidé quils allaient faire des décorations dHalloween”, détaille Sylvine Thomassin.

Est alors abordée la question de la police. “Ils ne sont pas assez nombreux en quantité, mais aussi en qualité, on a beaucoup de policiers qui sortent de lécole mais guère de policiers un peu seniors”, se plaint la maire. 

En matière de sécurité, des communes comme Bondy et Stains avaient moins dun policier pour 400 habitants, avec un taux de délinquance (nombre de faits constatés pour 1000 habitants) supérieur à 100% alors que le XVIIIe arrondissement de Paris, moins criminogène, bénéficie dun policier pour 315 habitants, selon le rapport.

En guise de conclusion, Sylvine Thomassin assure attendre “un relais fort et puissant de lÉtat qui doit assurer légalité sur le territoire, cest son devoir.”

“Je vais continuer à repriser, à faire du patchwork, je ne vais pas pouvoir faire grand-chose de plus.”

Le gouvernement annonce ce jeudi 31 octobre un plan de 23 mesures pour la Seine-Saint Denis. Ce département connait un dynamisme démographique, économique et culturel, mais des habitants en grande difficulté sociale et en insécurité : cest la singularité du  9-3 , le seul département que lon appelle par son identité numérologique. En cause notamment lÉtat. Il méconnaît ce territoire et gère très mal ses personnels. Cest ce que pointait un rapport parlementaire de mai 2018.

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Messenger LinkedIn Email Le gouvernement a présenté, ce jeudi 31 octobre, un plan de 23 mesures à destination de la Seine-Saint-Denis. Un département tout en contrastes, pointait, en mai 2018, un rapport parlementaire des députés François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokuendo (LREM). Portrait dun département où se côtoient  des sièges sociaux flamboyants  et  une pauvreté réelle . Et où lÉtat savère défaillant.

1964. cest lannée où le département de la Seine-Saint-Denis a été créé. Situé aux portes de Paris, il est le 5e département français en nombre dhabitants (1,6 million en 2018). Sa population est jeune (43,4 % a moins de 32 ans) et augmente fortement (+9,7 % entre 2005 et 2016 contre + 3,7 % sur lensemble de la France à la même période).

6 909 habitants/km2. Cest la densité de ce département, qui est le 3e le plus peuplé, derrière les Hauts-de-Seine et Paris. Pour cette raison, le département compte le plus grand nombre détablissements culturels labellisés par lÉtat, comme le Centre dramatique national, le théâtre Gérard Philippe.

Eldorado.  Le nouvel eldorado des grands groupes industriels et de services , résumait le rapport parlementaire de Cornut-Gentille et Kokuendo. Le département accueille une quantité de sièges sociaux de grands groupes : SNCF, Véolia, SFR, Generali, BNP Paribas, Ubisoft etc. Notamment en raison de la proximité de la capitale, de laéroport de Roissy et dun foncier abordable. Le département est le 3e contributeur national à la TVA.

28,6 %. Cest le taux de pauvreté en Seine-Saint-Denis, le double du taux national (14,7 %). Le niveau de vie y est le plus faible de France. Le taux de chômage atteint 12,7 % contre 9,7 % dans lensemble de la France. On compte aussi 10,5 % dallocataires du RSA (5,1 % à léchelle de toute la France).

Criminalité. Encore un record : le territoire affiche le taux de criminalité le plus important de France métropolitaine. Linsécurité déclarée par les habitants ne cesse de progresser. En 2015, il était le département qui comptait le plus de victimes parmi ses habitants (55,4 % des enquêtés).

58 %. Cest le pourcentage décoliers qui sont inscrits dans un établissement déducation prioritaire. Cest le cas aussi de 62 % des écoliers. Mais le rapport soulignait que  la profusion de moyens des établissements REP et REP + perd de son sens si, au final, les enfants de ces établissements en zone difficile qui en ont le plus besoin, bénéficient de moins de cours que les autres . Les auteurs du rapport mettaient notamment en lumière une  forme subie dexclusion scolaire liée à labsence denseignant devant les élèves .  La continuité de lenseignement nest toujours pas assurée en Seine-Saint-Denis pour une raison mécanique  qui tient à linefficacité de remplacement des absences de courte durée . Un phénomène qui peine à être chiffré.

Sécurité. Dans ce domaine aussi, le bilan des Zones de sécurité prioritaire est  décevant  dans le département. La population ne perçoit pas de surcroît de sécurité dans son quotidien. Limage de la police y est détériorée chez les habitants. Celle de la justice aussi.

Territoire méconnu. Pour expliquer la situation désastreuse du département, le rapport parlementaire pointait la lourde responsabilité de lÉtat. Et, notamment, sa  méconnaissance du territoire et de ses habitants . Une illustration : lincapacité des différentes administrations à sentendre sur un chiffre central de laction publique : le nombre dhabitants résidant en Seine-Saint-Denis. Notamment, lÉtat narrive pas à dénombrer les très nombreux hommes, femmes, enfants en situation irrégulière. Sont-ils 150 000 ? 250 000 ? 400 000 ?  La marge est grande . Un sujet  explosif . Car comment mettre en œuvre une politique publique sur un département quand on ignore combien il compte dhabitants. Mais  lÉtat peine à évaluer dautres faits sociaux , pointait encore le rapport : le niveau scolaire réel des élèves, la réalité de la délinquance (les statistiques sont imparfaites), léconomie souterraine, la taille du marché de la drogue, les marchands de sommeil… Et puis, les agents de lÉtat sur le territoire peinent à se faire entendre par leur administration centrale, tout comme les élus locaux et les associations face à lÉtat.  Le périphérique fait mur , écrivent les auteurs du rapport.

Sous-effectifs.  Sous effectif, recrutement de personnels inexpérimentés, turnover élevé sont autant de manifestations de labsence dune véritable stratégie des ressources humaines des personnels de lÉtat en Seine-Saint-Denis , dénonçaient encore en mai 2018 les députés Cornut-Gentille et Kokuendo. La  gestion des ressources humaines étatiques  est  en échec , écrivaient-ils. Un manque flagrant de moyens qui sillustre notamment dans les tribunaux. En cause, aussi : la déconnexion du recrutement des besoins locaux.  Les besoins en moyens humains (denseignants) de ce territoire difficile sont essentiellement couverts par des personnels inexpérimentés . Idem pour les recrutements de policiers, de gardiens de la paix, mais aussi de magistrats. Autre phénomène pointé : linstabilité des effectifs. 35,7 % des profs décoles primaires restent moins de deux ans dans leur établissement, contre 26,5 % en France.

Au fond, concluaient les auteurs du rapport, lÉtat doit  repenser son action publique  en profondeur.