“Gilets jaunes” : appel au boycott après lagression de journalistes à …

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Gilets Jaunes – Appel au boycott après lagression de journalistes à Toulouse

À les entendre, il ne fait clairement pas bon vivre en Macronie. Pour le huitième jour consécutif, les Gilets ont encore scandé leur colère, hier, dans une ambiance sereine et festive pas incompatible du tout avec la gravité de leurs revendications. La preuve. À Toulouse comme ailleurs, la mobilisation était encore dactualité. Les services de police évoquaient un chiffre de 1 200 personnes au plus fort de la manifestation, en milieu daprès-midi. Grâce à un dispositif mobile des forces de lordre qui a permis de sécuriser au maximum un cortège très spontané, à limage du mouvement. Un incident est à déplorer du côté de Matabiau, survenu après 16 heures . Des manifestants ont voulu entrer dans la gare pour vraisemblablement bloquer le trafic ferroviaire. Mais les CRS leur ont bloqué laccès et une grenade de désencerclement a été jetée pour disperser lattroupement. Deux heures auparavant, les manifestants hurlaient La police est avec nous après avoir rendu hommage à Maggy Biskupski, policière syndiquée retrouvée décédée avec son arme de service en début de semaine (voir aussi en p 25), lors dun rassemblement en sa mémoire organisé au Monument aux morts. Et cétait tout lenjeu de la journée dhier : fallait-il ou non rallier les autres manifestations organisées hier en centre-ville.

La première assemblée générale des Gilets jaunes organisée en fin de matinée place Wilson a répondu non. Cest une première à Toulouse : les organisations syndicales et autres partis de gauche se sont fait tourner le dos par le peuple ! se félicite Étienne, 23 ans. Ce défilé est totalement indépendant et transpolitique : il faut rester concentrés sur nos revendications, ne pas se disperser. Il ne sagit pas de dire que les violences faites aux femmes ou le mal-être policier ne sont pas importants mais nous, on se bat pour la justice sociale, légalité du territoire et lavenir du pays. Rester indépendant, cest les obliger à nous courir après. On est ingérables mais dans le bon sens du terme, conclut cet étudiant en droit qui sest mobilisé toute la semaine.

France 3 Occitanie a dit privilégier dautres solutions : "On a prévu un reportage de réaction des +gilets jaunes+ sur ce qui sest passé hier (samedi), ainsi quun plateau pour exprimer notre solidarité et rappeler que lorsquon commence à agresser des journalistes dont le seul tort est de faire leur métier, cela pose quand même des questions sur la vision quon a de la démocratie", a expliqué à lAFP son rédacteur en chef Léo Lamberton. 

En effet, la journée et le parcours ont été rythmés au gré des changements de cap du cortège qui sest déplacé du secteur Jean-Jaurès à Esquirol avant de rallier la place du Capitole, le boulevard de Strasbourg et la place Arnaud-Bernard. Changement de direction vers 13 h 30 et cap sur le boulevard Carnot, la préfecture et cétait reparti pour un tour dans un joyeux vacarme. On a vu des chauffeurs de bus qui klaxonnaient, des commerçants qui applaudissaient et même, un chien habillé dun Gilet. Des jeunes, des anciens, des rencontres spontanées.

Comme ces quatre femmes venues chacune de leur côté, et qui se sont retrouvées place du Capitole à refaire le monde. Forcément, pas celui de Macron. Je culpabilise quand je me fais plaisir et jattends dêtre payée pour faire les courses. Mais ce nest pas une rue que je traverse : je fais 1 h 30 de trajet tous les jours pour aller travailler. Je ne suis pas une faignante ! sexaspère Marion, 25 ans. Sans essence ou gasoil, les gens ne peuvent plus travailler, vivre. Ce gouvernement méprise les Français, je nai jamais vu ça ! Plutôt que de gaver les patrons du CAC 40, quil augmente les salaires et les minimas sociaux. Comment je mappelle ? France et je porte bien mon nom : elle est dans la rue, la France !

Les Gilets jaunes restent mobilisés. Hier, lors du deuxième samedi de ce mouvement de contestation contre la hausse du carburant, lancé hors structures syndicales et politiques, plus de 4 300 personnes, en cumulé, ont été recensées par les forces de lordre, selon nos informations. Un chiffre sur lequel la préfecture, contactée, indique ne pas communiquer. La semaine dernière, lors du premier jour de la grogne, samedi 17 novembre, le préfet avait diffusé le chiffre de 3 900 participants. Mais cétait lors du point communiqué à 13 heures. Difficile donc détablir une comparaison précise. La mobilisation semble comparable, voire en progression. Hier, le mouvement est monté en puissance dans la journée. Car dans la matinée, seulement 800 Gilets jaunes avaient été décomptés.

Au total, toujours selon nos informations, plus dune trentaine dactions ont été relevées par les gendarmes et les policiers.

Les principaux barrages filtrants correspondent à ceux qui ont été organisés samedi dernier et parfois tenus toute la semaine. Le péage de Muret, avec 500 personnes au plus fort, ressort en tête. Estancarbon aussi dans le sud. Mais de nombreux ronds-points ont aussi été occupés ici où là, principalement près des centres commerciaux de la périphérie, comme à Colomiers ou Portet. Il est vraisemblable que la mobilisation se poursuive aujourdhui sur ces sites.

La défiance dune partie des Français envers les journalistes se confirme et a donné lieu à de violents incidents lors de rassemblements des Gilets jaunes ce samedi 24 novembre. Des reporters de BFM TV et CNews ont été violemment pris à partie par la foule en colère sur la place du Capitole à Toulouse. Jean-Luc Thomas, journaliste de CNews qui a porté plainte pour “violences aggravées lors dune manifestation sur la voie publique”, a raconté à lAFP avoir reçu des coups de pied, des crachats, une bouteille deau en plein visage, avant dêtre “coursé” dans une rue adjacente.

La nouveauté vient du cortège organisé dans le centre-ville de Toulouse dès le matin. Dans laprès-midi, il a rassemblé 1 200 personnes. Des militants de La France insoumise et du NPA y ont notamment pris part. Un incident est survenu en milieu daprès-midi à la gare lorsque le cortège a cherché à y pénétrer. Une grenade lacrymogène a alors été utilisée par les forces de lordre. Au dépôt de carburant de Lespinasse, débloqué le matin, un homme avait été interpellé vers 3 heures du matin par les gendarmes après sêtre montré virulent lors dun contrôle.

Jean-Wilfrid Forquès raconte la scène sur le site de BFM, affirmant : Jai vu foncer sur moi un tsunami de gilets jaunes”. Ils étaient déterminés selon lui à “casser du journaliste”. Les deux journalistes ont été poursuivis, puis exfiltrés par deux agents chargés de leur sécurité. Jean-Wilfrid Forquès a trouvé refuge dans un magasin, quil a pu quitter seulement une fois que les CRS ont dispersé la foule réunie devant. Ils ont porté plainte pour “tentative dagression en réunion”. Nous porterons plainte à chaque fois que ce type dévénements se produira, a annoncé la directrice de la rédaction, Céline Pigalle.

“Gilets jaunes” : à Toulouse, des journalistes de C-News et BFM-TV portent plainte pour violences

Le journaliste de BFM TV Jean-Wilfried Forquès est revenu en détail dans une interview à France Info sur la tentative de lynchage dont il a été la cible ce week-end à Toulouse.

Situation très tendue ce samedi 24 novembre partout en France. A loccasion de manifestations organisées par les gilets jaunes, des journalistes ont été une nouvelle fois victimes de violence. Ainsi, des reporters de BFM TV et de CNews ont été pris à partie par la foule en colère sur la place du Capitole à Toulouse. Jean-Luc Thomas, journaliste de CNews qui a porté plainte pour “violences aggravées lors dune manifestation sur la voie publique”, a raconté à lAFP avoir reçu des coups de pied, des crachats, une bouteille deau en plein visage, avant dêtre “coursé” dans une rue adjacente. Deux de ses confrères de BFM TV ont quant à eux été lobjet dune tentative de lynchage. Lun dentre eux, Jean-Wilfrid Forquès est revenu en détail sur cette agression dans une interview accordée à France Info.

Deux de ses confrères de BFM TV ont raconté à lAFP que la situation a dégénéré quand les manifestants “ont vu BFMTV sur le terrain”. “Cétait un véritable lynchage, et la cible cétait BFMTV”, a déclaré Jean-Wilfrid Forquès, qui couvrait lévénement avec le reporter dimages Maxime Sounillac et deux gardes de sécurité. Les journalistes, qui ont eux aussi couru pour échapper à la foule en colère, ont porté plainte pour “tentative dagression en réunion”. Leur récit est partiellement corroboré par une vidéo postée sur les réseaux sociaux par un compte se réclamant des “Gilets jaunes Toulouse”, où on entend notamment les manifestants scander “BFM collabo”.

“Nous suivions une manifestation denviron 1 000 personnes près du Capitole, a-t-ll expliqué. Quand nous étions à côté deux, on a entendu toute une série de “compliments” : “cette chaîne de merde”, “enfoiré de BFM”. Nous avons changé dendroit pour faire une image en direct. Jai dit à mon JRI, “on va se mettre là, il y a cinq CRS, on sera en sécurité”. Mais les policiers sont partis. A ce moment-là, nous avons été serrés. 200 personnes se sont rapprochées de nous. Pour la première fois de ma vie, je travaillais avec une bonnette noire [la mousse du micro est habituellement bleue avec le logo de la chaîne], mais jai beau avoir une bonnette rouge, verte à damier ou à carreau, à Toulouse, je suis identifié. Pendant de longues minutes, ils ont crié “BFM collabo, BFM collabo”. Ça, cest le premier truc quon noublie pas. CNews a aussi été prise à partie.”

⋙ Exclu. Raphaël Maillochon (BFMTV) revient sur son agression en direct : “BFMTV et moi avons déposé plainte”

Trois journalistes de C-News et BFM-TV ont porté plainte samedi pour “violences aggravées” et “tentative dagression en réunion” sur la place du Capitole à Toulouse où sachevait une manifestation des “gilets jaunes”, a-t-on appris auprès des intéressés.

“Ils avaient la bave aux lèvres” : un journaliste de BFMTV visé par des “gilets jaunes” à Toulouse raconte …

Et de poursuivre, en décrivant le moment où la situation a vraiment dérapé : “Au bout dun moment, un mec a donné le top départ, en criant “dégagez, sinon on vous défonce”. Cétait des mecs avec des “gilets jaunes”, mais ils avaient la bave aux lèvres. Ils avaient la haine, ils voulaient se faire un journaliste. Vingt à trente personnes mont foncé dessus, jai fait 100 m en sprintant, en me disant “si tu tombes, cest terminé”. Jai voulu dabord me réfugier dans un fourgon de police mais il était vide, je suis rentré dans un magasin et mes deux gardes du corps ont fait écran. Ils ont été monstrueux, remarquables. La police a ensuite chargé pour éloigner les manifestants.”