Elections européennes : à Toulouse, Raphaël Glucksmann affiche encore ses doutes – Le Monde

Elections européennes : à Toulouse, Raphaël Glucksmann affiche encore ses doutes - Le Monde

Les premiers pas timides de Raphaël Glucksmann font-ils peur au PS?

Près de 500 militants socialistes se sont retrouvés samedi à Toulouse pour le meeting de la tête de liste du Parti socialiste et de Place publique, après sa prestation ratée lors du débat télévisée de France 2.

La tête de liste du Parti socialiste et de Place publique, Raphaël Glucksmann, le 6 avril à Toulouse. PASCAL PAVANI / AFP Cest le test du terrain après le crash. Dans une salle du stade Ernest Wallon, le temple du Stade toulousain, à Toulouse (Haute-Garonne), il fallait montrer que les militants socialistes soutenaient le choix de leur direction de sunir avec Place publique. Donner le signal aussi quils voulaient partir au combat pour les élections européennes, derrière Raphaël Glucksmann, après sa prestation ratée lors du débat télévisé de France 2. Mais ce samedi 6 avril, la démonstration peinait à convaincre : quelque 500 militants et sympathisants avaient fait le déplacement, une assemblée bien modeste dans une des places fortes du PS, qui compte encore 2 500 adhérents. Et la tête de liste a livré un discours encore tâtonnant et plein de doutes.

Et aux socialistes qui semblent peu enthousiastes, il a adressé un rappel à lordre: Comment pouvez-vous dire de Raphaël Glucksmann quil est un homme de droite, un libéral alors quil a écrit vos plus beaux discours? Comment pouvez-vous dire de Raphaël Glucksmann quil est un supplétif de Macron alors quil na fait que son devoir en appelant à voter contre Marine Le Pen au deuxième tour de lélection présidentielle? Ajoutant: Je préfère que nous regardions non pas doù les gens viennent mais là où ils vont. Il reste 50 jours à Raphaël Gluckmann pour convaincre quil peut être le champion de la gauche au Parlement européen.

Dans la salle dont le périmètre avait été réduit pour donner une impression de masse, sont venus ceux qui croient encore au Parti socialiste, des troupes qui veulent soutenir Eric Andrieu, député européen sortant et le local de létape. Et dautres désireux de découvrir, en vrai, leur nouveau candidat. Alors que la liste plafonne entre 5 et 6 % dans les sondages, ils ont encore du mal à senthousiasmer. Mais ils veulent tout de même y croire. Peu avant le début de la réunion, Maria Conquet, venue avec ses jeunes camarades de lAude, y voit  une chance pour le PS . Raphaël Glucksmann nest pas un professionnel et ses hésitations ont laissé un sentiment de flottement ? La jeune femme lassume.

Il a néanmoins promis de résister et de combattre la foule des nationalistes qui, au Parlement européen sattaquera aux autres, aux minorités, aux droits fondamentaux et aux droits des femmes. Aux nationalistes, il a dit vouloir leur dire une bonne fois pour toutes que le détricotage de lEurope, ce nest pas la souveraineté nationale mais cest la soumission aux empires qui nous entourent. La promesse de Salvini, ce nest pas un destin souverain, cest un destin de laquais, a tonné Raphaël Glucksmann alors que le vice-président du conseil italien doit prochainement partager son estrade avec Marine Le Pen.

Tout comme son camarade Cyril :  cest pas un professionnel et cest précieux , dit-il. Un peu plus loin, Eliane Cyran, militante PS de Toulouse, y voit  un nouvel élan avec dautres perspectives  pour son parti. Isabelle Picquemal, arrivée dAriège, dit préférer avoir un candidat qui nest pas un politique :  Il na pas les dents longues comme les autres . Renouveler, rénover, lobjectif affiché dOlivier Faure ne semble pas faire de doute pour eux.  Après ce qui sest passé (à la présidentielle) -, on a besoin dune vraie introspection, à réfléchir à pourquoi on est loin des gens , renchérit Florence Laforest.

Devant plusieurs centaines de militants réunis dans lenceinte du stade Ernest Wallon, Raphaël Glucksmann a donné des gages à ses nouveaux camarades: Je suis fier de mener ce combat, de partir à la lutte avec vous, avec le parti de Jaurès, avec le parti de Blum, avec le parti de Mendès, avec le parti de Rocard, a-t-il lâché tandis que la salle agitait des drapeaux européens ou des affichettes Pour la justice, pour le climat ou encore Fin du monde – fin du mois, même combat.

Certains sont plus circonspects après les premières sorties de lessayiste.  Pour moi, Glucksmann cest un vrai point dinterrogation. Mais on ne pouvait pas présenter de liste PS , glisse Anne-Marie Bergère, retraitée.  Pourquoi pas lui ? A partir du moment où Olivier Faure ne voulait pas y aller… , lâche Alphonse Monané, militant octogénaire de Haute-Garonne. Beaucoup sont donc venus voir qui était cet ovni débarqué de Place publique pour qui on leur demandait de tracter. Peu connaissent ses combats, ses engagements, il nétait pas des leurs.  Cest très nouveau pour nous dêtre rassemblés derrière quelquun qui nappartient pas à notre famille politique, reconnaît Philippe Martin, président du conseil général du Gers. Cest un pari mais il faut comprendre quon doit sacrément nous renouveler .

Raphaël Glucksmann a ponctué son intervention de référence à Voltaire ou de Racine quand il ne citait pas de la poésie. Pour renaître, la gauche doit retrouver une âme et du romantisme, sest justifié le candidat qui a déconcerté certains éléphants socialistes en apparaissant en retrait lors du débat organisé jeudi soir sur France 2. Comme vous le savez je nai pas encore tous les codes de la politique traditionnelle et du stand up, a-t-il admis ce samedi.

Olivier Faure a lui même reconnu que son  grand petit frère , comme il appelle Raphaël Glucksmann,  navait pas les gammes classiques, les punchline . Mais il est le  seul  à avoir une  sincérité , a-t-il insisté. Ce sera le mot-clé du jour. La sincérité, la fraîcheur dun discours non calibré, sans les éléments de langage qui lassent. Cest cela qui plaît aux militants, aux sympathisants, ose croire le premier secrétaire qui a poussé sa démonstration jusquà dire :  Il ne faut pas que Raphaël essaie de nous ressembler . Pas sûr que les militants ne laient pas un peu espéré au fond deux-mêmes mais il faut faire campagne malgré les doutes.

Reste à savoir si ce premier meeting rassurera les socialistes qui attendent fébrilement une évolution des sondages, alors que le PS plafonne aujourdhui entre 5 et 6 % des voix. Il est différent, il ne parle pas le socialiste et la politique couramment. Je sais que cela a pu interroger, a observé Olivier Faure, le premier secrétaire du PS tout en louant sa profondeur et sa vision.

Aurore Lalucq, militante transfuge de Générations, puis Eric Andrieu, député européen, se sont chargés de chauffer la salle avec des accents résolument à gauche. Claire Nouvian pense même mettre les grincheux de son côté en lançant à Olivier Faure :  Je ne mattendais pas à me retrouver ici, encore moins avec toi, le représentant du seul parti pour lequel je nai jamais voté. Mais cette gauche sest égarée et tu la remets sur le bon chemin . Le patron du PS enchaîne avec un plaidoyer pro domo pour sa tête de liste :  Je ne doute pas de lui, je suis avec lui . Le job était fait et la tête de liste pouvait faire son entrée en scène. Elle fut encore déroutante.

Le candidat a tenté de faire ce quon attendait de lui. Devant une salle 100 % socialiste, il a cherché à câliner ses soutiens qui doutent :  Je nai pas encore tous les codes de la politique ni tous les mots des socialistes. Mais je suis fier de partir à la lutte avec le parti de Jaurès, de Blum, de Mendes et de Rocard. On nous explique que la gauche est morte, reléguée aux livres dhistoire, mais ses mots sont vivants , a-t-il lancé. Avant de senflammer en la comparant à Andromaque,  sauvée par lamour  :  La gauche doit retrouver un langage amoureux, retrouver lamour des défavorisés . La voix monte dans les aigus avant de se caler pour parler des  nationalistes et xénophobes  quil faut combattre :  Ils sattaquent aux minorités, aux droits fondamentaux, à tout ce qui compte pour nous .

Quelle abjection d'entendre un de ses membres se plaindre de l'évasion fiscale alors que c'est Moscovici, socialiste notoire, qui par une loi scélérate a réussi le tour de passe passe de ne pas séparer banques de crédits et banques spéculatives tout en faisant croire le contraire et qui n'a pas mis sur la liste noire des paradis fiscaux les pays européens.

Lassistance applaudit, comme si elle retrouvait ses repères. Quand soudain le candidat lui fait un aveu :  Je sens poindre dans mon entourage, mes proches, ce doute. mais tu narrives pas à dire votez pour moi !, me disent-ils. Je ny arriverais jamais mais il faut voter pour moi . Avant dajouter :  Mais je sais que jai besoin de vous . Beaucoup – trop ? – de doutes encore affichés au moment où il faut convaincre les militants pour ensuite aller chercher les électeurs.

Quant à Emmanuel Macron, il a jugé que son discours pro-européen était de la poudre de perlimpinpin pour reprendre une expression chère au chef de lÉtat. Cest sa politique injuste et son arrogance folle qui nourrissent les populismes, a chargé le chef de file qui veut empêcher le kidnaping de la politique par les nationalistes et les libéraux.

GAUCHE – Assumer la différence. Le Parti socialiste savait qu’en mettant ses pas dans ceux de Raphaël Glucksmann, il lui faudrait composer avec une personnalité peu aguerrie aux joutes politiques. Trois semaines après l’officialisation de l’alliance en vue des européennes, le tandem enchaîne les premières. Avant un premier meeting commun ce samedi à Toulouse, la tête de liste a affronté jeudi soir son premier débat.

On nous dit que la gauche est morte. On nous explique que droite-gauche ça ne veut plus rien dire. On nous dit que tout ça nappartient pas au nouveau monde, que tout ça a sa place dans les musées et les livres dhistoire. Moi je ny crois pas, a poursuivi lintellectuel qui lisait son discours depuis des prompteurs installés dans la salle.

Et le moins qu’on puisse dire c’est que l’essayiste, plus habitué aux interviews qu’aux débats, a détonné au milieu de cette douzaine de candidats. Manière polie de dire qu’il n’a pas crevé l’écran. Quand Ian Brossat a fait mouche avec plusieurs formules ciselées, que d’autres candidats ont échangé plus directement, le fondateur de Place publique est resté bien sage, ne prenant la parole que lorsqu’on la lui donnait et ne coupant pas celle de ses rivaux.

“Je ne suis pas un politique professionnel”, a-t-il reconnu lui-même dans sa conclusion, ajoutant “avoir eu du mal à entrer dans ce débat” parce qu’il regardait certains rivaux -surtout Benoît Hamon et Yannick Jadot- exposer des choses semblables à ce qu’il pensait. Une conclusion dont il ne sait pas avec le recul si elle est une “maladresse”.

"Je suis tellement heureux de pouvoir partager cette tribune avec toi Claire. Pour moi Blum ça voulait dire Léon (…) Nous navions pas lidée que nous finirions ensemble". "Je ne mattendais pas à être ici, encore moins avec toi", lui a-t-elle répondu, saluant avec une débordante énergie le "courage" quil lui a fallu pour "tenir sa ligne" en faveur dune liste commune. "Cette fille cest une tempête, elle ne sarrête jamais !", a conclu M. Faure.

“C’est un exercice complexe fait pour ceux qui en ont l’habitude, et ce n’est pas son cas”, le dédouane Eric Andrieu, numéro trois sur la liste Place Publique-PS. “Il n’a pas les codes. On voit clairement que ce n’est pas un professionnel de la politique et c’est justement ce qui fait sa force”, abonde le porte-parole du PS Pierre Jouvet.

Face selon lui à lEurope "technocratique et libérale" que propose Nathalie Loiseau pour LREM, à lEurope "conservatrice" de François-Xavier Bellamy (LR), M. Glucksmann entend dessiner le chemin dune "Europe sociale, écologique, démocratique, solidaire", et transformer ce qui est aujourdhui un "marché" en "puissance politique, en puissance protectrice".

“Je ne suis pas fait pour ça”, aurait carrément confié l’intéressé à ses proches en sortant du plateau, selon France Inter. C’est aussi ce que pense, en se réjouissant, le dirigeant d’une formation concurrente à gauche. “Glucksmann? C’était un désastre! Il ne nous a jamais fait peur mais là c’était un sabordage en direct. Et comme il a entraîné Jadot et Hamon dans son malaise…”, se félicite ce responsable.

"On a une envie folle dEurope. (…) Oui nous avons envie dEurope, nous avons envie de plus dEurope, nous avons envie de mieux dEurope ! Nous avons tellement envie dEurope que nous avons envie quelle change radicalement pour quelle ne meure pas", a lancé lessayiste devant quelque 500 personnes rassemblées au stade Ernest-Wallon, lenceinte où joue le Stade toulousain.

Alors dépités, les socialistes? Les ténors qui se sont opposés à l’alliance -Stéphane Le Foll, Patrick Kanner ou Luc Carvounas- ont préféré ne pas réagir depuis jeudi soir. Certains refusent de dramatiser: “Ça va, ce n’était pas non plus le débat d’entre-deux tours de la présidentielle. Il n’y a même pas eu deux millions de téléspectateurs”, se rassure un membre de la direction.

Et il y a même des cadres totalement enthousiasmés par ce qu’ils ont vu sur France 2. “Je fais partie de celles et de ceux qui n’avaient pas compris et accepté l’alliance. Après 35 ans d’encartement, je demandais à voir. Avec ‘L’Emission politique’, j’ai eu à voir et à tester des convictions. Je voterai Raphaël Glucksmann”, a salué sur Twitter l’ancien ministre Victorin Lurel. “Il apporte une fraîcheur, ça fait du bien. Il n’est pas là pour faire des figures de style, mais pour défendre ses idées”, reprend Pierre Jouvet.

Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, a même publiquement remercié Raphaël Glucksmann pour ce “quelque chose en plus” qu’il a montré dans l’émission. 

Auteur dune prestation que beaucoup de commentateurs jugent ratée, jeudi sur le plateau de France 2, M. Glucksmann a reconnu à plusieurs reprises son inaptitude à aligner les "punchlines", ou sa méconnaissance des "codes" politiques, mais appelé à retrouver "la gauche du coeur".

La stratégie est claire: miser sur le fond et espérer que la forme nouvelle trouvera son public. “Ce décalage est intéressant, reprend Éric Andrieu. C’est même la valeur ajoutée de notre candidat et c’est la force de notre équipe. Notre alliance concerne aussi le style. Sur les premiers noms, nous sommes complémentaires.”

Chez les sympathisants socialistes, on croise surtout les doigts pour que tout démarre à partir de ce samedi. Secrètement on rêve que ce week-end permette de tourner la page des critiques ou des sous-entendus. Dans le viseur, notamment cette sortie de François Hollande mardi sur France Inter. “Je vais voter pour les socialistes, faut-il encore qu’il y en ait”, avait-il ironisé. 

"Envie dEurope écologique et sociale", cest dailleurs le nom, dévoilé samedi, de la liste conduite par M. Glucksmann, et où figurent des socialistes, des membres de Place publique et de Nouvelle Donne, et une transfuge de Générations, Aurore Lalucq.

“La mise en place de la liste n’a pas été simple. On a même entendu Hollande dire du mal, ce n’est pas anormal qu’on soit toujours à 5-6% dans les sondages (soit tout juste au score qui permettra d’envoyer des élus au Parlement européen, ndlr). Mais ça va changer”, veut croire un colistier d’un naturel optimiste. Cela passe par la réussite du premier meeting de campagne, un exercice là encore nouveau et pas forcément très simple à appréhender pour Raphaël Glucksmann dont on ignore tout de la capacité à soulever une foule.

“Il sera dans un autre format, moins corseté que dans le débat, je n’ai pas d’inquiétude”, dit un socialiste qui apprend à le connaître depuis trois semaines. “Il ne doit pas chercher à se transformer. Il faut qu’il reste lui-même, qu’il déroule le projet et nos combats communs. Chacun doit jouer sa partition”, rapporte un proche d’Olivier Faure; celui-ci prendra la parole en Haute-Garonne, dans la plus grosse fédération socialiste, où plus de 90% des militants ont dit oui au rapprochement avec Place Publique. Bref en terrain conquis.

"Cela a pu interroger. Pourquoi na-t-on pas pris un pro de la +punchline+, un orateur né, quelquun pour enflammer le public ? On doit aussi donner ces signaux aux Françaises et Français que la politique doit changer", a-t-il expliqué.

Puis la semaine prochaine, les premiers tracts communs élaborés depuis quelques jours seront distribués. Suivra ensuite un deuxième grand meeting. ”Ça y est, on entre dans le vif de la campagne, les choses se mettent en place. On verra les premiers effets de l’alliance dans les 15 jours”, veut croire Pierre Jouvet. Objectif affiché: devenir rapidement dans les sondages la première force de gauche. EELV et La France Insoumise sont pour l’heure aux alentours de 8%. “Un score à deux chiffres est tout à fait réaliste”, conclut-il. 

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