Villeurbanne | Villeurbanne : débat sur le cannabis : un livre blanc et des actions à déployer localement – Le Progrès

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Villeurbanne: Légalisation, plus de répression… Les propositions citoyennes sur le cannabis

La municipalité de Villeurbanne (Métropole de Lyon) avait lancé une consultation sur la question du cannabis. Les résultats sont tombés et la majorité est en faveur dune dépénalisation.

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La mairie sest également appuyée sur une plateforme en ligne qui a attiré plus de 5.600 visiteurs ; une centaine de propositions y ont été formulées, suscitant près de 400 commentaires et 2.300 votes. Conférences en direct sur Facebook, rencontres avec des professionnels et tables-rondes à lHôtel de Ville ont complété le dispositif. La synthèse des échanges fait aussi ressortir le constat dune prévention insuffisante contre laddiction au cannabis. “Jai demandé à un jeune combien il fumait de joints par jour. Il ma répondu deux ou trois mais les autres rigolaient (…) cest plus dans les 20”, raconte un acteur du secteur. “Ce qui me met en colère, cest (…) quil y a des vendeurs qui arrivent à prendre les gamins dans les collèges. Ils leur reversent léquivalent de 1 ou 1,50 euro”, dénonce une mère. Parce quil est “plus facile dacheter une barrette de shit quune bouteille dalcool” malgré linterdiction, un large consensus se dégage pour changer la loi : un Villeurbannais interrogé sur deux prône la légalisation du cannabis et 22% sa dépénalisation. Moins dun quart des habitants réclament plus de répression. 

LEGISLATION La mairie de Villeurbanne a présenté ce mercredi la synthèse de la concertation sur la place du cannabis dans la société et la législation menée de décembre à février

Sur la plateforme, 75% des propositions vont dans le sens dune légalisation, contrôlée, de la vente et de la consommation, sauf pour les mineurs et au volant. Pour ses partisans, cest la solution pour assécher les trafics et contrôler la qualité des produits ; ses détracteurs craignent un essor des drogues lourdes si le cannabis est autorisé. Une “Française du cannabis”, comme il existe une Française des Jeux, permettrait en outre de taxer le produit et de financer des actions, argumentent les élus villeurbannais, pour qui “il est temps que lÉtat se saisisse sans tabou” du sujet car son échec, jusquici, “renforce les frustrations et décrédibilise les institutions”. Un livre blanc dune centaine de pages, tiré de cette consultation, doit être versé jeudi au grand débat national. 

Une législation discréditée qui doit évoluer. La mairie de Villeurbanne a présenté ce mercredi la synthèse de la concertation citoyenne sur le cannabis menée du 10 décembre au 10 février. Confrontée à une hausse du trafic sur son territoire, la municipalité avait décidé dimpliquer le public pour ouvrir le débat sur la place du cannabis dans la société et faire évoluer la législation. En deux mois, plus de 3.500 contributions ont été enregistrées sur la plateforme web ouverte pour loccasion et lors dune enquête diffusée sur Internet et dans la ville.

Dévoilé jeudi au public, ce livre blanc, sera versé dès ce 14 mars au grand débat national avant dêtre remis au gouvernement. 20 Minutes vous détaille les informations essentielles qui ressortent de cette consultation.

Celle-ci a été lun des outils de la consultation lancée du 10 décembre au 10 février par la municipalité socialiste pour “ouvrir le débat” sur la législation actuelle, qui interdit la consommation et la vente du cannabis mais nempêche pas leur succès croissant. Près dun Français sur deux a déjà fumé un joint et 10% des 26-45 ans le font régulièrement, selon les derniers chiffres. 

La législation de 1970 actuellement en vigueur en France, qui punit dun an de prison et de 3.750 euros damende lusage du cannabis, est jugée impuissante par la majorité des contributeurs pour faire baisser le trafic et la consommation. Les trois quarts dentre eux se disent ainsi favorables à une évolution de la loi. Ce qui pose question, cest lapplication de législation, la répression actuelle étant jugée inefficace par 85 % des personnes sondées.  Bien que le cadre égal soit connu, il paraît du point de vue des Villeurbannais, peu coercitif , explique la municipalité dans sa synthèse des débats. Les habitants ont, pour la majorité (73 %), le sentiment que le trafic progresse et sont presque unanimes pour dire que les consommateurs et les trafiquants sont, au final, peu inquiétés.

À Villeurbanne comme ailleurs, le “business” est de plus en plus visible et le sentiment dimpunité paraît répandu chez les dealers, qui installent chaises et tables en fin de matinée, sur les trottoirs, pour y tenir leurs points de vente jusquau soir. Parmi les riverains interrogés 85% jugent la répression inefficace, selon une enquête à laquelle ont répondu 1.400 personnes. 

Peu convaincus des effets de la loi sur le trafic et la consommation, 50 % des personnes interrogées se sont prononcés en faveur de la légalisation et 22 % pour la dépénalisation. Un quart des répondants est favorable au maintien de la prohibition, avec des renforts de moyens alloués à la police et à la justice pour faire réellement appliquer la loi. Ils proposent également davoir davantage recours  aux mesures éducatives plutôt quaux peines demprisonnement pour prévenir lexposition des jeunes à des parcours de délinquance , ajoute la ville.

Les contributeurs favorables à la légalisation estiment que cette option réduirait de manière importante le trafic et, par conséquent, les incivilités et les dégradations qui en découlent dans les quartiers. Ils soulignent également que cela pourrait avoir des effets positifs sur la santé, si les substances consommées sont mieux contrôlées et donc de meilleure qualité.

 Autre point de consensus, en cas de légalisation, le cannabis doit rester interdit pour les mineurs et au volant , détaille la municipalité. Les Villeurbannais insistent notamment dans les débats et leurs contributions, sur la nécessité dinterdire les points de vente aux moins de 18 ans. Ils sont également favorables à la mise en place dun système de contrôle plus juste que les tests salivaires pratiqués aujourdhui pour la conduite sous lemprise de cannabis.

Les partisans de la légalisation saccordent aussi sur lindispensable rôle de lEtat. Et ce, afin que  les dealers daujourdhui ne soient pas remplacés par des multinationales guidées par les profits massifs . Seul lEtat est considéré comme à même dorganiser un marché légal encadré.

Sur ce point aussi, le point de vue des Villeurbannais est éloquent. Plus de 74 % des personnes interrogées estiment que les actions de prévention et de sensibilisation menées en France sur le cannabis sont insuffisantes. Les lycéens, étudiants, acteurs de léducation ou les habitants qui se sont exprimés prônent en faveur  dun plan de prévention nationale pour prévenir efficacement lentrée dans la consommation et les addictions chez les jeunes . La mise en place dune fiscalité, en cas de légalisation du cannabis, pourrait notamment permettre de financer ces actions et daccompagner les victimes daddiction.

Pour les Villeurbannais, globalement favorables à la légalisation du cannabis thérapeutique, ce sujet doit être traité à part et rapidement par lEtat, en dehors du débat général sur le cannabis.  Il est clairement apparu que lorsque lon aborde les vertus thérapeutiques de la substance pour apaiser les douleurs ou calmer lhyperactivité, le regard du public sur le cannabis change , est-il indiqué dans la synthèse de la concertation.