Rigoletto à Tours : le cynisme en partage

Rigoletto à Tours : le cynisme en partage

Rigoletto à Tours : le cynisme en partage

Luciano Montanaro est un Sparafucile sombre et inquiétant, dont la voix riche en harmoniques garde une belle souplesse dans les profondeurs de la tessiture. Sa longueur de souffle est également un atout pour assurer une présence scénique imposante. Ahlima Mhamdi offre ses graves saisissants à sa sœur Maddalena, tandis que son timbre velouté se tend légèrement dans les aigus. Scéniquement, elle compose un personnage spontané et sincère, rivalisant en séduction avec le Duc. Eléonore Pancrazi semble disposer d’un rôle bien plus conséquent que celui écrit par Verdi pour Giovanna : très présente scéniquement, elle tisse avec délice les conditions du supplice de sa protégée par un jeu engagé. Julien Véronèse présente un Monterone puissant et théâtralement incarné (mais dont on ne comprend pas qu’il rie durant le chœur suivant sa malédiction), qui gagnerait toutefois à s’assombrir vocalement pour mieux correspondre au personnage. Les autres rôles sont incarnés par des artistes du Chœur de l’Opéra de Tours, qui se montre lui-même précis et puissant, tant mélodiquement que rythmiquement.La mise en scène époustouflante de François de Carpentries, la Direction Musicale de Bruno Ferrandis, des décors et costumes de Karine Van Hercke, l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/tours et les Chœurs de l’Opéra de Tours qui ont encore rehaussé de leur talent cette représentation de Verdi.Ce mercredi avait lieu la Générale, dernière répétition.

L'Opéra de Tours ouvre la saison avec Rigoletto de Guiseppe Verdi Info Tours.fr l'actualité de Info Tours.fr

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Ulyana Aleksyuk, Gilda au sourire angélique, dans ses premières interventions, sa voix se perdant totalement dans son premier duo. Ce n’est que dans son air « Gualtier Malde » que sa voix s’ouvre et que son vibrato intense et son timbre pur se révèlent, mis en valeur par ses acrobaties vocales, certes encore un peu hachées, mais joliment fuselées, jusqu’au quatuor de l’acte III où sa voix ressort brillamment. Son jeu scénique pourra encore gagner en intensité : si elle joue parfaitement la honte de s’être donnée au Duc, elle ne semble pas concernée par le désir de vengeance de son père, qui la conduira pourtant ensuite à sacrifier sa vie.

Rigoletto, ce qui ne s’entend pas tant il parvient à insuffler d’énergie, de noirceur et de contrastes à un orchestre inspiré. Les solistes instrumentaux, chaleureusement remerciés par Benjamin Pionnier (Directeur des lieux) à l’issue du concert, se montrent en verve. Voici la saison tourangelle lancée !

L’Opéra en un prologue et en trois actes de Giuseppe Verdi, composé sur un livret de Francesco Maria Piave d’après le drame romantique “Le roi s’amuse” de Victor Hugo, est créé à Venise le 11 mars 1851. A Mantoue et dans ses environs, au XVIème siècle. Rigoletto (joué par David Babayants), bouffon du Duc de Mantoue (Rodrigo Porras Garulo), séducteur dépravé, protège secrètement sa fille Gilda (Ulyana Alekyuk) à l’abri des regards et des dangers. Aussi la malédiction du Comte Monterone (Julien Véronèse) à son égard terrifie-t-elle Rigoletto, dont le costume de bouffon de cour cache un père aimant et protecteur. Séduite par le Duc de Mantoue, puis enlevée par les courtisans avec à leurs têtes un Matteo Borsa (Mickael Chapeau) qui la mène jusqu’à la chambre de son maître, Gilda s’enflamme pour son amant volage, son premier amour. Rigoletto s’estime déshonoré et entreprend de se venger du Duc, qui court se gaver d’autres femmes sitôt Gilda séduite…

Rodrigo Porras Garulo qui remplace au pied levé Fabrizio Paesano. Le ténébreux ténor s’appuie sur son timbre barytonant pour projeter une voix sonore. À l’aise dans l’aigu, il prend cependant les notes légèrement trop bas ce qui génère des problèmes de justesse dans les ensembles, mais ne l’empêche pas de livrer de belles interprétations de ses deux airs solistes phares. Son interprétation fougueuse et passionnée du personnage est convaincante : il sait aussi se faire séducteur, couvrant alors davantage sa voix pour la rendre plus suave.