Rhône | Vénissieux: sept policiers poursuivis pour corruption – Le Progrès

Retour à laccueil Newsletter Alerte Info Recherche Ok Actualité Locales Sport Entertainment Economie Planète T'as vu ? Fake Off By the Web High-Tech Podcast Vidéos En Images Guide d'achat Le direct Services Jeux PDF Menu complet Retour à laccueil Justice Sept policiers jugés à Lyon pour des faveurs accordées à des délinquants

PROCES Ils sont soupçonnés d'avoir accepté des cadeaux en échange d'informations confidentielles

Des policiers vont être jugés à partir de lundi 2 juin par le tribunal correctionnel de Lyon. Les fonctionnaires sont soupçonnés de corruption pour lun dentre eux et davoir favorisé trois frères de Vénissieux pour les autres.

Comme un clin dœil. Veste marron sur le dos, main dans les poches, Michel Neyret sest glissé discrètement au fond de la salle, distribuant avec le sourire quelques poignées de main. Une présence symbolique dans un procès qui ne le concerne en rien. Mais qui a certainement dû lui rappeler quelques heures sombres. Ce lundi, laffaire dite des  ripoux  de Vénissieux sest ouverte devant le tribunal correctionnel de Lyon. A la barre, 12 prévenus dont 7 policiers, poursuivis pour  corruption .

Laffaire avait éclaté en 2011 lorsquun témoin, poussant les portes de lhôtel de police, était venu dénoncer les relations douteuses entre des trafiquants de drogue des Minguettes et des agents du groupe de sécurité de proximité, en poste à Vénissieux. Une affaire Neyret bis, en résumé. Mais après sept années denquête et 31 volumes de dossier,  la montagne a accouché dune souris , estime Jean-Félix Luciani, lavocat de lun des policiers mis en cause.

Aujourdhui, plus question de saisie de drogue clandestine, ni de fêtes arrosées en principauté de Monaco, ni de sommes dargent reçues en échange dinformations permettant de faciliter le trafic de drogue. Ni même de trafiquants.  Le dossier a fait pschitt , affirme Jean-François Barre, avocat de lun des policiers. Tout tourne autour de la famille H. dont laîné, homme daffaires de Vénissieux, tient plusieurs enseignes de service après-vente pour la téléphonie ou lélectroménager et de vente dappareils de fin de séries à prix cassés. Et dont le second est en cheville avec plusieurs prévenus.

 On sentendait bien. Quand on patrouillait dans le quartier, il nous prévenait que des gamins étaient montés sur des toits pour nous lancer des pierres. Des fois, il demandait aux jeunes de venir sexcuser de nous avoir insultés , témoigne Laurent F., lun des agents.  On mangeait aussi des kebabs ensemble. Oui, cétait une très bonne connaissance , assure le fonctionnaire, dressant le portrait dun  médiateur , qui a fait tiquer le tribunal. Dans le box des accusés, lintéressé ne bronche pas à lévocation de ses 27 condamnations inscrites dans son casier judiciaire.

Ces relations ne sont pourtant pas vues par tous dun très bon œil.  Pas très saines , soufflent certains collègues. Une proximité qui  nuit à limage de la police . Premier à être interrogé lundi matin, Laurent insiste :  Jy voyais un intérêt professionnel . Il nétait visiblement pas le seul. Dautres reconnaissent des  amitiés dangereuses .

Dans lordonnance de renvoi, il est davantage question de services rendus contre quelques rétributions ou petits avantages. Les deux aînés auraient joué de leur relation pour se couvrir et pour protéger leurs deux petits frères, bien connus des services de police. Une plaque de cuisson donnée en échange dinformations sur une procédure judiciaire en cours. Des lots de pizza livrés, des prêts de Porsche pour avoir fait sauter des contraventions ou pour avoir consulté des fichiers dimmatriculation.

Douze télévisions vendues à bas prix, des gâteaux, des téléphones, des micro-ondes ou des lecteurs DVD offerts, des remises sur des pneumatiques neiges.  Une corruption étendue à bas prix  pour le juge qui a instruit laffaire dès octobre 2011.

 Elle a garanti, entre autres bénéfices, une immunité pénale  au plus jeune de la fratrie,  qui s(est) soustrait pendant de longs mois à lexécution dune peine de prison importante  et  une immunité pénale  au second,  qui (a) conduit pendant plusieurs années sans permis de conduire sur le territoire national , observe le juge dans ses conclusions.

 Je narrive pas à comprendre ce qui sest passé, ni à saisir cet emballement hors norme. Je suis assez déconcerté par ce dossier et je suis sûr que le tribunal va remettre les choses à leur place , sétonne de son côté Jean-Félix Luciani.  Lenquête a nécessité des moyens disproportionnés avec lintervention du Raid. Lun des avocats a été placé sous écoute, ce qui était scandaleux et tout à fait illégal .

 Quand on voit les raisons pour lesquelles ces policiers sont poursuivis, cest un énorme ballon de baudruche qui se dégonfle , abonde son confrère Laurent Bohé, avocat de lun des prévenus.  Le coût de ces années denquête est faramineux et peu ou prou justifié pour un dossier qui ressemble à un règlement de compte à des niveaux supérieurs. Avec de tels moyens, on aurait pu démanteler un réseau de trafic de stupéfiants ou de criminalité organisé. Tout cela me laisse un goût amer. Cela est une vaste hypocrisie , enchaîne-t-il, rappelant que  ces méthodes pour obtenir des résultats ont existé et étaient acceptées de tous .

 Il y a dans ce dossier, des amitiés dangereuses mais pour autant, peut-on parler de flics ripoux ? Je ne le pense pas , conclut-il. Le procès est prévu pour durer jusquau 7 juin.

Dès ce lundi, onze personnes dont six policiers seront jugées au tribunal correctionnel de Lyon pour des soupçons de corruption. L’affaire avait éclaté au grand jour en 2012, une année après la retentissante chute du commissaire Michel Neyret.

En cause, des arrangements supposés entre notamment une fratrie de la commune du sud de l’agglomération et plusieurs képis. Lors d’une conférence de presse, il y a sept ans, le procureur avait annoncé que l’affaire qui faisait alors la Une des médias portait sur "des faits plus graves que de faire sauter des PV". Des renseignements obtenus par les policiers contre, selon plusieurs témoignages, des prix dans le magasin d’électroménagers de l’un des frères.

En effet, alors que des soupçons de corruption avaient été évoqués dans la presse en 2012, le réquisitoire du parquet de Lyon, daté de juin dernier, épinglait des "délits de violation du secret professionnel et de détournement de fichiers de police". Mais nouveau rebondissement en novembre dernier quand le juge d’instruction a signé une ordonnance de requalification des faits, comprenant la corruption, qui auraient été commis par six des sept policiers mis en examen.

Alors est-ce-que les fonctionnaires, désormais placés sous contrôle judiciaire, ont franchi la ligne jaune ? Le dossier doit être jugé jusqu’au 14 juin.