Cannabis : les habitants de Villeurbanne votent pour la légalisation – Le Parisien

Cannabis : les habitants de Villeurbanne votent pour la légalisation - Le Parisien

Villeurbanne: Légalisation, plus de répression… Les propositions citoyennes sur le cannabis

Retour à laccueil Newsletter Alerte Info Recherche Ok Actualité Locales Sport Entertainment Economie Planète High-Tech T'as vu ? Vidéos 20 Minutes Podcast Guide d'achat By the Web En Images Le direct Services Jeux PDF Menu complet Retour à laccueil Société Légalisation, répression… Les propositions citoyennes sur le cannabis

LEGISLATION La mairie de Villeurbanne a présenté ce mercredi la synthèse de la concertation sur la place du cannabis dans la société et la législation menée de décembre à février

Deux idées principales ont été retenues. Les Villeurbannais se disent pour la dépénalisation du cannabis, ou du moins à une évolution radicale de son cadre légal, accusant une pratique "banalisée", même malgré son illégalité, et qui impacte le cadre de vie dans la Ville. Une prévention plus complète sera aussi de mise, dans les écoles et sur les réseaux sociaux, puisque d'un point de vue santé, il est important de rappeler les risques. "C'est un enjeu de santé publique", rappelle Agnès Thouvenot, adjointe à la Santé de la Mairie de Villeurbanne. Un point a également été relevé, celui de l'utilisation positive du cannabis thérapeutique.

Une législation discréditée qui doit évoluer. La mairie de Villeurbanne a présenté ce mercredi la synthèse de la concertation citoyenne sur le cannabis menée du 10 décembre au 10 février. Confrontée à une hausse du trafic sur son territoire, la municipalité avait décidé dimpliquer le public pour ouvrir le débat sur la place du cannabis dans la société et faire évoluer la législation. En deux mois, plus de 3.500 contributions ont été enregistrées sur la plateforme web ouverte pour loccasion et lors dune enquête diffusée sur Internet et dans la ville.

C'est ce qui est ressorti de la consultation menée sur le sujet pendant deux mois dont les résultats ont été dévoilés hier. De manière très contrôlée par le gouvernement, évidemment. Un livre blanc a été créé à partir de toutes les idées échangées durant ce débat, et devrait être envoyé en tant que contribution au grand débat national. Le maire PS de la Ville, Jean-Paul Bret, espère que ce sera "la contribution de Villeurbanne et des Villeurbannais à un grand débat sur le cannabis [qui devrait s'ouvrir]. On a ouvert le grand débat national avant l'heure".  

Dévoilé jeudi au public, ce livre blanc, sera versé dès ce 14 mars au grand débat national avant dêtre remis au gouvernement. 20 Minutes vous détaille les informations essentielles qui ressortent de cette consultation.

"Ce débat a pu faire réagir, a un peu surpris", ajoute-t-il. Mais finalement, il y a eu plus de 900 participants sur le site, et 400 aux tables rondes et débats organisés par la ville.

La législation de 1970 actuellement en vigueur en France, qui punit dun an de prison et de 3.750 euros damende lusage du cannabis, est jugée impuissante par la majorité des contributeurs pour faire baisser le trafic et la consommation. Les trois quarts dentre eux se disent ainsi favorables à une évolution de la loi. Ce qui pose question, cest lapplication de législation, la répression actuelle étant jugée inefficace par 85 % des personnes sondées.  Bien que le cadre égal soit connu, il paraît du point de vue des Villeurbannais, peu coercitif , explique la municipalité dans sa synthèse des débats. Les habitants ont, pour la majorité (73 %), le sentiment que le trafic progresse et sont presque unanimes pour dire que les consommateurs et les trafiquants sont, au final, peu inquiétés.

Jean-Wilfried Martin : “Maire de Villeurbanne, certains en rêvent, dautres sont déjà dans laction”

Peu convaincus des effets de la loi sur le trafic et la consommation, 50 % des personnes interrogées se sont prononcés en faveur de la légalisation et 22 % pour la dépénalisation. Un quart des répondants est favorable au maintien de la prohibition, avec des renforts de moyens alloués à la police et à la justice pour faire réellement appliquer la loi. Ils proposent également davoir davantage recours  aux mesures éducatives plutôt quaux peines demprisonnement pour prévenir lexposition des jeunes à des parcours de délinquance , ajoute la ville.

Les contributeurs favorables à la légalisation estiment que cette option réduirait de manière importante le trafic et, par conséquent, les incivilités et les dégradations qui en découlent dans les quartiers. Ils soulignent également que cela pourrait avoir des effets positifs sur la santé, si les substances consommées sont mieux contrôlées et donc de meilleure qualité.

 Autre point de consensus, en cas de légalisation, le cannabis doit rester interdit pour les mineurs et au volant , détaille la municipalité. Les Villeurbannais insistent notamment dans les débats et leurs contributions, sur la nécessité dinterdire les points de vente aux moins de 18 ans. Ils sont également favorables à la mise en place dun système de contrôle plus juste que les tests salivaires pratiqués aujourdhui pour la conduite sous lemprise de cannabis.

Les partisans de la légalisation saccordent aussi sur lindispensable rôle de lEtat. Et ce, afin que  les dealers daujourdhui ne soient pas remplacés par des multinationales guidées par les profits massifs . Seul lEtat est considéré comme à même dorganiser un marché légal encadré.

Sur ce point aussi, le point de vue des Villeurbannais est éloquent. Plus de 74 % des personnes interrogées estiment que les actions de prévention et de sensibilisation menées en France sur le cannabis sont insuffisantes. Les lycéens, étudiants, acteurs de léducation ou les habitants qui se sont exprimés prônent en faveur  dun plan de prévention nationale pour prévenir efficacement lentrée dans la consommation et les addictions chez les jeunes . La mise en place dune fiscalité, en cas de légalisation du cannabis, pourrait notamment permettre de financer ces actions et daccompagner les victimes daddiction.

Pour les Villeurbannais, globalement favorables à la légalisation du cannabis thérapeutique, ce sujet doit être traité à part et rapidement par lEtat, en dehors du débat général sur le cannabis.  Il est clairement apparu que lorsque lon aborde les vertus thérapeutiques de la substance pour apaiser les douleurs ou calmer lhyperactivité, le regard du public sur le cannabis change , est-il indiqué dans la synthèse de la concertation.

Les chiffres traduisent une tendance nationale. 72% des personnes consultés sont favorables à une légalisation du cannabis en France. Une grande consultation a été faite dans la ville de Villeurbanne près de Lyon. 3700 contributions ont été recueillies dans cette ville confrontée au trafic de drogue.

Les arguments des Villeurbannais pour justifier ce choix sont percutants: selon eux, un strict contrôle de lEtat sur les produits vendus, comme cela se fait pour le tabac, permettrait de réduire le trafic et donc les incivilités dans les quartiers. 

La qualité du cannabis pourrait ainsi être contrôlée, notamment pour un usage thérapeutique, là aussi largement approuvé. Largent récolté par la vente du cannabis serait réservé au financement de la prévention, en milieu scolaire défavorisé par exemple. 

Enfin, la police, aujourdhui sous-dotée pour traquer les petits dealers, pourrait se concentrer sur dautres types de délinquance. Des Villeurbannais qui sont aussi unanimes: en cas de légalisation, la conduite sous lemprise du cannabis doit rester interdite et sanctionnée. Pour Didier Vullierme, adjoint à la sécurité à la mairie de Villeurbanne, le gouvernement doit à présent semparer du débat.

“Le chef de lÉtat, qui affirme vouloir écouter ce que disent les citoyens, le gouvernement et le Parlement doivent aujourdhui faire preuve de courage politique. Il faut que le gouvernement prenne en charge cette question et fasse évoluer la loi. Et ouvre, sans tabou, sans à priori, un débat que les citoyens appellent de leurs vœux. Le gouvernement ne peut pas rester sourd à une telle expression populaire”, estime-t-il.